Pays de la Loire
"La période où un aéroport se résumait à une piste d’atterrissage est révolue"
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Martin Meyrier président d'Edeis Concessions "La période où un aéroport se résumait à une piste d’atterrissage est révolue"

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Martin Meyrier est président d’Edeis Concessions, qui a remporté la gestion de son 20e aéroport, à Ancenis (Loire-Atlantique), après celui du Mans (Sarthe) en janvier. L’opérateur veut aussi se développer dans les infrastructures portuaires. Ses atouts auprès des acteurs publics sont sa maîtrise des charges et son approche territoriale, selon le dirigeant.

Le Breton Martin Meyrier est président d'Edeis Concessions, gérant une trentaine de structures aéroportuaires, portuaires et touristiques de la métropole aux territoires d'Outre-Mer — Photo : Muller Production

Vous avez remporté en avril 2025 la gestion de l’aérodrome du Pays d’Ancenis (Loire-Atlantique), assurée par Vinci depuis 2011. Quels sont vos projets pour ce site ?

L’objectif est de devenir performant sur la gestion des charges (le montant du contrat sur huit ans est abaissé de 180 000 à 160 000 euros annuels avec Edeis, par rapport au précédent contrat avec Vinci, NDLR). Globalement, ces infrastructures ont coûté et coûtent toujours trop cher. Nous allons mettre en place un taxiway, pour sécuriser les déplacements dans la zone entre la piste et le parking, ainsi qu’une nouvelle procédure d’approche aux instruments (pour sécuriser l'atterrissage des avions, NDLR). Nous voulons renforcer les flux dans l’aviation d’affaires et de loisirs, et amener le site au niveau 3 de l’Airport Carbon Accreditation (visant à réduire l’empreinte carbone et les consommations d’énergies, NDLR). Avec notre parc aéroportuaire, nous pouvons aussi avoir une politique d’achats qui nous permet d’assurer la distribution de carburant aux utilisateurs de l’aéroport, qui était jusqu’ici déléguée à un pétrolier.

Ancenis est votre vingtième aéroport. L’Ouest est-il une priorité pour le développement d’Edeis ?

Il y a du sens, du fait que notre branche ingénierie est basée à Nantes – Edeis Ingénierie (conception de bâtiments à haute performance énergétique et environnementale ; 500 salariés) est l’une des deux grandes branches d’activités du groupe; avec Edeis Concessions qui réalise 110 millions d’euros de chiffre d’affaires sur les 150 millions en consolidé du groupe, avec environ la moitié des 1 200 collaborateurs d’Edeis. Nous avons déjà la gestion des aéroports d’Angers-Marcé, de Lorient, de Cherbourg, de Tours… Ce n’est évidemment pas la même approche à Nîmes, Bayonne ou encore en Outre-Mer (Mayotte, Saint-Matin) où les aéroports contribuent au rayonnement touristique de ces territoires. Ce sont tous des sites de petite ou moyenne taille. En fait, nous nous implantons avec des projets là où nous pensons qu’il y a une plus value pour le groupe et les collectivités.

Depuis janvier 2025, vous avez également la délégation de service public pour l’aéroport Le Mans-Arnage au bord du circuit des 24 Heures. La gestion était entre les mains de la CCI Le Mans Sarthe depuis 17 ans. Que comptez-vous apporter de plus ?

La période où un aéroport se résumait à une piste d’atterrissage est révolue. Un exploitant doit considérer que son métier n’est pas seulement celui d’opérateur aérien, mais qu’il doit agir en tant qu’acteur public. Il faut prendre en considération la loi sur la non-artificialisation des sols (ZAN), l’environnement, la proximité urbaine et l’impact sur les riverains, etc. Sur le site Le Mans – Arnage, il n’y a pas de réflexion des collectivités (le syndicat mixte, qui détient le domaine, est composé du Département à 50 %, de la Région Pays de la Loire et Le Mans métropole, NDLR) sur les flux commerciaux, sa vocation reste avant tout une aviation d’affaires et de loisirs. Il n’y a pas de projet aérien au sens trafic, sinon cela n’aurait pas de sens. Mais plutôt le maintien de l’activité, avec une dizaine de salariés, et d’un lieu de vie en dehors des événements des 24 Heures. Nous allons investir 3,4 millions d’euros sur quinze ans notamment dans la production photovoltaïque et dans la création d’un restaurant à l’intérieur de l’aérogare pour apporter un service aux gens qui travaillent dans le secteur. Nous allons aussi proposer une zone aux tiers investisseurs : il a été identifié un besoin en immobilier d’entreprise.

De manière générale, quelle est l’approche d’Edeis sur la gestion des infrastructures aéroportuaires ?

Notre objectif est de maintenir une plateforme en activité avec des services supplémentaires. Nous avons la conviction que lorsqu’un aéroport ferme, il ne rouvrira jamais…Tout en accompagnant les politiques de transition, il faut conserver les infrastructures qui ont une valeur ajoutée pour l’économie des territoires. Par ailleurs, les métiers liés aux aéroports nécessitent des compétences particulières, en termes d’assistance, de sûreté et de sécurité aériennes. Nous y apportons une vision économique sur les dépenses publiques, avec une maîtrise des charges et la gestion d’un espace domanial.


Edeis gère également des infrastructures portuaires. Les ambitions du groupe sont-elles les mêmes dans ce domaine ?

Nous avons des ambitions certaines dans ce domaine. Pour les porter, nous avons intégré un bureau d’études en ouvrages maritimes (en septembre 2024, Edeis a racheté la société varoise Corinthe Ingénierie, animée par dix experts en partie basés à Djibouti et à Dubaï, NDLR). Un certain nombre de concessions seront prochainement à renouveler, notamment dans le Sud. Nous avons actuellement en charge la gestion de quatre ports, en majorité de plaisance : les délégations de service public des ports de Saint-Malo et Cancale en Ille-et-Vilaine (via un contrat courant de 2020 à 2029), où il y a aussi une activité pêche, et du port de Calais (2021-2025), la sous-concession de L’Épervière à Valence, qui est un port de plaisance fluviale... Par ailleurs, cette année, la commune de Ramatuelle (Var) nous a confié le projet de création de la zone de mouillage et d’équipements légers de Pampelonne, avec 150 places, dont nous aurons l’exploitation jusqu’en 2040. Et nous sommes actuellement en attente de réponse sur un appel d’offres pour l’exploitation et le développement du port de pêche et plaisance de Saint-Gilles-Croix-de-Vie (Vendée).

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