Installée à Jeumont, à deux pas à peine de la frontière belge, Jeumont Electric est une ETI industrielle centenaire et plutôt discrète. Ce fabricant de moteurs et générateurs électriques s'étend pourtant sur 66.000 m², composés d'ateliers et bureaux et ce, sur le lieu même où il a vu le jour en 1898. Avec un total de 650 collaborateurs, dont 420 sur le site de Jeumont, pour un chiffre d'affaires 2015 de 90 millions d'euros, l'ETI affiche quelques opérations hors du commun à son actif. En juin 2015, Jeumont Electric livrait ainsi à la marine brésilienne le plus grand moteur à aimant permanent. Long de près de 6 mètres, large de 3 mètres et haut de 4,5 mètres, ce moteur ne pesait pas moins de 72 tonnes et constituait une première mondiale. Aujourd'hui, l'ETI située près de Maubeuge récidive dans le domaine de la marine. Elle vient en effet d'être retenue comme fournisseur clé dans le cadre d'un contrat avec les autorités australiennes, portant sur la construction de 12 sous-marins.
Contrat avec la marine militaire
Jeumont Electric poursuit donc son développement avec le secteur de la marine, qui représente 20 % de son chiffre d'affaires. « Nous sommes numéro 4 dans le package des fournisseurs intervenants dans ce contrat, derrière le constructeur de sous-marins DCNS, qui a été retenu comme partenaire exclusif par les autorités australiennes », indique Nathalie Renard, directrice marketing de Jeumont Electric. Remporté face à l'allemand Thyssenkrupp et à un consortium japonais, ce contrat est estimé à 34 milliards de dollars. Quant à la part qui reviendra à Jeumont Electric, elle « n'est pas communicable à ce jour mais sera significative », précise Nathalie Renard. En tant que prestataire, Jeumont Electric fournira dans le cadre de cette opération le " Pack Propulsion ", composé de la fabrication des moteurs à aimants permanents associés aux armoires d'électroniques de puissance. L'ETI dispensera également les formations de maintenance sur ses machines.
Des secteurs d'activités varié
La réalisation de ce pack n'est toutefois pas pour demain, comme le souligne Nathalie Renard : « Il y aura une série d'études jusqu'en 2020, pour un démarrage de la fabrication dans l'usine de Jeumont en 2025. Dans le domaine de la marine militaire, il faut savoir qu'il s'écoule facilement dix ans entre la prise de commandes et la fabrication. » Et même si l'ETI compte y poursuivre son développement, travaillant notamment avec DCNS à répondre à un appel d'offres norvégien, elle est présente sur d'autres marchés, « dont la durée classique des projets est de l'ordre de 24 mois ». Tout comme la marine, le secteur nucléaire représente ainsi 20 % de son chiffre d'affaires et celui des services 25 à 30 %. Les 30 % restants étant réalisés avec les secteurs du pétrole, du gaz et de l'hydraulique. L'équipementier affiche un chiffre d'affaires qualifié de « stable depuis 3 ans » par Nathalie Renard. Il s'élevait en 2015 à 90 millions d'euros, dont 60 % réalisés à l'international, contre 103 millions d'euros en 2014 et 100,8 millions en 2013. La société est bénéficiaire, avec un résultat net s'élevant à 2,3 millions d'euros en 2015, contre 4,8 en 2014 et 4,5 millions en 2013. « Nous avons l'ambition de grandir d'ici à 5 ans. Nos ambitions sont chiffrées et atteignables mais nous ne souhaitons pas les communiquer », déclare la directrice marketing.
Vers le secteur éolien
Et parmi les projets de développement, l'éolien est en ligne de mire. Si Jeumont Electric ne génère pour le moment aucun chiffre d'affaires avec ce secteur, l'ETI y travaille et deux projets sont en cours. Le premier concerne la création d'un nouveau type d'éolienne, sans aimant permanent. « Nous l'avons remplacé par un système d'aimant combiné à du bobinage », détaille Nathalie Renard. Elle ajoute : « Cela rend la machine plus légère, ce qui est intéressant en usage offshore, et plus performante tout en diminuant la maintenance, car les aimants permanents n'apprécient pas l'air salin ». Un prototype est installé sur la digue Napoléon à Boulogne-sur-Mer, permettant tests et ajustements : « Un gros client danois, Envision, regarde cela avec beaucoup d'intérêt », note Nathalie Renard. Un autre projet est en cours de réalisation dans le cadre d'un consortium avec le Danois Envision et différentes entreprises dans le domaine de la supraconductivité (ndlr : un phénomène qui permet de transporter de l'électricité sans perte d'énergie). « Nous sommes en train de mettre au point une génératrice d'éolienne supraconductrice : c'est une technologie surtout employée dans l'univers du laser médical aujourd'hui. Ce qui nous intéresse, c'est que les éoliennes seront moins lourdes et plus performantes, avec des puissances que nos concurrents auront du mal à atteindre, de l'ordre de 10 MW », explique Nathalie Renard. Jeumont Electric est co-conceptrice de cette éolienne dont un prototype sera fabriqué sur son site de Jeumont dès octobre 2016 : « Ce sera une première mondiale ! », s'enthousiasme Nathalie Renard, avant de conclure : « Nous allons l'installer au Danemark et faire des mesures pour voir comment l'industrialiser. La supraconductivité peut changer la face de l'éolien. Elle présente aussi un intérêt pour les sous-marins : ce n'est sans doute pas pour demain mais c'est le coup d'après ».
A propos de Jeumont Electric
(Jeumont) Président : Brahim Ammar / CA : 100 M€ / 650 salariés (420 à Jeumont) / www.jeumontelectric.com