Face aux enjeux de la pollution plastique et à l’urgence de réduire la consommation et la production de plastique, une expérimentation participative unique en France est menée en Normandie sur la thématique "Des générations plastiques". Piloté par l’espace collaboratif d’innovation Le Dôme de Caen et le laboratoire "Aliments, bioprocédés, toxicologie et environnements" (ABTE) de l’Université de Caen Normandie, le projet, qui a démarré en octobre 2023, vise à trouver des alternatives aux plastiques traditionnels non biodégradables, mais aussi à mieux comprendre la dégradation des bioplastiques en milieu naturel et à réfléchir à la façon de modifier des consommations plastiques au quotidien.
Créer des matériaux composites à base de fibres de lin
Le projet est mené en collaboration avec le groupe Depestele spécialisé dans la transformation du lin (175 salariés) à Valmartin en Seine-Maritime. "Le groupe industriel fournit des fibres de lin afin de travailler avec le laboratoire ABTE sur la création de matériaux composites 100 % biodégradables", explique Julie Amand, Médiatrice scientifique au Dôme de Caen. Les recherches menées par l’entreprise visent à lever les freins au déploiement de ces matériaux et anticiper la croissance de la demande, en concevant des renforts préimprégnés (par exemple, dans le secteur automobile) issus à 100 % de ressources renouvelables locales. Le projet prévoit également d’étudier le cycle de vie des matériaux afin de trouver des solutions de réutilisation, de réparation et de recyclage.
Démarche participative
Le programme "Des Générations Plastiques", labellisé "Science avec et pour la société" (SAPS), a souhaité inclure une dimension participative et associe donc scientifiques et grand public. "L’objectif est d’aiguiller les recherches et d’imaginer des usages pour des plastiques soutenables, respectueux de l’environnement sur le long terme", précise Julie Amand. Il s’agit d’une étude "hors laboratoire" sur la dégradation des plastiques biosourcés et biodégradables dans un milieu naturel, et ce pendant une durée de quatre mois".
Protocole expérimental
Depuis son lancement en 2023, près de 300 participants de 15 à 95 ans et habitant majoritairement sur la zone de Caen la mer, ont déjà pu, à travers plusieurs ateliers et conférences, contribuer à l’écriture du protocole du projet de recherche, qui entre désormais dans sa phase opérationnelle avec la distribution de kits d’études. "Le kit est composé d’un cadre conçu et imprimé au Dôme à Caen à partir de PLA (acide polylactique biodégradable en composteur industriel) avec 5 bandelettes, de différentes épaisseurs ou différentes compositions comme de la poudre ou des fibres de lin, co-conçues par les chercheurs de l’ABTE, du groupe Depestele et les médiateurs du Dôme", détaille Julie Amand.
"L’un des autres objectifs du programme est de pouvoir observer la dégradabilité du kit dans des milieux naturels diversifiés"
Le protocole expérimental se veut ouvert à toutes les personnes, normandes ou non, voire habitant dans un pays étranger, vivant en maison ou en appartement, avec ou sans jardin, avec ou sans balcon. "Cette multitude de situations servira l’étude car un des autres objectifs du programme est de pouvoir observer la dégradabilité du kit dans des milieux naturels diversifiés. À sa réception, il suffira de l’assembler puis, au choix de l’enfouir (dans un jardin, une jardinière ou un compost), de le poser à même le sol ou encore de l’exposer à une fenêtre. Au bout de quatre mois, le cadre sera à déterrer ou relever pour le prendre en photo et/ou le renvoyer au Dôme, ou encore à déposer au Dôme, ou dans un lieu partenaire afin qu’il puisse retourner au laboratoire ABTE pour analyser la dégradation des bandelettes".
Au moins 2 000 kits doivent être distribués pour valider l’expérience et permettre la publication des résultats. Une déclinaison scolaire ouverte aux enseignants et à leurs classes a été imaginée. Cinq classes normandes ont été sélectionnées et ont débuté l’expérience fin janvier 2025.