Les gestionnaires d’autoroute se mettent à l’heure du changement climatique. Après SANEF, qui a adopté l’an dernier un système du péage "en flux libre" sur l’axe A13-A14, situé entre Paris et la Normandie, l’Autoroute et Tunnel du Mont Blanc ou ATMB (360 salariés, 348 M€ de CA) a dévoilé un plan d’investissement de 65 millions d’euros pour mettre en place le même système, sur une portion de route située en Haute-Savoie. Une façon pour le concessionnaire savoyard, détenu à 85 % par l’État, de fluidifier le trafic de voitures mais surtout de diminuer les émissions de CO2 des véhicules lors du franchissement des portiques dotés de caméras.
Suppression des gares de péage
Ce péage en flux libre concernera donc 58 km de l’Autoroute Blanche, tronçon situé entre Passy, au pied du Mont Blanc et Étrembières, non loin de la frontière genevoise, un territoire déjà couvert par le Plan de Protection de l’Atmosphère, en raison de la densité du trafic sur cet axe routier situé au cœur des Alpes. Rappelons que ces plans de protection sont élaborés par les préfets de région afin de ramener à l’intérieur du territoire des niveaux de concentration en polluants dans l’atmosphère conformes aux valeurs limites fixées par la loi.
Concrètement, les barrières de péage traditionnelles de Cluses et Nangy (Haute-Savoie), ainsi que les gares de péage en entrées et sorties de Scionzier et Bonneville, seront supprimées et remplacées par cinq portiques qui enjamberont l’autoroute. Pour s’acquitter du péage, les clients circuleront sous les portiques, à la vitesse autorisée, sans ralentir ni s’arrêter.
Le montant du péage sera payé après le trajet, au maximum 72 heure après le trajet, sur le site atmb.com, qui sera transformé pour l'arrivée du Flux Libre en 2027 ou en se rendant chez l'un des 10 000 buralistes du réseau Nirio. Les conducteurs disposant du télépéage pourront continuer de s'en servir comme auparavant. En cas de non-paiement du péage dû dans les 72 heures, un avis de paiement sera adressé au conducteur, qui disposera de nouveau 72 heures pour s'acquitter du montant voulu, sous peine de recevoir un procès-verbal.
Des caméras et des capteurs intelligents, situés sur les portiques, détecteront les badges de télépéage et identifieront les plaques d’immatriculation des autres véhicules sans télépéage. Ils permettront de reconstituer la grille tarifaire actuelle et calculeront le montant du péage en fonction de la catégorie du véhicule -voiture, poids lourd, moto- et du trajet réalisé.
2 500 tonnes d’émissions de CO2 en moins
Ce nouveau système devrait non seulement permettre de limiter les risques d’accrochages et de décongestionner les voies lors des périodes de trafic plus dense (jusqu'à 80 000 véhicules/jour lors des vacances de février), mais aussi de réduire les émissions de CO2. Selon ATMB, le gain annuel est estimé à près de 2 500 tonnes de CO2 pour ces 58 km de route, soit plus de 1 million de litres de carburant économisé. Enfin, l’empreinte au sol des infrastructures de péage devrait être considérablement réduite, avec le démontage des anciennes gares et la revégétalisation des abords de l’autoroute.
Cinq portiques seront installés entre 2025 et 2026 de même que cinq locaux techniques associés contenant l’alimentation et les systèmes d’information de ces portiques. Les travaux comprendront également l’installation de caméras et de capteurs et des phases de tests pour chacun des portiques. Des travaux qui devraient permettre une mise en route du nouveau flux libre au printemps 2027.
175 000 transactions par jour
Le nouveau système de paiement des véhicules représentera environ 175 000 transactions par jour enregistrées par les portiques, pour un trafic moyen de 33 000 véhicules.
"Si l’objectif du gouvernement à long terme est de généraliser le flux libre sur l’ensemble du réseau autoroutier français, ATMB a décidé de le mettre en place dès aujourd’hui sur son réseau pour répondre à l’enjeu environnemental fort du territoire sensible qu’elle dessert", explique ainsi Erwan Le Bris, directeur général d’ATMB. Le concessionnaire de l’autoroute savoyarde sera ainsi le second en France à transformer son système de péage en flux libre.