Pony, MFC et Velco s’unissent autour d’un vélo made in France
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Pony, MFC et Velco s’unissent autour d’un vélo made in France

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L’entreprise angevine Pony, qui opère des flottes de vélos en libre-service dans plus d’une vingtaine de villes, construisait jusqu’alors ses montures à Taïwan. Après un an de collaboration avec des acteurs locaux, elle dévoile son nouveau modèle, qui sera assemblé en Loire-Atlantique au sein de la Manufacture Française du Cycle, et avec un maximum de pièces françaises ou européennes.

Outre la MFC et Pony, ce nouveau vélo réuni également d’autres entreprises comme Velco à Nantes, Arts Energy à Angoulême, ou encore Mach1 à Saint-Etienne — Photo : Benjamin Robert

Pour tenir dans le temps, il vaut mieux rouler en peloton que partir en échappée. Et ça, les entreprises du cycle l’ont bien compris. Surtout la start-up angevine Pony (15 M€ CA, 150 salariés), qui dirige des flottes de vélos et trottinettes en libre-service dans 23 villes françaises. Depuis sa création en 2018, l’entreprise fabriquait son vélo longtail, capable de transporter deux personnes, via des sous-traitants basés à Taïwan. Depuis un an, elle sollicite ses voisins de l’univers du vélo pour mettre au point un vélo au maximum issu d’une production française.

Le longtail de Pony est d’ores et déjà sur les lignes de production de la MFC — Photo : Benjamin Robert

Dans ce combat, difficile de se passer du principal assembleur de vélos français, la Manufacture française du cycle (MFC — 650 salariés, 196 M€ CA 2024) basé à Machecoul.. "Pour des vélos en libre-service, il est essentiel d’avoir une qualité et une robustesse très élevées afin que l’expérience pour les utilisateurs soit satisfaisante. Et cela évite également d’avoir des charges d’exploitation liées aux réparations qui explosent", explique Paul-Adrien Cormerais, cofondateur de Pony avec son épouse Clara Vaisse.

Un coût de production réduit de 200 euros

La production vient de débuter au sein des lignes d’assemblage de MFC. Et, surprise, la version française du longtail de Pony revient, par rapport à l’Asie, à 200 euros moins cher en coût de production. "Nous restons discrets sur nos coûts de production, mais pour se faire un ordre d’idée, l’équivalent de ce vélo serait vendu entre 4 000 et 6 000 euros dans le commerce", précise Guillem Leroux, directeur marketing de Pony. Cet écart est notamment lié à des coûts de transport moins élevés, mais aussi à des optimisations sur le vélo, avec par exemple un nombre de pièces réduit, et moins d’opérations de vissage ou d’assemblage. "Avec nos partenaires asiatiques, nous ne parvenions pas à travailler sur de petits détails afin de passer un gap en termes de qualité. Or, cette qualité est la clé de notre offre", note Paul-Adrien Cormerais.

Plusieurs PME françaises dans le projet

Pour le fondateur, il est important de se rendre compte que la fabrication initiale en Asie n’était pas qu’une affaire de prix. "Le salaire moyen est plus élevé à Taïwan qu’au Portugal, mais tous les acteurs y vont par obligation : le savoir-faire est là-bas, avec des centaines d’usines de vélos, et nous l’avons perdu ici", regrette le dirigeant.

Néanmoins, Pony a trouvé les bonnes portes pour aboutir à un vélo local. Outre MFC, Pony s’est attaché les services de l’entreprise nantaise Velco (45 salariés fin 2023), qui fabrique un boîtier connecté pour équiper les vélos électriques. Elle s’est également entourée d’Arts Energy, basée à Angoulême, qui développe des batteries sans soudure, ou encore de la PME Mach 1, basée à Saint-Etienne, pour les roues, les rayons et les jantes. Le vélo sera également équipé d’un marquage de l’entreprise nanto-vendéenne Ocode.

Les cent premiers vélos Pony fabriqués à Machecoul rejoindront la flotte de Bordeaux, où Pony possède un de ses bureaux — Photo : Benjamin Robert

Un cadre asiatique, mais "indestructible"

Selon Pony, 75 à 80 % du vélo en valeur serait issue de pièces européennes. Néanmoins, certaines pièces, comme le moteur, les pédales et surtout le cadre, restent de fabrication asiatique. "Nous voulions un cadre européen, mais les délais étaient de deux ans, et forcément sur de très gros volumes. Il n’y avait pas assez de flexibilité", justifie le fondateur de Pony. S’il vient de loin, ce cadre a tout de même quelques qualités : il est proche d’être indestructible, selon Pony. "Notre vélo pèse 36 kg. À l’avant, c’est presque une fourche de moto. Nous visons une longévité de 10 ans. Il pourrait durer plus longtemps, mais les technologies finiront par évoluer", pointe Paul-Adrien Cormerais.

Pony ambitionne de fabriquer 5 000 vélos longtail d’ici fin 2026 — Photo : Benjamin Robert

5 000 vélos d’ici fin 2026

Pony, qui revendique 1,5 million d’utilisateurs sur son application, envisage de répartir ces nouveaux vélos en partie dans les villes où elle est déjà implantée, tout en continuant à en conquérir de nouvelles. "Nous espérons être présents dans 46 villes dans les trois ans après les élections municipales", note Paul-Adrien Cormerais. Pony ambitionne de produire 5 000 vélos d’ici fin 2026. C’est d’ailleurs tout l’avantage d’être adossé à un acteur comme la MFC, qui produit 400 000 vélos par an, et peut ainsi accompagner cette montée en puissance sans souci. "Nous visons une croissance de 60 à 70 % l’année prochaine", note Paul-Adrien Cormerais.

Ces nouveaux vélos viendront ainsi s’ajouter à ceux de Pony, qui possède déjà 5 000 vélos et 5 000 trottinettes dans les villes françaises. "Je pense que, comme pour les vélos, un gain est possible sur nos trottinettes avec une fabrication ramenée en Europe, estime Paul-Adrien Cormerais. Mais nous ne pouvons pas lancer tous les chantiers en même temps". La trottinette française attendra que son grand frère à deux roues fasse ses preuves.

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