Comment analysez-vous l’année qui vient de s’achever ?
Toute l’année 2025 a été marquée par l’incertitude et l’instabilité, générées par l’absence de décisions politiques. Cela a directement impacté la prise de décision des entreprises. Il y a eu un effet de recul des investissements et dans une moindre mesure des recrutements, avec une économie grippée tant au plan local que national. Lorsque vous ne savez pas où vous allez, vous évitez de vous engager. Aujourd’hui, on est toujours dans ce contexte, avec un manque de visibilité. Bon nombre de chefs d’entreprise sont convaincus que cela va continuer, avec une année 2026 marquée par l’absence de décisions en soutien à la dynamique économique.
Quelle est la situation en Sarthe ?
Au-delà du contexte qui génère cette instabilité économique, nous avons des industries directement touchées par un déclin de l’activité, lié à une concurrence international forte et à des choix politiques délétères pour les entreprises. Nous sommes le berceau de l’automobile est c’est un secteur qui connaît des difficultés, avec l’an passé la fermeture du site de Valeo ou la réorganisation de NTN Transmissions, qui est passée par un plan social concernant plus d’une centaine de personnes. Tout cela a donné le ton sur le territoire. Ce n’est pas neutre car il y a beaucoup de sous-traitants autour et ce secteur est un marqueur fort de notre économie locale. Malgré tout, nous restons optimistes car nous avons aussi des industries qui se portent bien, comme l’agroalimentaire, l’aéronautique ou le luxe qui s’est beaucoup développé dans le département ces dernières années.
"La première urgence aujourd’hui, pour les entreprises tourne autour des carnets de commandes. Elles visent à se développer commercialement, trouver des clients, se diversifier…"
Quel est le moral des dirigeants ?
Ils ont le sentiment de devoir déployer une énergie folle pour arriver à un résultat assez mince. Beaucoup d’entreprises ne sont pas à l’équilibre, avec une baisse de 10 à 15 % par rapport à l’objectif, tout en étant prudentes dans leurs investissements. Cela alors qu’une entreprise est faite pour innover, recruter et investir dans son outil. Mais on sent une forte résilience.
La première urgence aujourd’hui, pour les entreprises tourne autour des carnets de commandes. Elles visent à se développer commercialement, trouver des clients, se diversifier, se repositionner sur leur marché et renforcer leur valeur ajoutée. Il faut retrouver de la sérénité, avec la capacité de créer de la richesse. Cela passe par de la rentabilité et des marges qui permettent d’investir.
N’avez-vous pas le sentiment d’aller de crise en crise depuis quelques années ?
Nous avons eu en très peu de temps plusieurs crises successives, sociale, sanitaire, énergétique, politique, économique. Forcément, même si vous faites preuve d’agilité, à un moment donné vous puisez dans vos ressources.
"Nous continuons à y croire, sans quoi nous ne serions pas entrepreneurs"
Tout cela nous habitue à gérer nos organisations avec des changements récurrents, des contextes de crise, et cela a forcément un impact sur les ressources humaines et financières des entreprises.
Comment abordez-vous 2026 ?
Nous ne l’abordons pas avec beaucoup de sérénité. Il y a peu d’illusions, au regard de ce qui se passe politiquement, et on voit mal comment la courbe pourrait s’inverser d’ici l’élection présidentielle de 2027. L’environnement n’est pas serein, mais nous avons démontré par le passé dans des contextes de crise, qu’on était en capacité de trouver les ressources, de se réinventer. C’est là-dessus qu’il faut miser, tout en faisant acte de prudence sans se mettre en danger. Et nous continuons à y croire, sans quoi nous ne serions pas entrepreneurs.