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La nouvelle vague de Récréa
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La nouvelle vague de Récréa

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L’arrivée de Guillaume Mortelier, précédemment directeur exécutif de Bpifrance, au poste de directeur général change la donne chez Récréa. Le nouveau dirigeant du spécialiste normand de la gestion d’équipements de sport et de loisir, entame une passation de pouvoir en douceur avec le président de Récréa, Gilles Sergent, et devient le troisième actionnaire de l’entreprise.

Pour soutenir et assurer le développement de son entreprise, Gilles Sergent, le président de Récréa (à gauche sur la photo), compte s'appuyer sur l'expérience en gestion et en stratégie d'entreprise acquise par Guillaume Mortelier lors de son passage chez Bpifrance, et pour laquelle il a développé l'activité d'accompagnement aux entreprises pour soutenir, via du conseil et de la formation, le développement des PME et ETI françaises — Photo : Sébastien Colle

À l’heure de fêter ses 35 ans d’existence, Récréa, spécialiste normand, basé à Caen, de la gestion d’équipements de sport et de loisir, amorce un changement d’envergure dans sa gouvernance. L’entreprise qui exploite plus de 100 équipements sportifs et de loisirs en délégation de service public (DSP) - principalement des piscines - à l’image du Centre aquatique des Jeux Olympiques à Saint-Denis (officiellement inauguré en octobre dernier) accueille en effet à sa tête Guillaume Mortelier, précédemment directeur exécutif de Bpifrance, au poste de directeur général.

Un polytechnicien à la barre

Polytechnicien de 46 ans diplômé de l’École nationale des ponts et chaussées et de l’université Stanford GSB, Guillaume Mortelier prend les commandes d’une ETI de 2 500 salariés qui réalise un chiffre d’affaires de 150 millions d’euros. Il en devient le troisième actionnaire, après le fonds parisien FCDE (majoritaire) et Gilles Sergent, président de Récréa. "C’était un enjeu opérationnel et capitalistique pour moi que d’être dirigeant actionnaire pour être totalement impliqué. C’est une prise de risque professionnelle mais ça fait partie du jeu et c’était mon envie d’avoir un rôle très responsabilisant", précise le directeur général.

Un changement de parcours professionnel que le nouveau dirigeant de Récréa inscrit dans une logique d’évolution, après avoir fait ses armes au sein de l’Agence française de développement et sa branche entreprise, puis avec son arrivée chez Bpifrance. "J’ai été très vite convaincu de la nécessité de trouver du sens dans mon parcours professionnel. Le soutien au développement des entreprises françaises chez Bpifrance était un bel enjeu et cela m’a permis de nouer de nombreux contacts avec les chefs d’entreprise". Une expérience qui renforce ses convictions entrepreneuriales, notamment lors de la période Covid : "J’ai été fasciné par leur capacité à rebondir qui illustre le rôle du chef d’entreprise en matière d’enjeux économique et social. J’en ai développé un grand respect pour le travail des chefs d’entreprise et leurs responsabilités".

Rencontre avec Gilles Sergent

Directeur exécutif de Bpifrance, Guillaume Mortelier rencontre Gilles Sergent début 2024. Président de Récréa depuis 2005, Gilles Sergent réfléchi à sa passation de témoin à la tête d’une entreprise qu’il a fait grandir en une vingtaine d’années, la faisant passer d’une dizaine d’établissements en gestion à son arrivée, à une soixantaine en 2019 et une centaine en 2024. Une croissance forte qu’il souhaite amplifier avec l’arrivée de son nouveau directeur général : "Avec l’arrivée de Guillaume, l’objectif est de renforcer notre position sur le marché du loisir actif. Si notre métier est d’abord celui de la gestion d'équipements, l’enjeu est aussi de développer une offre accessible à tous avec l’idée que la pratique physique soit amusante. Nous ne sommes donc pas sur une notion de compétition mais plutôt sur la notion de pratique physique régulière, mettre les gens en mouvement."

Nouvelles opportunités de croissance

L’exploration de nouvelles opportunités de croissance est également au programme, avec notamment le développement de la partie fitness chez Récréa qui compte déjà une cinquantaine d’espaces dédiés à la pratique du fitness, tous rattachés à une enceinte aquatique sous gestion de l’entreprise. "L’idée est de muscler notre offre avec des activités complémentaires comme le fitness ou la pratique des jeux virtuels en extérieurs, en sortant les jeunes adultes de leurs salons pour pratiquer des jeux vidéo en mouvement, comme envoyer une balle avec le pied ou la main, ou encore simuler des mouvements de tir à l’arc", explique Gilles Sergent. Une nouvelle offre sur le jeu virtuel en extérieur que Récréa a lancé en 2024 dans 5 de ses établissements.

