À Pluneret, dans le Morbihan, une petite entreprise attire depuis quelques mois l’attention des passionnés. Son nom : Koz Surfboards. Sa promesse : fabriquer des planches à partir… de mycélium, la racine des champignons. Une idée qui pouvait sembler amusante voire farfelue il y a encore quelques années, mais qui s’impose aujourd’hui comme une des pistes les plus vertueuses afin de verdir une industrie encore largement dépendante des matériaux pétrochimiques.
Matières végétales et low tech
Aux commandes, deux jeunes entrepreneurs bretons, Thibaut Fournel et Pierre Thomas, qui ont passé des mois en laboratoire avant d’obtenir un matériau suffisamment léger, rigide et stable pour rivaliser avec les mousses traditionnelles. Leur procédé, fortement inspiré des logiques low-tech, repose sur un principe simple : mélanger des fibres végétales à du mycélium, laisser le tout se développer dans un moule, puis sécher et renforcer la structure avec du lin et une résine partiellement biosourcée. Résultat : une planche à l’apparence classique mais fabriquées à base de mycélium de champignons.
"Notre process dure sept jours. Outre la matière première qui est végétale, nous utilisons de l’eau de pluie. Notre consommation d’eau n’est que de 20 litres alors qu’elle est de 140 litres pour une planche classique", précise Thibaut Fournel.
Depuis leur lancement commercial sur la plateforme Ulule, les fondateurs observent un engouement inattendu. Plusieurs dizaines de planches ont déjà été vendues au tarif de 450 euros. Les premiers retours soulignent la maniabilité et le confort de rame, deux atouts déterminants pour le public visé : les surfeurs débutants ou intermédiaires. L’autre point essentiel est la résistance. "Elles ont été testées et elles sont aussi résistantes que les planches classiques", atteste Thibaut Fournel.
Le défi de l’industrialisation
Si la traction est encourageante, le véritable défi se joue ailleurs : celui de l’industrialisation. Les deux cofondateurs en sont conscients et ont entamé une levée de fonds d’environ 300 000 euros pour accélérer la transition entre la fabrication artisanale et une production semi-industrielle. L’objectif est clair : réduire le coût unitaire, stabiliser les délais et préparer l’arrivée de nouveaux modèles. "L’idée est de réduire nos délais à cinq jours."
D’autres débouchés en vue
Outre les planches de surf, l’entreprise planche sur de nouveaux développements. Pour cela, elle bénéficie déjà du soutien d’incubateurs comme la technopole Vipe à Vannes mais aussi de Bpifrance, de la French Tech. "La maîtrise de la technologie va nous permettre de proposer d’autres types de planches comme des paddles et pourquoi pas des éoliennes demain."
En parallèle, ils entendent encore aller plus loin dans les caractéristiques techniques de la planche de surf en l’allégeant un peu : "elles pèsent aujourd’hui entre 6 et 8 kg, c’est deux kg de plus qu’une planche traditionnelle." Ils travaillent aussi sur une planche totalement compostable et 100 % biosourcée. Le duo de dirigeants mène des recherches pour trouver des alternatives totalement biosourcées aux résines qui recouvrent leurs planches.
Tout cela devrait les amener à un tempo de fabrication de 3 500 planches de surfs chaque année d’ici cinq ans.