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La biotech Cilcare structure son changement d’échelle
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La biotech Cilcare structure son changement d’échelle

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Depuis quelques mois, la biotech montpelliéraine Cilcare engrange les financements et les partenariats stratégiques pour réussir son pivot vers le stade clinique. Des États-Unis jusqu’à l’Asie, elle creuse une voie de recherche inédite contre les troubles auditifs.

Sylvie Cosnier-Pucheu, Marie-Pierre Pasdelou et Célia Belline, cofondatrices de Cilcare — Photo : Cilcare

Cilcare souffle tout juste sa dixième bougie, mais c’est déjà l’heure de la maturité pour la biotech montpelliéraine (40 salariés) spécialiste des troubles de l’audition. Elle a d’abord été créée sur un modèle commercial de service de recherche à des tiers, suffisamment performant pour ouvrir une antenne à Boston (États-Unis). Puis elle a fait le choix, depuis 2020, de développer son propre portefeuille de candidats médicaments (quatre composés à ce jour) afin de générer plus de chiffre d’affaires. L’année 2024 se caractérise par une série de financements et d’accords stratégiques significatifs validant cette orientation, alors que la biotech a dépassé le stade du développement préclinique et entre dans les phases d’études cliniques.

Une pathologie auditive mal adressée

Pour mener à bien ces programmes de recherche, Cilcare muscle sa structuration financière. Entre le printemps 2023 et l’été 2024, elle a successivement bouclé une levée de fonds (montant non communiqué) auprès des fonds Sofilaro et Sud PME Croissance, enregistré l’arrivée de l’Agence Régionale des Investissements Stratégiques (ARIS) et de l’Université du Vermont (États-Unis) à son capital (pour 1,2 M€) et obtenu une dotation auprès du plan France 2030 (pour 4,2 M€). "Il s’agit de traiter une pathologie appelée synaptopathie cochléaire (perte auditive cachée, émergeant comme un trouble significatif malgré des tests auditifs normaux, NDLR) que n’adressait jusqu’ici aucun autre acteur. Elle touche 15 % de la population mondiale. Notre ambition est de créer un outil d’aide au diagnostic et un médicament à injecter dans l’oreille, qui la guérira en une injection", se projette Celia Belline, cofondatrice de Cilcare avec Sylvie Cosnier-Pucheu et Marie-Pierre Pasdelou.

Un contrat majeur au Japon

Armée sur les plans scientifiques et financiers, Cilcare prévoit de mener l’un de ses composés, baptisé CIL001, en phase clinique 2a (testant la tolérance d’une molécule sur 200 à 300 patients) dès 2025. Cette progression a retenu l’attention du groupe pharmaceutique japonais Shionogi, qui vient de signer un accord d’option avec Cilcare pour deux de ses candidats médicaments. La biotech montpelliéraine reçoit à ce titre un paiement initial de 15 millions d’euros pour poursuivre ses recherches. Shionogi pourra ensuite exercer ou non le droit d’option sur la base des études cliniques pour le CIL001, et de l’étude préclinique pour le deuxième composé (CIL003) : dans l’affirmative, Cilcare sera alors éligible à recevoir jusqu’à 400 millions d’euros de paiements d’étape dans la fabrication et la commercialisation mondiale des deux médicaments. "Shionogi, qui réinvestit chaque année 600 millions d’euros dans la R & D, travaille sur les grandes pathologies à impact, dans une approche anti-infectieuse mais aussi une approche préventive. Il s’intéresse aux troubles auditifs comme révélateurs d’autres problèmes, ce qui est aussi notre approche", commente Celia Belline.

Une plateforme accélérant l’innovation

Cilcare progresse d’autant mieux qu’elle s’appuie sur une plateforme technologique innovante : elle permet de recruter des patients atteints de synaptopathie en utilisant des données cliniques grâce à un algorithme propriétaire, "qui la rend auto-apprenante", selon la dirigeante. Or, l’ouverture de cette plateforme à des tiers est une autre source de revenus : par exemple, elle a lancé en 2023 un programme de R & D aux côtés du Laboratoire de Bio-ingénierie et Nanosciences (LBN, Université de Montpellier), financé à hauteur de 650 000 euros par la SATT AxLR. "L’accumulation de ces financements est un fait notable compte tenu de la faiblesse persistante de l’investissement dans le secteur biomédical. Mais il y a d’autres beaux succès à Montpellier, comme le prouvent les levées de fonds récentes de Sensorion, Phost’In et Biodol", note Celia Belline, elle-même personnalité en vue dans l’écosystème local. Elle est, d’une part, ambassadrice dans le monde de MedVallée, le pôle de santé globale en cours de constitution à Montpellier. Elle siège, d’autre part, au comité de pilotage d’AudioCampus, un projet porté par le CHU de Montpellier pour rapprocher chercheurs en troubles auditifs et entreprises du secteur (Cilcare, Sensorion, Sonup, EarSonics…). Un bâtiment-totem dédié à l’incubation de start-up dédiées pourrait d’ailleurs émerger dans les cinq ans.

Montpellier # Santé # Biotech # Stratégie # International # Levée de fonds