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La Lustrerie Mathieu redonne vie aux lustres de Notre-Dame de Paris
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La Lustrerie Mathieu redonne vie aux lustres de Notre-Dame de Paris

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En à peine plus de cinquante ans, la Lustrerie Mathieu, basée à Gargas dans le Vaucluse, est devenue une référence nationale et internationale dans le domaine de la lustrerie. L’entreprise déploie son savoir-faire sur un large éventail de marchés, allant de la restauration de monuments historiques, à la réédition de lustres d’époque en passant par la production de luminaires contemporains. Elle a notamment restauré les lustres de Notre-Dame de Paris.

Régis Mathieu dirige la Lustrerie Mathieu depuis 1992 — Photo : D.R.

Restauration des lustres de Notre-Dame de Paris, nouveau site internet, partenariat avec le Château de Versailles, ouverture d’un nouvel atelier rue Royale, à Paris, les actualités ne manquent pas depuis l’an dernier pour la Lustrerie Mathieu (CA : entre 7 et 10 M€), nichée au cœur du Luberon, dans le cadre magnifique des bâtiments couleur rouge des anciennes usines d’ocre et de leurs bassins de décantation du XIXe siècle.

La restauration de 13 lustres de Notre-Dame de Paris

Courant juillet, 13 grands lustres et deux candélabres de la cathédrale Notre-Dame-de-Paris sont exposés dans les nouveaux locaux, restaurés en 2022, de la lustrerie. "Ce sont des lustres très avant-gardistes, créés par l’architecte Viollet-le-Duc qui a restauré l’église dans les années 1850. S’inspirant de la nature, ils ont un look très Art Nouveau ce qui souligne la modernité de l’architecte. Nous avons restitué leur couleur, un jaune brillant que Viollet-le-Duc voulait, à l’identique", s’enthousiasme Régis Mathieu, qui dirige l’entreprise depuis les années 1990. " C’est l’occasion de voir ces lustres à hauteur d’homme ". La lustrerie travaille sur la rénovation de ces lustres, qui ont souffert de l’incendie de la cathédrale en 2019, depuis un an. L’entreprise avait déjà restauré le grand lustre du chœur.

Miser sur la restauration des bâtiments historiques

C’est en 1948, à Marseille, dans le quartier des Chutes Lavie, que l’aventure de la Lustrerie Mathieu a commencé. L’entreprise, alors baptisée Mathieu Fall, créée par Henri le père de l’actuel dirigeant, a débuté en transformant d’anciens encriers en lampe. " Mon père a ensuite imaginé des collections modernes et classiques notamment pour une clientèle de magasins et de boutiques", rappelle Régis Mathieu.

Dans les années 1960 et 1970, le lustre, très à la mode, permet à la société de se développer. Henri, le fondateur décède en 1982. Régis n’a alors que onze ans et sa mère, Yvette, poursuit l’aventure et ouvre notamment la lustrerie aux marchés internationaux en participant à de nombreux salons. Mais, dans la décennie qui suit, le marché devient difficile. La tendance est aux éclairages indirects et les grandes surfaces entrent en concurrence.

La lustrerie propose des lustres contemporains en plus de la restauration et de la réédition de pièces historiques — Photo : D.R.

C’est dans ce contexte, qu’en 1992, Régis Mathieu, alors étudiant à Sup de Co Marseille, prend les rênes de l’entreprise familiale et, n’écoutant que son intuition, l’entraîne dans une nouvelle direction : la restauration d’édifices historiques. "Le succès est dans le risque. Je pars sur ce marché, contre vents et marées. Nous n’avons pas créé une entreprise au service de la rentabilité, mais au service des lustres", confie le dirigeant. Il enchaîne alors les références : le Palais Garnier, la Basilique Saint-Denis, et, bien sûr, le Château de Versailles et sa mythique galerie des glaces. L’entreprise s’impose ainsi restaurateur officiel des Monuments Historiques et ouvre assez rapidement un atelier à Paris. Aujourd’hui, la société, devenue une référence et labellisée en 2007 "Entreprise du Patrimoine Vivant", réédite les lustres à la fleur de lys du Château de Versailles. En parallèle de ce marché, l’entreprise produit des lustres contemporains. "Je suis fan d’authenticité et je me dis qu’avec le savoir-faire de nos équipes nous pouvons créer des lustres d’aujourd’hui qui fassent référence dans le temps. Créer le classique d’aujourd’hui, c’est la continuité…"

