La boîte ressemble à s’y méprendre à celle d’un médicament, même son nom, Quitoxil. Sauf qu’à l’intérieur, pas de comprimés ni de pilules mais un QR code à photographier qui renvoie l’utilisateur à la thérapie numérique élaborée en près de quatre ans par Klava pour arrêter de fumer.
Un dispositif médical, pas une application
Des articles à lire, des questionnaires à remplir, une "séance" à suivre chaque semaine, des exercices, des conseils concrets pour déjouer l’envie de nicotine, des évaluations de sa progression… Construite par des médecins et des patients experts, elle vient d’arriver en pharmacie. "Il s’agit vraiment du premier médicament numérique vendu en pharmacie, explique Alexia Adda, sa cofondatrice et directrice générale. C’est un dispositif médical, pas une application. Nous respectons la réglementation, le marquage CE. Une application de santé n’a pas de validation clinique, contrairement à nous. Et un médecin peut prescrire notre dispositif qui est remboursé par des mutuelles et le sera début 2025 par la Sécurité sociale."
Dans plus de 500 pharmacies début 2025
Depuis sa création post-Covid, la medtech basée à Nice vise la prise en charge des addictions. Avec 13 millions de fumeurs quotidiens en France, elle a choisi de se pencher en priorité sur le tabac. Suivront le sucre, l’alcool, le cannabis.
Labellisée deeptech, elle a pu se financer grâce à une bourse French Tech de Bpifrance au démarrage, puis au PIA, le Programme d’investissement d’avenir du ministère de l’Enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation, et par une levée de fonds d’un million d’euros en janvier 2024 auprès notamment de Angel Bay Invest. Le reste vient de son chiffre d’affaires. D’ici la fin 2024, celui-ci devrait atteindre le million d’euros et davantage selon son succès en pharmacie. "Nous ne sommes pour l’heure qu’en région Sud et en Île-de-France, reprendre Alexia Adda. L’objectif est évidemment d’accélérer, passant de 50 pharmacies au départ à au moins 550 en janvier prochain. Nous avons pour cela un partenariat avec un laboratoire pharmaceutique pour accélérer la distribution."
Des études cliniques à court et long termes
Neuf personnes évoluent à ce jour au sein de Klava, dont deux médecins, un psychiatre et un addictologue, et un psychologue. L’entreprise s’appuie par ailleurs sur l’association France Patients Experts Addictions permet à l’utilisateur d’avoir un soutien 24 heures sur 24 dans son processus de sevrage ou d’abstinence pour éviter la rechute.
Les premières études cliniques montrent qu’un patient sur 2 a diminué sa consommation, voire arrêté, sur 30 jours. Une autre étude est en cours pour démontrer son efficacité à six et douze mois. Elle est menée sur 386 patients, dans trois hôpitaux de la région parisienne, et coûte près d’un million d’euros.
Le sucre et les opioïdes aux États-Unis
En décembre, Klava entamera le second volet sur la dépendance au sucre, devenue un enjeu de santé publique. De quoi séduire de nombreux marchés au-delà de la France, à commencer par les États-Unis. Des contacts en Californie ont déjà été établis, pour le sucre mais aussi pour les opioïdes qui y font des milliers de morts chaque année.
Pour nourrir ces ambitions internationales et sa R & D (deux ans au moins seront nécessaires avant d’être opérationnels sur le sucre), la medtech niçoise prévoit une levée de fonds de 15 millions d’euros en 2026.