L’annonce a fait grincer des dents les acteurs de la mode et du commerce français. À partir de début novembre, les clients du BHV à Paris et de cinq magasins Galeries Lafayette en régions pourront acheter des produits Shein directement dans les rayons. La Société des Grands Magasins (SGM) a annoncé un "partenariat exclusif" avec l’acteur chinois de l’ultra fast fashion, le 1er octobre.
Le groupe SGM, une foncière commerciale créée en 2021, est propriétaire des murs et franchisé de sept magasins Galeries Lafayette. L’accord avec Shein porte sur les boutiques de Dijon, Grenoble, Reims, Limoges et Angers.
Ce partenariat s’inscrit "dans la stratégie globale de modernisation portée par Frédéric Merlin, président de la SGM, dont l’ambition est de transformer les grands magasins en lieux de destination", indique un communiqué de la SGM. D’après la société, l’implantation de Shein contribuera à la création de 200 emplois directs et indirects en France.
Un projet pour "attirer une clientèle plus jeune", selon la SGM
"Ce projet nous permet d’attirer une clientèle plus jeune, de répondre aux attentes de nos consommateurs, tout en préservant l’ADN de nos magasins et en redonnant du souffle au cœur de nos villes, de Paris à la province", a déclaré Frédéric Merlin. Pour le président de SGM, c’est aussi une évolution commerciale. "Grâce à sa connaissance fine des ventes en ligne, Shein sait ce qui plaît localement et permet ainsi d’adapter l’offre de façon unique à chaque territoire", selon lui.
La France choisie par Shein pour "sa position de capitale de la mode"
Du côté du géant de l’ultra fast fashion, choisir la France comme expérimentation du commerce physique c’est reconnaître "sa position de capitale majeure de la mode", a déclaré Donald Tang, président exécutif de Shein.
Les Galeries Lafayette veulent empêcher la réalisation du partenariat
Cette annonce a suscité de nombreuses désapprobations. D’abord celle du groupe Galeries Lafayette, détenant 19 magasins en propre et 38 en affiliation, qui a rapidement exprimé son "profond désaccord avec cette décision au regard du positionnement et des pratiques de cette enseigne d’ultra fast fashion".
Cette annonce est "également contraire aux conditions contractuelles d’affiliation qui lient le groupe SGM aux Galeries Lafayette", qui "empêcheront la mise en œuvre" de ce partenariat, poursuit le groupe dans un communiqué.
Association avec "ce qu’il y a de plus contestable dans le secteur de la mode"
Parmi les associations représentatives du secteur, la Fédération nationale de l’habillement a dit sa "profonde désapprobation". "Après Pimkie, ce sont désormais le BHV, véritable institution parisienne depuis 1860 et les Galeries Lafayette en province, qui se tournent vers l’ultra fast-fashion, confirmant ainsi un manque d’imagination et de professionnalisme alarmant : ces enseignes, qui ont par le passé, tant contribué au rayonnement et à la créativité de la France, choisissent aujourd’hui de s’associer à ce qu’il y a de plus contestable dans le secteur de la mode", a commenté la FNH dans un communiqué.
Les fédérations du secteur du textile et de la mode se sont par ailleurs récemment regroupées autour d’une déclaration commune appelant l’Europe à agir contre l’ultra fast fashion.