Bretagne
La puissance de la douceur managériale
Avis d'expert Bretagne # Ressources humaines

La puissance de la douceur managériale

Manager par la douceur est à rebours de la logique de rapport de force qui sous-tend le fonctionnement des organisations de travail. C’est un moyen efficace de permettre à l’autre de contribuer en l’aidant dans ses zones de fragilité.

Lionel Honoré, Professeur des Universités, IAE de l’Université de Bretagne Occidentale — Photo : Caroline Scribe

En 2013, la psychanalyste et philosophe française Anne Dufourmantelle publiait un petit essai intitulé la " Puissance de la douceur ". Relire cet ouvrage aujourd’hui nous permet d’interroger fort utilement cette forme un peu spéciale de rapport aux autres qu’est le management contemporain. Dans son ouvrage, l’auteure décrivait la douceur comme n’étant ni un concept ni simplement un usage. Elle la définissait comme "incluse dans un double mouvement d’accueil et de don" qui a des degrés d’intensité, est une force symbolique et a un pouvoir de transformation sur les choses et les êtres et est ainsi une puissance.

Pour Anne Dufourmantelle, la douceur revient à inscrire le rapport à l’autre dans autre chose que la contrainte, la domination et la violence. La douceur est ainsi à rebours de la logique de rapport de force qui sous-tend le fonctionnement des organisations contemporaines, singulièrement les organisations du travail. Elle suppose de renoncer à imposer un pouvoir et un savoir pour se mettre au service des autres de deux manières.

Valoriser l’autre

Traiter l’autre et interagir avec lui avec douceur, c’est tout d’abord le reconnaître en tant qu’être singulier avec lequel nous sommes dans une relation de personne à personne, sans s’inscrire dans un rapport de force ou de domination. C’est ainsi lui laisser de la place, reconnaître et valoriser son altérité et, in fine, sa compétence et sa capacité à agir. C’est accepter de penser que le sens premier du management n’est ni la mise sous tension, ni l’évaluation, ni l’organisation de la compétition, mais la permission donnée aux personnes de contribuer.

Aider l’autre

Par ailleurs, développer une relation (managériale) fondée sur la douceur, c’est également reconnaître chez l’autre sa vulnérabilité et accepter de l’appréhender sans jugement ni sentence, mais en considérant qu’elle révèle notre propre fragilité et qu’elle nous impose de prendre soin. Manager par la douceur, c’est accepter que notre responsabilité soit d’aider l’autre dans ses zones de fragilité et non pas de l’y pousser et de le déstabiliser. Aucun manager n’a besoin de collaborateurs en difficulté.

La douceur ce n’est pas la faiblesse ni la tolérance à l’incompétence et aux mauvais comportements. La douceur dans la relation à l’autre est un moyen puissant de l’aider à devenir ce qu’il peut être, dit autrement, ce qu’il est en puissance. Elle permet de créer un espace, une situation de travail, qu’il pourra occuper pour déployer ses propres ressources et contribuer, avec la meilleure efficacité, à l’activité et à la performance.

Bretagne # Ressources humaines