Le monde du cyclisme était présent pour célébrer ce siècle d’existence de la Manufacture Française du Cycle (MFC). Dans la matinée, plus de 220 cyclistes professionnels se sont affairés pour la première étape du Tour des Pays de la Loire, dont l’arche de départ était érigée juste devant l’usine. Il y avait aussi l’un des plus grands d’entre eux, Bernard Hinault, quintuple vainqueur du Tour de France. Ce dernier faisant figure d’ancienne égérie des vélos Gitane, auparavant fabriqués au sein de la Manufacture. Le soleil était également de la partie.
De quoi faire rayonner le premier employeur de Machecoul, et principal assembleur de cycles en France. Cette usine de 650 salariés, qui a atteint un chiffre d’affaires de 196 millions d’euros en 2024, a de quoi se détendre avec les célébrations du siècle passé… Tout en se projetant avec ambition dans celui à venir.
Un cadre fabriqué en France
Pour ce faire, MFC mise sur des innovations, notamment grâce à son bureau d’études, qui compte 38 personnes. "Aujourd’hui, nous misons sur l’écoconception, qui prendra une part de plus en plus importante, détaille Mathieu Guerin, responsable du bureau d’études de MFC. Il faut également que l’entretien soit limité pour l’usager. Cela converge vers une simplification de l’usage du vélo". Cette notion d’écoconception passe également par un gain de matière, et donc des vélos plus légers qui gardent une certaine solidité. "Nous réfléchissons aussi à la gestion des emballages, au choix et à la provenance des matériaux", souligne Mathieu Guerin.
"Un cadre produit en Asie serait clairement moins cher. Si on le fait, c’est qu’on croit au made in France"
En suivant cette ligne directrice, MFC va sortir en juin prochain un nouveau vélo pliant électrique, nommé Flexyboost, qui sera vendu chez Intersport pour 1 300 euros. Fait rare : son cadre sera fabriqué en France. "Le cadre sera produit à Saint-Herblain, par notre partenaire SFCMM. Le vélo sera également équipé de matériaux biosourcés, comme des pneus issus du recyclage. Un cadre produit en Asie serait clairement moins cher. Si on le fait, c’est qu’on croit au made in France", témoigne David Jamin, directeur de MFC.
Passage de vitesses automatique pour les vélos électriques
Pour simplifier l’usage de ses cycles, MFC mise également sur l’automatisation. "Les clients veulent que leur vélo roule au maximum tout seul, appuie Mathieu Guerin. Par exemple, avec l’assistance électrique, de nombreuses personnes ne passent plus autant les vitesses, et usent prématurément leur transmission. Il faut donc que le passage des vitesses soit automatique".
Un changement, équivalent à l’arrivée des boîtes automatiques pour le secteur automobile, que MFC prend en compte. Depuis mars dernier, Intersport commercialise le Nakamura Crossover GT, son premier vélo électrique (VAE) avec un passage de vitesses automatisé.
Des fibres de carbone issues de l’industrie aéronautique
Ces innovations semblent primordiales dans un secteur qui a subi des remous ces dernières années. La période post-Covid a créé un pic de la demande, qui a fait grimper la production de MFC à 500 000 vélos en 2022. "Nous étions montés à plus de 1 000 salariés cette année-là", se rappelle David Jamin. MFC a depuis revu sa production à la baisse avec 300 000 vélos assemblés en 2024. La tendance sera similaire cette année. "Au-delà du pic post-Covid, le secteur du cycle diminue de 2 à 3 % tous les ans. Il faut alors chercher de nouvelles parts de marché", note de son côté Romain Perrus, directeur industriel de MFC.
L'entreprise accélère sur le haut de gamme
Dans cette optique, MFC avait racheté la marque de vélos Sunn en 2014, afin d’avoir un positionnement premium et pour compléter la marque fer de lance d’Intersport, Nakamura. MFC vient d’ailleurs de lancer un nouveau VTT électrique Sunn pour un prix de 9 500 euros. Construit à partir de fibres de carbone issues de l’industrie aéronautique, c’est le vélo le plus cher jamais produit au sein de l’usine de Machecoul. Un modèle qui illustre la montée en gamme de l’entreprise.