Et pour parvenir a muscler l'offre de l'entreprise, le président de Récréa compte s’appuyer sur l’expérience en gestion et en stratégie d’entreprise acquise par Guillaume Mortelier lors de son passage chez Bpifrance, et pour laquelle il a développé l’activité d’accompagnement aux entreprises pour soutenir, via du conseil et de la formation, le développement des PME et ETI françaises. Une ambition de croissance moteur de l’arrivée du nouveau directeur général : "Je viens chez Récréa avec la conviction que cette entreprise à du sens et un gros potentiel de développement auprès des collectivités", s’enthousiasme Guillaume Mortelier.

De 5 à 10 nouveaux centres en gestion par an

Le directeur général de Récréa ambitionne de continuer à signer de nouvelles délégations de service public au rythme de 5 à 10 par an, afin d’atteindre les 150 sites en gestion d’ici 5 à 10 ans : "On sait le faire grâce à une expertise et une offre dédiée aux collectivités", assure-t-il. À l’autre bout du spectre, Récréa accompagne également des piscines gérées en direct par des collectivités, avec du conseil en régie notamment sur la partie formations de maîtres-nageurs. Depuis 2021, Récréa a choisi de s’associer à l’université de Montpellier pour renforcer une formation (le BPJEPS AAN) dans le domaine de la natation. Grâce à ce diplôme universitaire "Natation", les éducateurs aquatiques du groupe peuvent continuer à évoluer dans leur pratique en valorisant une approche complémentaire à leur formation initiale. Et pour répondre aux besoins de formations plus spécifiques, Récréa a mis en place, depuis 2021, son propre organisme interne avec la Citéacadémie, qui propose près d’une vingtaine de formations notamment dans les domaines de l’aquatique, du fitness, de la relation clients et du digital. Avec une spécificité chez Récréa : tous les programmes sont élaborés et animés par des collaborateurs de l’entreprise.

Un axe à développer pour Guillaume Mortelier, le conseil en régie ne représentant qu’un faible pourcentage de l’activité de Récréa : "Nous sommes souvent partenaires de collectivités qui nous sollicitent pour les aider dans la gestion de leurs sites, afin d’avoir un regard extérieur. C’est l’une de nos vocations de travailler mieux avec les collectivités, en ayant notamment plus d’impact sur les enjeux de la gestion de l’eau." Ainsi, l’entreprise, qui a décroché la gestion du Centre aquatique olympique de Saint-Denis, souhaite diminuer la consommation d’eau par baigneur de près de 40 %, entre les douches ou encore le nettoyage de l’eau des bassins.

Cap sur les 200 M€ de chiffre d’affaires

"L’enjeu de mon arrivée chez Récréa c’est le remplacement d’un dirigeant emblématique avec l’objectif de structurer la société pour passer un échelon supérieur", explique Guillaume Mortelier qui souhaite une plus forte implication de Récréa sur les sujets d’optimisation énergétique dans la gestion des établissements. Le nouveau dirigeant souhaite également passer le cap des 200 millions d’euros de chiffre d’affaires d’ici 2030, soit un tiers du marché des 500 établissements aquatiques sous DSP en France. "Pour cela nous misons sur nos offres complémentaires mais aussi sur le développement d’activités hors les murs de nos centres en gestion, qui peuvent aller de cours de fitness en extérieur à l’organisation d’événements sportifs dans les collectivités ou nous avons un équipement en gestion. L’important étant de renforcer notre lien avec les collectivités et rendre plus visibles les sports". Un développement de l’entreprise qui passe essentiellement par le marché français pour Gilles Sergent :" Nous avons aujourd’hui un centre en gestion en Belgique, mais l’international n’est pas la priorité. Le marché français est assez large pour poursuivre notre expansion."

Vers un changement de fonds d’investissement

Si Gilles Sergent reste président de l’entreprise et compte "assurer une transition harmonieuse et la continuité des valeurs et des objectifs stratégiques de Récréa", il devrait laisser les rênes de la partie opérationnelle à Guillaume Mortelier d’ici la fin de l’année. Le président de Récréa estime cependant que son départ "pourrait coïncider avec un changement de fonds d’investissement d’ici 2026." Ce que confirme Guillaume Mortelier : "Nous avons un fonds majoritaire (à 70 % , NDLR) qui a vocation à sortir pour laisser entrer un nouveau fond." De quoi envisager l’avenir de Récréa sereinement.

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