L’industrie française n’a rien à envier à son homologue allemande en matière d'émission carbone. Pourtant, les données fournies par Eurostat montrent que l’industrie manufacturière française émet 30 % de gaz à émission d’effet de serre de plus que son voisin outre-Rhin sur le scope 1 (émissions directes des entreprises liées à la combustion d’énergie et aux procédés industriels). Mais une nouvelle étude menée par la Fabrique de l’industrie et le cabinet McKinsey vient nuancer, voire infirmer, cet écart.
Pourquoi l’industrie allemande semble plus propre
En cause notamment, le fait que l’industrie française soit sur-représentée par des industries plus intensives en carbone (ciment, verre et acier), a contrario de l’Allemagne où les industries peu émettrices (automobile, industrie des machines et équipements) sont sur-représentées. "Mécaniquement, cette différence de structure va se répercuter dans l’indicateur d’intensité carbone", explique David Lolo, économiste chargé d’études à La Fabrique de l’industrie et auteur du rapport "l’industrie est-elle plus verte ailleurs ? La France face à l’Allemagne", réalisé en partenariat avec McKinsey.
Outre cet effet de composition sectorielle, l’économiste met également en avant "un biais de gamme, qui altère la mesure de l’intensité carbone par la valeur ajoutée, soit la plus grande capacité de l’industrie allemande à dégager de la valeur ajoutée indépendamment du volume de production".
Peu d’écart en réalité entre la France et l’Allemagne
Élément rassurant, le mix de consommation d’énergie des industriels est similaire à l’échelle nationale en France et en Allemagne. Ainsi, "on ne diagnostique pas de différence, ni d’avance en matière de sortie des énergies fossiles dans le secteur industriel" entre les deux pays, commente David Lolo. Enfin, les études de cas menées à l’échelle sectorielle sur les grandes industries lourdes (acier, verre, ciment, raffinage de pétrole) mettent en avant des écarts relativement faibles de l’impact environnemental des industries allemande et française.
Sur 2010-2021, les écarts par volume de production sont "bien plus faibles avec des écarts à un chiffre de pourcentage". "Derrière l’écart initialement constaté, la réalité industrielle est plus diverse", insiste-t-il encore, mettant en avant différents biais, tels que les différences de mix de matières premières et de procédés industriels pour les mêmes biens, notamment le verre, qui n’auront pas les mêmes émissions, ou encore des "biais statistiques dans l’inventaire d’émissions", notamment dans le secteur de l’acier, où "l’Allemagne n’alloue pas les émissions de gaz sidérurgiques de la même façon que la France".
"Le mix électrique français est un véritable avantage"
Enfin, si l’on intègre les émissions indirectes liées aux consommations d’électricité (scope 2), cela influe encore sur le diagnostic. "Si l’on ajoute cet effet scope 2, c’est l’industrie allemande qui apparaît plus carbonée. À l’échelle sectorielle, systématiquement, l’intégration du scope 2 est à l’avantage des industries françaises, conclut David Lolo. Le mix électrique français est un véritable avantage comparatif".
Quatre leviers pour décarboner l’industrie
Pour faire progresser la France sur la voie de la décarbonation, Matthieu Dussud, directeur associé de McKinsey, appelle les industriels à "tirer pleinement parti du potentiel de l’électrification" pour sortir de l’énergie fossile, même s’il reconnaît que ce n’est pas toujours facile à déployer. L’électrification nécessite en effet des "investissements importants qui ne sont pas toujours réalisables à court terme par les industriels".
Deuxième levier : améliorer la performance énergétique, notamment en valorisant la chaleur fatale et en produisant de l’électricité sur site via la mise en place de panneaux solaires par exemple.
Autre possibilité : utiliser des matières recyclées ou biosourcées comme intrants.
Enfin, Matthieu Dussud appelle les industriels à investir dans des procédés "verts" spécifiques à chaque filière, à l’image du DRI (direct reduced iron) dans l’industrie sidérurgique, et à capter et stocker le carbone.
Et de conclure qu’il y a "un vrai besoin d’accélérer pour atteindre les objectifs de 2030 et faire de cet impératif une réelle opportunité pour les industriels français d’améliorer leur compétitivité".