Le lobbying est aussi massif et assumé que l’échéance lointaine. Ce vendredi 6 septembre, un nouveau comité de suivi s’est tenu au conseil régional de Nouvelle-Aquitaine pour défendre, en présence de nombreux acteurs professionnels (organisations consulaires, éducation nationale, élus locaux…), la candidature de la centrale nucléaire du Blayais à l’implantation de deux nouveaux réacteurs EPR2 à horizon 2045 (au plus tôt).
Des atouts à défendre
S’y est volontiers affichée l’unité pour la défendre avec la complicité et la présence d’EDF, qui doit encore livrer de multiples études environnementales et de sécurité, notamment concernant les risques d’inondation, la centrale de Braud-et-Saint-Louis étant encore marquée par celle de la tempête de 1999.
Les multiples motions de soutien votées et présentées ces derniers mois (notamment celle du monde économique en décembre) reprennent en chœur les mêmes arguments : une mobilisation massive et sonore, "des atouts fonciers et sur les capacités de refroidissement, une faible densité de population sur la zone, de nombreuses compétences locales", liste ainsi Lydia Héraud, élue en Haute Gironde et conseillère régionale, qui vient de prendre la tête du comité de suivi.
"Nous avons anticipé en créant notamment un campus dédié à la maintenance en environnement sensible ou un cluster des professionnels de la filière", poursuit Alain Rousset, président du conseil régional.
Conserver l’existant
"La centrale du Blayais représente deux tiers (70 % selon le gestionnaire RTE) de l’électricité consommée en Nouvelle-Aquitaine, qui a le troisième PIB régional le plus important derrière l’Île-de-France et Auvergne-Rhône-Alpes. En ayant en tête une décarbonation massive de l’activité économique et le développement accru du photovoltaïque et de l’éolien, ce ratio des deux tiers doit tout de même être conservé", résume François Perrin, président régional du Medef.
Le chiffre de plus de 2 000 emplois directs, répété à l’envi par le comité comme par l’exploitant, souligne "la nécessité de maintenir ce site en vie", le coût potentiel d’une fermeture étant volontiers brandi. Pas question de choisir entre la révision de la centrale et l’accueil d’EPR : pour Alain Rousset, "on aura besoin des deux".
Multiples concurrences
Les besoins supplémentaires en énergie renouvelable (16,3 GW) ont beau être élevés et la visite décennale des 4 réacteurs du Blayais en cours jusqu’en 2025, l’argumentaire est bien rodé. S’il est encore trop tôt pour estimer le coût d’une telle installation, EDF a tout de même sensiblement revu à la hausse celui de son programme EPR 2 : 67,4 milliards d’euros selon un article des Échos paru en mars dernier.
La concurrence avec la centrale de Golfech (Occitanie) n’effraie pas non plus l’ancien ingénieur en génie atomique Alain Desgrandes, président démissionnaire du comité, pour qui "cette lutte fratricide n’est pas fatale. Il reste 4 places à prendre, 7 ou 8 sites candidats, il y a de la place pour deux dans le sud ouest. Avec les perspectives d’augmentation de la consommation électrique et la connexion prévue péninsule ibérique qui doit doubler les échanges avec l’Espagne et le Portugal, voir les deux sites choisis est une possibilité à ne pas négliger". Si les plans de conception du futur réacteur EPR 2 se font toujours attendre, l’annonce des sites choisis par EDF est espérée pour 2026.