À Laval, les équipes de La Blanchisserie du Maine ont progressivement pris possession de leurs locaux neufs, ces dernières semaines. Des ateliers deux fois plus grands et des bureaux plus spacieux. Saturé, le précédent bâtiment sert désormais au stockage : l’entreprise dispose de sept fois le volume de linge utile au quotidien à ses 400 clients. Depuis 2015, un deuxième bâtiment abrite 45 % de l’activité, consacrée aux acteurs de l’agroalimentaire et de la santé, dont la clinique Jules-Verne à Nantes depuis cette année (50 000 patients par an, environ 400 lits). La Blanchisserie du Maine a créé ce troisième site dans la même rue de la Zone des Touches. Le bâtiment repris a été en grande partie déconstruit et reconstruit pour disposer de plus de 4 800 m2. Au total, ce sont dix millions d’euros que l’entreprise a investis pour monter en cadence, se moderniser et se développer.
200 tonnes de textile lavées par semaine
"Ici 40 tonnes de linge arrivent chaque jour de chez nos clients, des hôtels et des restaurants", présente Léontine Georges, fille des dirigeants et directrice des opérations. Le linge est trié par client, selon la taille et le type de produits : housses de couette, draps, nappes, serviettes de bain ou de table, tabliers, etc. Ces derniers sont réceptionnés, acheminés par rails automatiques, lavés, séchés et repassés, puis pliés à la main ou de façon semi-manuelle. Un troisième train de repassage sera installé fin novembre. "Les nouvelles machines nous permettent d’augmenter les débits mais aussi de réduire nos consommations énergétiques et d’eau", souligne la jeune directrice.
Une entreprise familiale en pleine transformation
L’entreprise accélère fortement depuis dix ans. "Cet été, nous avons atteint un record avec 250 salariés, indique Léontine Georges. À l’année, nous employons 165 personnes, avec une plus forte activité entre avril et octobre, sous l’effet de la saison touristique." La transformation de la société a été engagée il y a vingt ans. Lorsque Magali Georges a pris la suite de ses parents avec son mari Luc en 2004. "L’entreprise réalisait 500 000 euros de chiffre d’affaires. Nous sommes à 15 millions d’euros aujourd’hui. Nous avons rapidement arrêté le pressing pour nous orienter vers l’automatisation et servir des professionnels, retrace Magali Georges. Le linge nous appartient, ce n’est plus celui des clients, ce qui est une garantie pour la qualité de notre service et les délais de retour du sale. Nous passons deux à trois fois par semaine chez nos clients."
Des volumes et du luxe
Dans cette clientèle, on trouve de grands groupes, comme des hôtels Accor d’une centaine de chambres, mais aussi de grands noms, tels le groupe Ladurée, les établissements de Guy Savoy ou le restaurant La Tour d’Argent à Paris. Juste avant le Covid, la filiale La Parisienne a d’ailleurs été créée pour aller chercher des clients dans l’hôtellerie-restauration de luxe. Située près de Créteil (Val-de-Marne), cette société compte une cinquantaine de clients aujourd’hui.
Blanchisserie du Maine dispose aussi de deux pôles de décharge. Ils servent à élargir le champ d’action en conservant "une proximité et une réactivité auprès des clients": Le Mans et Noyal-sur-Vilaine sont situés respectivement à 75 kilomètres à l’est de Laval et 65 kilomètres à l’ouest. Ces dépôts permettent au passage de réduire l’empreinte carbone de l’entreprise. Une préoccupation des dirigeants.
Les véhicules jugés trop polluants ont ainsi été remplacés. Des véhicules électriques pour les déplacements à courte distance ont été achetés. L’huile végétale (Oleo 100) produite en Normandie s’est substituée au gasoil dans les camions. L’effet a été de réduire "de 60 % les émissions de CO2".
Un projet pour économiser trois piscines olympiques
L’entreprise travaille également à limiter ses coûts, donc ses consommations. Une réflexion a été menée depuis 2022 avec un cabinet d’ingénierie. "Notre consommation d’eau est de 4 litres par kilogramme de linge ; la moyenne de la filière se situe à 9 litres. Nous n’avons pas une capacité de réduction infinie. Mais nous envisageons de récupérer nos eaux usées et de les traiter dans des bassins de bactéries. Nous avons profité des travaux pour poser les tuyaux qui ne demandent qu’à être branchés pour alimenter notre cycle d’eau entre nos trois sites. Si nous avons la possibilité de réaliser ce projet, nous pourrons éviter de reverser chaque année l’équivalent de trois piscines olympiques (soit 7 500 m3, NDLR) vers l’usine de traitement des eaux de Laval", expose Léontine Georges.
Au-delà des investissements nécessaires, qui viendraient s’ajouter à ceux déjà engagés pour le nouveau site et ces raccordements, le projet est également freiné par la réglementation. "Nous espérons que nous aurons les autorisations législatives de réutilisation des eaux dans le circuit de notre site dédié à la santé. L’industrie agroalimentaire a réussi à obtenir cette autorisation avant le blocage du parlement, ces derniers mois" par un décret paru en janvier 2024, poursuit la directrice des opérations. "Ce levier permettrait par ailleurs d’anticiper de possibles restrictions d’eau, qui sont de plus en plus fréquentes en France l’été, afin d’éviter toute mise à l’arrêt de nos sites", ajoute la dirigeante.
Une fibre RSE à chaque maillon
L’entreprise est déjà certifiée ISO 14 001 pour la gestion des systèmes de management environnemental, et ISO 50 001 pour la performance énergétique. "Cela nous permet d’avoir un tableau de bord de suivi à la semaine", souligne Léontine Georges. Une lessive écoresponsable et le lavage à basse température (40 °C) sont privilégiés.
Une autre prise en compte des questions RSE concerne les tissus usés. Auparavant, ils partaient au rebut par tonnes, ils sont désormais revalorisés avec le mayennais Renaissance Textile (production de textiles recyclés) et le charentais "Du Beau linge" (commercialisation de linge de chambre ou de bain de seconde main ou neuf). Grâce à ce partenariat, les tissus usés sont effilochés, puis la majeure partie des fils sont réemployés pour du tissage en filière de recyclage.
Des engagements RSE auxquels des clients plus nombreux seraient désormais sensibles.