Une reprise salutaire
Si le soleil est au rendez-vous pour célébrer ce siècle d’histoire, le temps n’a pas toujours été au beau fixe pour MFC. Auparavant nommée Cycle Europe, l’usine d’à peine 150 personnes était exsangue en 2012. Année où elle a fini par déposer le bilan, avant d’être reprise à la barre du tribunal l’année suivante par Intersport. "Ce rachat a été un véritable pari, déclare Gérard Leclerc, PDG d’Intersport, également présent pour ces 100 ans. Nous sommes historiquement un géant de la distribution, mais pas un industriel. Il y avait donc des risques".
Preuve de la réussite de ce rachat, la section cycles d’Intersport représentait alors 2 à 3 % des activités globales lors de l’opération en 2012. Elle pèse aujourd’hui plus de 10 %, alors que le chiffre d’affaires global a été multiplié par trois.
"La proportion de vélos électriques assemblés à MFC devrait continuer à grimper"
Si le pari se révèle aujourd’hui gagnant, il restait loin d’être gagné d’avance. En effet, en 2013, le marché du VAE était encore naissant et balbutiant, alors qu’il représente aujourd’hui un peu plus de la moitié des activités de l’usine MFC. "La proportion de vélos électriques devrait continuer à grimper", complète David Jamin.
À titre de comparaison, les VAE représentent environ un tiers du marché français global. Une différence qui a une explication. "Produire en France signifie un coût de main-d’œuvre plus élevé. Or, sur un vélo classique, la part de la main-d’œuvre dans le prix final a une répercussion plus importante, que sur un VAE, où le coût viendra surtout des composants", détaille David Jamin.
Une compétitivité conservée
La manufacture de Machecoul mise aussi fortement sur son service après-vente facilement accessible. "Il nous différencie de la concurrence, pour qui la plupart des modèles sont fabriqués par des industries chinoises", souligne Gérard Leclerc. La reprise de MFC sonne ainsi comme une belle réussite pour Intersport. De là à lui donner envie, au-delà du cycle, de multiplier les produits qu’il fabrique lui-même ? Pas forcément. "Face à un vélo fabriqué à l’autre bout du monde, qui reste un produit volumineux dont le transport est coûteux, l’assemblage en France peut être compétitif. Pour le textile, être compétitif sur les tarifs serait une opération plus difficile", note Gérard Leclerc.
Plus de 40 millions d’euros d’investissement
MFC revendique aujourd’hui être rentable, et réinjecter ses gains dans la modernisation de l’usine. "Depuis la reprise par Intersport, plus de 40 millions d’euros ont été investis sur place", souligne David Jamin. Parmi les gros investissements, un laboratoire, véritable salle de torture des pièces de vélos, a été ouvert. Il permet de tester tout autant la solidité d’une tige de selle, que l’usure d’un moteur. "Deux ateliers de peinture, opérationnels depuis 2015 et 2021, nous permettent d’appliquer sur place la peinture et le vernis sur les cadres", poursuit Romain Perrus.
Aujourd’hui, MFC dispose de moyens de production très loin d’être arrivés à saturation, avec une capacité maximum de 600 000 vélos par an. "Les prochains investissements seront plutôt fléchés vers la R & D… mais vous ne me tirerez pas plus les vers du nez", sourit malicieusement David Jamin. Si MFC se montre prudente, Intersport de son côté laisse entrevoir des alternatives pour relancer les ventes. "Le marché du vélo a été dopé via des aides par l’État qui, aujourd’hui, tend à se désengager. Pour conserver notre élan, nous réfléchissons à un autre système pour inciter à l’achat de vélos, quitte à rogner nos marges", annonce Gérard Leclerc, sans en dévoiler plus pour l’instant. Un dispositif qui pourrait arriver à partir du second semestre 2025.
Quelques heures après les festivités, c’est l’Irlandais Sam Bennett, de l’équipe Decathlon, qui s’offrira la victoire de la première étape du Tour des Pays de la Loire. Bernard Hinault reste toujours le dernier Français à avoir gagné le Tour de France, et connaître son successeur ne semble pas encore à l’ordre du jour. Mais cela n’empêchera sûrement pas la Manufacture française de rayonner pendant encore de belles années.