Et si le traitement d’un cancer n’occasionnait ni récidive ni chimiothérapie, et permettait d’éradiquer totalement la tumeur ? C’est l’ambition du traitement contre le cancer de la vessie de la start-up nantaise Atonco, fondée en 2019. Le projet de l’entreprise, qui compte dix personnes, attire les investisseurs : Atonco vient de sécuriser une levée de fonds de 4 millions d’euros durant l’été 2025, portant le total de fonds levés à 10 millions depuis sa création. Ces moyens ont notamment permis à l’entreprise de se doter d’un laboratoire radiopharmaceutique, opérationnel d’ici à la fin 2025. Elle prévoit également de créer un second laboratoire pour industrialiser le médicament via un processus automatisé, un chantier qui ne devrait pas aboutir avant plusieurs années.
Les cadres d’Atonco détiennent actuellement 19 % du capital. Elle est soutenue par plusieurs investisseurs historiques, dont l’Institut de cancérologie de l’Ouest (ICO), ainsi que deux partenaires internationaux du domaine médical : l’entreprise australienne Telix Pharmaceuticals, qui détient 11 % du capital, et la société danoise Minerva Imaging, qui en contrôle 2 %.
Un médicament sans récidive du cancer
Le savoir-faire d’Atonco repose sur la technologie de la radiothérapie interne vectorisée, une radiothérapie de précision qui consiste à fixer un isotope radioactif sur une molécule capable de reconnaître les cellules cancéreuses et d’y délivrer localement la dose de rayonnement nécessaire, tout en épargnant les tissus sains.
Début 2026, Atonco compte lancer le premier essai clinique de son candidat-médicament, appelé ATO-101. L’essai, piloté par l’ICO, vise à s’assurer de son absence de toxicité sur l’organisme du patient et devrait durer environ deux ans avant une seconde phase d’essais cliniques. "Nous attendons l’aval de l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM). L’essai clinique démarrera dès que nous l’obtiendrons", explique Sylvain Fanier, président d’Atonco.
Ce traitement doit administrer un médicament de manière ciblée sur les cellules malades en détruisant leur double brin d’ADN. Une précision rendue possible par l’utilisation de l’astate-211, un isotope radioactif émetteur de particules alpha. "Cette particule émet une énergie 100 à 300 fois supérieure aux électrons habituellement utilisés. Il n’y a également aucun phénomène de résistance, d’impact sur l’ADN du patient, et beaucoup moins, voire aucune récidive", détaille le professeur Jean-François Chatal, fondateur de l’entreprise et chef des affaires médicales. "Plusieurs études scientifiques confirment nos propres recherches", ajoute le président d’Atonco.
Une première mondiale
Ce traitement relève de la médecine nucléaire et serait effectivement une première mondiale s’il parvenait jusqu’au bout, puisqu’aucun médicament de ce type n’existe pour le moment. "Il y a une véritable euphorie industrielle. Des centaines de millions de dollars sont mis sur la table en ce moment dans le monde à ce sujet", s’enthousiasme Sylvain Fanier. Pour fabriquer l’astate-211, Atonco s’appuie sur le cyclotron Arronax, à Saint-Herblain, le plus puissant d’Europe à ce jour. La start-up compte aussi sur un autre cyclotron au Danemark, afin de sécuriser l’approvisionnement de ce radio-isotope rare — un indice de ses ambitions internationales.
Car une fois le médicament final produit, pas question de rester cantonné à la France ou même à l’Europe. "Qui dit produit mondial, dit ambitions mondiales. Plus qu’une révolution, c’est un espoir formidable pour lutter contre cette maladie encore mal prise en charge", résume Sylvain Fanier.
Le cancer de la vessie représente en effet un enjeu de taille : plus de 600 000 cas sont déclarés chaque année dans le monde, provoquant environ 220 000 décès et plus de 100 000 ablations totales de la vessie, selon l’Organisation mondiale de la santé.