Pourquoi vous déclarer candidat- à l'élection de la présidence de la Région Rhône-Alpes Auvergne ?
La première raison est relative à la qualité de cette future grande Région et à son potentiel économique. Rhône-Alpes Auvergne me frappe par son dynamisme, par la richesse et la diversité tant en termes de taille que d'activités de son tissu d'entreprises, par ses pôles de compétitivité et d'excellence. Nous avons de l'or dans les mains et cela me motive. La seconde raison est guidée par la colère. Je vois années après années la région évoluée dans le sens de plus de dépenses, plus de paperasses administratives, plus d'impôts et plus de dettes.
Que reprochez-vous à Jean-Jack Queyranne et René Souchon, les deux présidents de Région en place ?
Ils se sont construits des " palais régionaux " qui ont coûtés des fortunes avec des dépassements de chantiers pharaoniques. En parallèle, les dépenses de fonctionnement n'ont cessé de croître, l'endettement a été multiplié par 4 sur Rhône-Alpes. Jusqu'en 2011, où la région avait l'autonomie fiscale, les impôts ont enregistré des évolutions de +71% en Auvergne et +23 % en Rhône-Alpes. Et, maintenant que les régions n'ont plus comme levier que la carte grise, son coût explose. De plus, la façon dont les présidents abordent la fusion des deux Régions me catastrophe.
Ils entendent multiplier les sièges administratifs et aligner les salaires vers le haut. In fine, ce sera zéro économie, des dépenses publiques supplémentaires et à l'arrivée une collectivité qui devient un monstre administratif alorsque ça devrait être un des derniers endroits de souplesse et d'efficacité. On envoie notre Région dans le mur. Je veux lui redonner du souffle, je veux qu'elle ait de l'ambition et qu'elle soit au service de l'économique et des entreprises de notre territoire.
Est-ce qu'atteindre la présidence de Région sert vos ambitions politiques ?
Oui j'ai de l'ambition mais elle n'est pas autocentrée. Je veux que ma réussite serve ma région. Je veux que Rhône-Alpes Auvergne devienne une région locomotive et leader en France. J'ai de l'énergie, je suis jeune, j'ai envie de me battre pour mon territoire comme je l'ai fait pour mon département. Et puis, je dispose d'une philosophie de soutien et de développement des entreprises. Je reste toujours pantois quand j'entends des élus dire je crée de l'emploi... Non, les élus ne créent pas de l'emploi. Ils sont présents pour accompagner ceux qui créent de l'emploi.
Jean-Jack Queyranne vous oppose d'être très occupé notamment à Paris... Abandonneriez-vous certains de vos mandats si vous êtes élu à la région?
Jean-Jack Queyranne s'est occupé à temps plein de la Région et je ne suis pas totalement sûr que son temps plein ait été un pur bénéfice pour Rhône-Alpes. Pourtant, je ferai des choix. Ma priorité sera la Région. En 2017, si la loi sur le cumul des mandats s'applique je choisirai le poste de président de Région et pas celui de député. Et, je le fais car je ne crois plus à la politique nationale qui s'exerce sous les plafonds dorés. Pour moi, donner des preuves d'actions sur le terrain a plus de valeur que les promesses.
Justement, vous jouez un rôle dans les sphères parisiennes... Est-ce que cela pourrait servir la région Rhône-Alpes Auvergne ?
Clairement oui. Le territoire doit faire entendre sa voix. J'en ai assez que Rhône-Alpes Auvergne soit à la remorque de Paris. Concrètement, on doit défendre nos universités et notre enseignement supérieur et prendre des décisions en termes d'infrastructures sur des dossiers en attente. Quand je vois que rien ne bouge sur le dossier de l'A 45,
c'est un pur scandale. Cette autoroute est un sujet de développement économique majeur. Autre dossier : sur la région, un certain nombre d'axes routiers sont totalement saturées. Et puis, Lyon Turin : on en parle, on en parle... Ce n'est pas à la hauteur de notre grande Région.
Quelle est votre vision de cette grande région ?
La mission de la Région : travailler pour tous les territoires et soutenir les projets. Nous devons miser sur la diversité. Nous avons des Boiron, Sanofi, Norbert Dentressangle, Michelin... mais aussi nombre de petites structures. Nous devons construire un réseau avec ces acteurs.Toutefois, il ne faut pas forcer les choses pour créer une unité régionale artificielle. Les Alpes ce n'est pas le Massif Central, le Cantal ce n'est pas la Loire... Nous devons jouer des complémentarités. L'unité viendra de l'économique.