Installation dans le Vaucluse

C’est en 2002 que Régis Mathieu décide de quitter les ateliers de Marseille, où l’entreprise était trop à l’étroit, notamment pour restaurer les dix lustres du Grand Foyer de l’opéra de Paris. "Mes parents avaient une maison de vacances à Gargas et j’ai souhaité y installer l’entreprise". Il cherche alors des locaux et s’intéresse à la friche constituée par les bâtiments abandonnés d’une ancienne usine d’ocre, tout près des mines de Buoux, qui datent du XIXe siècle. La mairie les lui cède à condition que le site demeure ouvert aux habitants du village.

"Nous avons restauré les bâtiments et, depuis maintenant 25 ans, nous les ouvrons gratuitement au public, du village et d’ailleurs", poursuit le dirigeant. Ainsi, à Noël, les bâtiments tout d’ocre rouge de la lustrerie illuminent à la lueur de bougies des collections de voitures anciennes, la seconde passion de Régis Mathieu. Pour les 60 ans de la Porsche 911, 55 000 visiteurs sont ainsi venus admirer une quarantaine de voitures de la marque allemande, prêtées par des collectionneurs du monde entier, éclairées chacune par un lustre différent.

En décembre 2023, la Lustrerie Mathieu a organisé une exposition pour les 60 ans de la Porsche 911 — Photo : Didier Gazanhes

En 2020, la lustrerie a investi 3,5 millions d’euros afin de rénover 5 000 m² d'ateliers et d’espaces d’exposition. "Nous nous sommes professionnalisés dans l’accueil des visiteurs. Nous avons aujourd’hui une visite du site qui comprend une partie sur l’usine d’ocre, une présentation des métiers de la lustrerie et une histoire des lustres. Nous avons également mis en place une visite dédiée aux enfants ".

Entrée d’Ines Mathieu dans l’entreprise

Depuis un an et demi, Inès, 24 ans, la fille de Régis Mathieu, est entrée dans l’entreprise après des études de droit et un passage au sein de la passementerie Declercq, autre maison historique, née en 1852 à Paris. "Elle a répondu à l’appel d’offres de Notre-Dame-de-Paris et a géré l’expo Porsche. Elle entre dans l’entreprise avec l’énergie de la jeunesse et des idées novatrices, comme notamment l’idée de proposer des lustres à la location plutôt qu’à l’achat".

Dans les années 2000, l’entreprise est intervenue dans la galerie des glaces du Château de Versailles — Photo : MARC DEVILLE

De même, le site internet de la lustrerie a été entièrement repensé. "Avant, la démarche était plutôt : voilà qui nous sommes, ce que nous proposons. Maintenant, nous posons la question aux internautes : de quoi avez-vous besoin ? Et nous leur proposons, grâce à l’assistance d’une IA, des lustres qui pourraient leur convenir". Les comportements des clients évoluent. "Avant, les gens réfléchissaient à leurs lustres avant même de construire leur maison. Au XXIe siècle, ils veulent du sur-mesure, en stock… Aujourd’hui, le Palais est livré et ils cherchent leur lumière. Nous travaillons ainsi de plus en plus avec des délais courts".

L’entreprise, répartie entre Gargas, Paris, New York, Moscou et New Delhi, et qui envisage d’ouvrir une antenne en Chine, compte une centaine d’employés dont une trentaine de compagnons issus de métiers d’art. " Il n’existe pas d’école de lustrier, mais les compétences sont issues de la joaillerie, de l’orfèvrerie… Nos compagnons font des miracles et nous avons vraiment, au sein de l’entreprise, la fierté du travail accompli."

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