Les mardis, mercredis et jeudis matin, ne cherchez pas Sacha Rosenthal, 54 ans, dans les couloirs de son entreprise, Xefi, une ETI lyonnaise spécialiste du matériel et services informatiques pour TPE et PME (390 M€ de CA en 2024 ; 1 912 salariés). En compagnie de son coach, depuis son domicile, il enchaîne les longueurs dans son couloir de nage ou s’entraîne à la course à pied. 15 heures par semaine au total en "haute saison", contre "seulement 10 heures", l’hiver.
Un entraînement intensif, qui lui permet, dit-il, de mener tambour battant sa mission de chef d’entreprise capable d’enchaîner 14 réunions dans la journée et d’épuiser dès midi ses jeunes managers en formation lors de leur journée en mode "Vis ma vie", avec leur dirigeant.
Fatigant pour son entourage ? "Non, il diffuse une bonne énergie qui nous incite à le suivre, même si c’est au pas de course", répond Imen Majdoub, sa responsable communication. Fatigué lui-même parfois ? "Que nenni, s’oppose sa fille Emma qui travaille avec lui. Juste tendu". Alors Sacha a la solution. Après un conseil d’administration, une heure et demie de vélo d’appartement ou de course à pied pour décompresser !
Équilibre émotionnel
"J’ai toujours fait beaucoup de sport. Dans ma jeunesse, l’activité physique, rugby ou course à pied, a forgé mon caractère et m’a équilibré", confie-t-il. Au point que cette pratique intensive est devenue indispensable à son équilibre. Grâce à elle, "ce bagarreur plein d’énergie", dixit son coach, se sent solide dans son corps et maître de ses émotions.
"Le rugby m’a tout appris, on n’est rien sans l’équipe"
Dans son panthéon des sports, le rugby l’emporte haut la main pour le collectif, la camaraderie qui forment et transforment. "Enfant timide issu d’une famille difficile, j’étais le maigre qui courait vite en symbiose avec les tracteurs, à l’avant, qui vont au contact. Le rugby m’a tout appris, on n’est rien sans l’équipe", raconte-t-il de son débit rapide. Vient ensuite en numéro 2 la course à pied, puis le triathlon. Et dernièrement, le VTT avec la course Titan Desert, 600 km dans le désert moins d’une semaine. "Je suis arrivé 150e sur 500 mais je ne suis pas vététiste", glisse-t-il dans un sourire.
"Trois jours sans sport, je ne peux pas, cela crée une rupture", avoue-t-il. Il en a besoin, de cette soupape qui le fortifie, pour tenir le cap à la direction de Xefi, une ETI dotée d’un taux de croissance de 12 % par an, qu’il a créé en 1997 sous le nom de CFI. Un "tunnel de plus de 6 ans", pendant lequel il a dû sacrifier sa pratique sportive.
Embaucher des sportifs
Depuis, pour être sûr de ne pas manquer de partenaires de jeu, il a recruté un coach, Eric Villena qui est devenu un ami, un confident et un collaborateur travaillant pour la Yotta, sa société d’événementiel dans le sport. "Sacha a changé ma vie", confie-t-il. C’est une locomotive qui vous tracte mais si vous ne suivez pas, il avance quand même".
Sacha a aussi embauché un ancien cadre de chez Vinci, avec qui il s’entraînait régulièrement, devenu son directeur général adjoint. Son épouse triathlète confirmée dirige aujourd’hui le programme sport santé Xefi. Une sorte de village sportif au sein de son nouveau siège de Rillieux-la-Pape (500 salariés) doté d’une piste d’athlétisme de 108 mètres indoor de long, d’une salle de basket, de trois salles d’entraînement, avec l’accompagnement de 32 coachs de sport, d’un nutritionniste et d’une kinésithérapeute-ostéopathe.
De quoi se préparer pour des courses à l’extérieur. "J’ai embarqué 9 collaborateurs dans un semi-marathon à Aix-en-Provence. En courant à 15 km/heure, j’ai fait 1 heure 23 ", raconte Sacha Rosenthal. Avant d’ajouter avec malice : "J’ai battu un jeune de 30 ans qui me chauffait". Sacha Rosenthal aime le sport compétition, celui qui fait souffrir "sinon ce n’est pas vraiment du sport" et surveille les chronos, parce que "la compétition tire vers le haut".
Gérer les temps faibles
Pour Sacha Rosenthal, diriger une entreprise de 2 000 personnes, c’est aussi du sport. Il faut rester concentré, ne rien lâcher, combiner combativité et patience, savoir gérer les temps forts et les temps faibles.
"En 28 ans, on a connu quatre crises majeures chez Xefi. On aurait pu déposer le bilan. C’est comme quand je me mets dans le rouge en course. Il faut gérer les temps faibles d’abord en les conscientisant puis en rétrogradant pour retrouver de l’énergie", confie-t-il.
Son coach Eric Villena confie devoir le modérer. "Il ne voit jamais ce qu’il a déjà accompli mais se projette immédiatement dans l’entraînement d’après". Mais, avec le temps, il s’est assagi, il sait rétrograder en cas de difficulté. Et commence à accepter qu’il lui faut un peu plus de temps pour récupérer…
Inciter sans forcing
"En sport, comme en entreprise, je suis un jusqu’au boutiste. Je pousse le bouchon. Je vais loin mais pas à l’aveugle parce que je suis obsédé par le rationnel. Je prends des risques en conscience car je sais que ce sont des vies et des salaires qui sont en jeu", confie-t-il. Son moteur n’est pas l’argent mais la rentabilité de l’entreprise, sa pérennité.
Finalement, appliquée à la santé, c’est cette même longévité qu’il veut favoriser chez ses salariés, grâce à son programme sport santé qui conférerait à l’entreprise lyonnaise un taux d’arrêt maladie réduit. "Il n’est pas facile de transmettre cette passion positive sans donner l’impression de forcer la main", reconnaît-il. Puis raconte avec émotion avoir pris sous son aile un salarié, ancien obèse, qui pesait 150 kg à 20 ans, devenu sportif, puis promu cadre à 27 ans. Sport et performance.