La sélection par la trésorerie
# Conjoncture

La sélection par la trésorerie

En diminuant brutalement le chiffre d'affaires, la crise a mis à mal les comptes des entreprises. Et face à une situation exceptionnelle, certains chefs d'entreprise ont tardé à réagir.

En homme prudent, Donat Haismann, le président de la Compagnie régionale des commissaires aux comptes, se refuse à avancer des chiffres. Mais évoque tout de même une «recrudescence importante des procédures judiciaires.» La crise a mis à mal les finances des entreprises lorraines. Avec des chiffres d'affaires qui ont chuté jusqu'à -25 voire -30%, il fallait avoir «les reins solides» pour s'en sortir, estime Donat Haismann. Premier constat: une distinction s'impose entre les entreprises structurellement viables qui ont eu des difficultés conjoncturelles. Pour celles-là, il était possible de traverser cette mauvaise période en trouvant des fonds. «Pour les autres, la crise a accéléré les choses», analyse Donat Haismann. «Mais attention! Ce n'est pas au banquier de payer le manque de décisions de certains entrepreneurs.» Derrière cette position du président de la Compagnie régionale des commissaires aux comptes, un autre constat: certains chefs d'entreprise ont attendu beaucoup trop longtemps avant de tirer la sonnette d'alarme. D'où cette impression très dérangeante que la crise a eu un effet «sélection naturelle» pour certaines entreprises. Reprenant le concept avec des pincettes, Donat Haismann souligne que dans le monde économique «comme dans la nature, ce sont les plus forts qui s'en sortent». Face à une situation exceptionnelle, difficile de fournir des recettes pour faire face: cependant Donat Haismann estime qu'en «analysant de près le compte de résultat, il est possible de réadapter rapidement les charges de structure».




Attention à la chasse au chiffre d'affaires







Possible, mais délicat: diminuer les charges de structure rime le plus souvent avec réduction de la masse salariale. Deuxième piste, se méfier de l'autofinancement: «Même quand ça va bien, il faut passer par l'emprunt pour financer l'investissement. Et ainsi réserver les fonds de roulement au cycle d'exploitation», estime Donat Haismann. Enfin, la chasse au chiffre d'affaires ne doit pas pousser un entrepreneur à se fourvoyer dans des contrats douteux, sur des marchés inconnus avant les difficultés. Position délicate, car comme l'indique Donat Haismann il faut «être prudent mais pas attentiste». Autre formule à retenir: «L'avenir ne se prévoit pas, il se prépare», du philosophe français Maurice Blondel. «Et c'est tout à fait valable en temps de crise», insiste Donat Haismann.

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