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La BPCE s’inquiète du niveau des défaillances des PME et ETI
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La BPCE s’inquiète du niveau des défaillances des PME et ETI

Le rattrapage suite aux années covid et à la politique du "Quoi qu’il en coûte" se confirme. L’Observatoire de la BPCE a dénombré plus de 13 000 défaillances au 3e trimestre 2024. Dans le détail, le niveau des défaillances évolue de manière hétérogène selon la taille des entreprises et leur secteur d’activité.

Au total, la France a enregistré près de 64 500 défaillances d’entreprises sur les 12 derniers mois, soit le plus haut niveau des 15 dernières années — Photo : Wasan

Les PME et ETI sont en première ligne face au risque de redressement et de liquidation judiciaire. L’Observatoire du groupe BPCE tire la sonnette d’alarme : " Nous avons une vraie problématique d’évolution des défaillances spécifiquement dans les PME-ETI, prévient Alain Tourdjman, directeur des études économiques au sein du groupe BPCE. Nous avons un vrai sujet de fragilité, de vulnérabilité des structures de taille significative".

+ 57 % pour les PME -ETI entre 2019 et 2024

Si la hausse des défaillances entre 2019 et 2024 atteint 24 % pour l’ensemble des entreprises, celle-ci atteint 57 % pour les PME-ETI. Et si 28 % des défaillances d’entreprises évitées pendant la crise se sont manifestées en 2023-2024, on est en revanche à environ 100 % de rattrapage pour les PME et ETI, contre 17 % pour les entités de moins de 3 salariés.

Pour Alain Tourdjman, "Tous les effets positifs du "Quoi qu’il en coûte" en matière de défaillances pour les PME-ETI ont été complètement effacés sur les 7 derniers trimestres". Autre signe alarmant, "plus de la moitié des PME-ETI défaillantes ont plus de dix ans" relève Julien Laugier, économiste au sein du groupe BPCE. Au final, ce qui aurait dû être des facteurs de résilience, la taille de l’entreprise et son ancienneté, ne le sont pas. "C’est inquiétant pour notre tissu productif", insiste-t-il.

Disparités sectorielles et géographiques

Au global, la France enregistre près de 64 500 défaillances d’entreprises sur les 12 derniers mois, soit le plus haut niveau des 15 dernières années. Un résultat que tempère Alain Tourdjman : "Le rebond que l’on connaît est un rebond limité qui ne se traduit que par la récupération d’une partie des défaillances qui avait été évité auparavant" grâce notamment à la politique du "Quoi qu’il en coûte".

En conséquence, 250 000 emplois seraient menacés. En cause ? Le ralentissement économique, l’impact inflationniste sur les marges et l’activité, la hausse des taux, le remboursement de la dette covid (PGE et dette sociale et fiscale) et la reprise des recouvrements Urssaf depuis un an.

Des défaillances qui ne seraient pas égales selon les secteurs d’activité des entreprises et leur implantation géographique. Ainsi, certains secteurs comme la culture agricole, l’immobilier, l’informatique, les transports routiers de marchandises ou les activités financières connaissent les plus hauts niveaux de défaillances depuis au moins 2009.

Le bâtiment et l’immobilier en " sur-défaut "

Contrairement à l’industrie, y compris agroalimentaire, ou le commerce de détail, qui présentent un taux de défaut plus faible qu’en 2010-2018 mais plus élevé qu’en 2019. À noter que le bâtiment et l’immobilier sont désormais en " sur-défaut " avec près de 17 000 défaillances sur 12 mois. En termes géographiques, le quart Sud-Ouest (Midi-Pyrénées, Aquitaine, Poitou-Charentes) ainsi que les régions Rhône-Alpes et l’Île-de-France sont très exposés aux défaillances.

Les "jeunes capitaines" davantage touchés

L’âge du dirigeant aurait également un impact sur le taux de défaillance des entreprises. BPCE L’Observatoire relève une surreprésentation des défaillances pour les entreprises dirigées par un "jeune capitaine" de moins de 40 ans, et, à l’inverse, une sous-représentation dans les entreprises dirigées par des personnes de 50 à 65 ans. Un moindre défaut dans ces dernières qu’Alain Tourdjman expliquerait par une plus grande aversion au risque chez les dirigeants plus âgés, qui privilégient davantage le renforcement de leur bilan.

Une "marée haute" de dépôts de bilans encore en 2025

En termes de perspectives, la BPCE s’attend à un maintien des défaillances à un niveau élevé en 2025, soit à "une marée haute, plutôt qu’un tsunami", sans toutefois avancer de chiffres. Alors que le Crédit Mutuel Arkea anticipe un pic des défaillances au premier trimestre 2025 en France avec 66 000 redressements et liquidations judiciaires sur un an, les économistes de la BPCE préfèrent ne pas se prononcer."Nous ne souhaitons pas faire d’effets d’annonce. Nous vous donnons rendez-vous en janvier pour en parler " promet Julien Laugier.

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