Si vous preniez la présidence de Région, quelles seraient vos priorités ?
D'abord, je m'inscrirais dans une logique d'économie. Quand la Région investit 1 euro dans un territoire, la moitié part en fumée sur du traitement administratif. C'est de la folie. Il faut des procédures allégées, des dossiers plus souples pour améliorer la réactivité. Deuxième point, la Région s'occupe de formation. Quand je vois les entreprises du secteur hôtelier ou de la chaudronnerie connaitre des difficultés pour embaucher, quand dans le décolletage, on a des formations supplémentaires en attente... Je me demande si les décisions des élus sont à la hauteur de l'enjeu.
Ma troisième priorité : favoriser le lien innovation entreprises. Il faut s'assurer de créer des passerelles entre la recherche et les entreprises y compris avec les PME. Enfin, la région doit être moteur pour aider le tissu économique à porter des projets communs. La concurrence ne vient pas de PME situées dans une même zone d'activité mais d'Allemagne, d'Inde, des Etats-Unis... J'invite les sociétés à se déployer ensemble à l'international, à s'unir pour la recherche et le marketing.
Rhône-Alpes occupe la 10e place du classement des Régions industrielles d'Europe... Comment rendre la région plus visible, plus attractive ?
Notre Région a plutôt reculé. Il manque une volonté de structurer l'image de Rhône-Alpes Auvergne. Il y a bien sûr la marque OnlyLyon mais c'est Lyon pas la Région. Cette dixième place s'explique aussi par les rivalités de personnes ; entre Jean-Jack Queyranne et Gérard Collomb notamment qui épuisent la Région. Le projet du Center Parcs de Roybon pose également problème. Jean-Jack.Queyranne était à l'origine pour. Aujourd'hui, il est l'otage des verts dont il a besoin (pour sa réélection), et se positionne contre. Comment voulez-vous lui faire confiance ? Il privilégie les petites alliances politiques à un dossier qui
représente 1.000 emplois sur la Région.
Les rivalités se cristallisent aussi au niveau de la métropole de Lyon. Quel est votre point de vue ?
L'ennemi de la Région ce n'est pas la métropole de Lyon. Quand vous possédez sur votre territoire une locomotive comme le Grand Lyon, votre but ce n'est pas de lui mettre des bâtons dans les roues. Pour la Région, nous devons fonctionner en équipe au delà des clivages politiques. Gérard Collomb, le maire de Lyon, dispose d'une vraie légitimité, s'implique... et si je suis élu je tiens à travailler avec ceux qui souhaitent développer le territoire, et il en fait partie.
Que soutenez-vous comme démarche au niveau des agences de développement ?
On doit se doter d'un outil. L'objectif de la Région : attirer à elle les projets d'implantation économique. Pour y parvenir, il faut de l'immobilier rapidement disponible, un tissu d'entreprises identifiées et attractives pour permettre des partenariats, des structures de développement efficaces en termes d'infrastructures : internet, aéroports, etc., le sentiment d'une région très réactive. Une seule agence de développement me parait plus efficace. Ensuite, cette structure dévoile les propositions des différents territoires. Le risque d'attirer tous les projets sur Lyon est bien réel. Notre vigilance sur ce point me paraît capitale. D'autant que ce n'est pas dans l'intérêt de Lyon. Lyon a besoin d'un arrière-pays industriel fort.
Quelles sont vos relations avec les maires des différentes communes du territoire ?
Ma démarche s'appuie sur une force collective réunissant nombre d'élus locaux. 90% des maires de plus de 10.000 habitants (Vienne, Valence, Saint-Etienne...) de ma famille politique ont intégré l'équipe. On dispose en Rhône-Alpes Auvergne de mairies très dynamiques et plutôt structurées. Je veux compter sur ce réseau proche du territoire. La Région, elle, doit assumer sa présence sur les dossiers structurants. Chacun a un rôle défini.
Que proposez-vous à Michel Barnier, l'autre candidat potentiel à droite mis sur la touche le 5 février ?
Michel a toute mon estime. Il dispose d'une grosse compétence internationale. Son expérience peut être très précieuse et je lui tends la main. A un moment donné, il a demandé l'arbitrage de Nicolas Sarkozy. De mon point de vue, ce n'est pas Paris qui décide pour Rhône-Alpes Auvergne. Ce sont les élus, les forces économiques de Rhône-Alpes Auvergne. Pour information, sur 60 parlementaires, 55 me soutiennent ; une dynamique existe. Ma candidature n'est pas celle d’un homme mais d’une équipe. Et je dis à Michel qu’il a toute sa place au sein de cette équipe.