L'agence de communication Sprey (ex-Reymann), figure historique du paysage publicitaire alsacien, a été placée en liquidation judiciaire le 8 septembre 2025. Les 28 salariés ont été licenciés économiquement, l'activité cessant dès le lendemain.
Fondée en 1973 par Jean-Marc Reymann à Illkirch-Graffenstaden, près de Strasbourg, l'agence s'était initialement développée autour d'un client majeur du secteur de la grande distribution, avec lequel elle entretenait une collaboration continue depuis plus d'un demi-siècle. La rupture de cette relation fin 2024 a entraîné la disparition de près de la totalité du chiffre d'affaires de l'entreprise, sans possibilité de rebond rapide.
"Par leur talent, les équipes ont prouvé que l'agence pouvait se réinventer et séduire. Mais la perte subie était colossale, et la pression financière de plus en plus intenable", souligne Sarah Nicastro Auer, directrice générale depuis 2020, qui avait impulsé une nouvelle dynamique créative et digitale.
Sprey, qui réalisait jusqu'alors un chiffre d'affaires estimé autour de 4,5 millions d'euros en 2024, dépendait très fortement de ce client historique, à l'origine de plus de 80 % de ses revenus.
Un symbole pour la filière régionale
La disparition de Sprey, membre du groupe La Phratrie, intervient dans un contexte économique tendu pour les agences indépendantes. Sprey avait pourtant entamé une modernisation de son positionnement, misant sur la créativité, la communication responsable et la transformation numérique. "Nous avons soutenu cette transformation avec conviction et un appui financier autant que possible... mais la liquidation a fini par s'imposer comme le déchirant choix de la raison", confie Céline Pulido, présidente-directrice générale du groupe La Phratrie, maison-mère de Sprey.
La Phratrie est un groupe de communication français indépendant basé à Paris, qui fédère plusieurs agences créatives comme Steve, Hungry and Foolish ou Babel RP. Céline Pulido, à sa tête depuis 2023, pilote la stratégie du groupe après une carrière au sein de ses filiales.
Cette fermeture résonne comme un choc dans le secteur de la communication du Grand Est, où les budgets marketing demeurent parmi les premiers ajustés en période d'incertitude économique. À Strasbourg, elle marque la disparition d'une institution locale qui, durant plus de cinquante ans, avait accompagné de grands comptes régionaux et nationaux.
Un héritage et un espoir
Plusieurs salariés ont depuis été reclassés au sein du groupe La Phratrie, qui affirme vouloir préserver l'esprit de l'agence et ses savoir-faire.
"Aujourd'hui, je pense surtout aux collaborateurs méritants que nous perdons", poursuit Céline Pulido, évoquant néanmoins la possibilité d'un renouveau à moyen terme. Certains anciens membres de l'équipe évoquent déjà, avec émotion, "un rêve de grand retour".