Jean-Pierre Mas : Voyageur hors du temps

Jean-Pierre Mas : Voyageur hors du temps

Le 1erjanvier 2010, Afat Voyages et Selectour ne feront plus qu'un. Naîtra ainsi le premier réseau français d'agences de voyages. Rencontre avec Jean-Pierre Mas, président du groupe toulousain Afat Voyages depuis 1993. Marie Lepesant

Il est toujours en retard. Jean-Pierre Mas, président d'Afat Voyages, l'avoue. Ce qui ne l'empêche pas d'être malgré tout décontracté et d'avoir du mal à supporter le retard des autres. Le sien n'est, selon lui, pas dû à un manque d'organisation. Peut-être juste un emploi du temps trop chargé? Hier à Montpellier, aujourd'hui, un bref passage par son bureau toulousain, siège d'Afat Voyages, avant de reprendre un avion à 15h pour un rendez-vous à 17h30 à Paris. Alors, quand il vous assure qu'il doit absolument arriver à l'heure, vous ne pouvez vous empêcher d'esquisser un sourire.




Fonctionnaire par erreur

«À 32 ans, je me suis surpris à compter mes points de retraite», raconte Jean-Pierre Mas. Il enseigne alors depuis trois ans le droit public à l'université d'Oran quand il se rend compte que la fonction publique, ce n'est pas pour lui. S'il est issu d'une famille de fonctionnaires, il tombe dans l'enseignement par erreur... Alors qu'il est surveillant dans son ancien lycée afin de subvenir aux besoins de sa famille ? il est marié et père d'un enfant -, on lui propose de remplacer un professeur de mathématiques absent. «J'ai accepté alors que je n'avais aucune connaissance dans ce domaine. Ce fut une très bonne expérience qui m'a appris à rebondir», constate-t-il. L'enseignement abandonné, reste à trouver une nouvelle voie. «Je voulais gagner de l'argent non pour mon temps de présence mais pour le fruit de mon travail», explique-t-il. Devenir directeur commercial chez Hippopotamus ou acheter une agence de voyages ? Telles sont les deux opportunités qui s'offrent à lui. Il choisira la deuxième option en acquérant l'agence toulousaine Voyages d'Oc en 1981. En 1991, il répond à un appel d'offres lancé par Airbus pour l'organisation de la visite des chaînes d'assemblage de l'A380. Alors qu'il pense n'avoir aucune chance, Jean-Pierre Mas arrive en finale avec deux autres concurrents, dont un sérieux. Concours de circonstances: l'une de ses clientes lui apprend que son mari, Philippe Nau, dirigeant d'une agence de publicité, est lui aussi finaliste. «Vous allez tous les deux perdre sauf si vous vous alliez», dit-elle à Jean-Pierre Mas. Un déjeuner est alors programmé Chez Émile. Jean-Pierre Mas arrive en retard. Une habitude encore inconnue de celui qui l'attend. Il s'étonne à peine de ne pas voir son interlocuteur et s'apprête alors à quitter le restaurant avant de se raviser. En effet, il a repéré au fond du restaurant un homme qui attend. C'est bien Philippe Nau, qui ne manque pas de lui signifier son retard. Les deux hommes conviennent de faire une réponse conjointe. L'appel d'offres remporté, ils créent Taxiway et décident d'être actionnaires à 50/50. «Tout le monde nous disait que ça n'allait jamais marcher. Au contraire, quand il faut prendre des décisions, cela nous oblige à nous mettre d'accord», raconte Jean-Pierre Mas. «On peut se faire la gueule mais on finit toujours par arriver à un compromis. Aujourd'hui, si Jean-Pierre, du fait de sa fonction de président d'Afat Voyages, n'est plus opérationnel au sein de Taxiway, il m'apporte un regard neuf», confirme Philippe Nau. Une alliance professionnelle devenue au fil du temps une solide amitié.




Coup d'état

Dès 1988, Jean-Pierre Mas adhère au réseau Afat Voyages. Trois ans plus tard, au courant des turbulences subies par le réseau, il décide d'assister, pour la première fois, à une assemblée générale à Paris. Il n'est pas déçu: les dirigeants présents ne font que de se quereller. C'en est trop pour lui. «À la surprise générale, j'ai pris la parole. J'ai dit que j'avais honte d'entendre de tels propos et que l'équipe dirigeante devait démissionner et être remplacée». Ce «coup d'état», comme il le nomme, il ne l'avait pas programmé. Et pourtant s'il n'a pas été apprécié par les dirigeants en place, certains adhérents présents y ont vu l'avènement d'un renouveau nécessaire. «J'ai été élu à main levée, lors d'une assemblée générale révolutionnaire», se rappelle-t-il. La tâche s'avère difficile pour le nouveau président. En effet, le réseau vit une époque difficile. «Ma formation de juriste m'a donné un mode de pensée très organisé et hiérarchisé, ce qui m'a aidé dans le management du groupe». À cela s'ajoute une bonne dose de tolérance, acquise lors de ses années de pensionnat. «La tolérance, ce n'est pas tout accepter mais écouter une opinion différente de la mienne et essayer de comprendre pourquoi ce n'est pas la mienne», explique-t-il. On me reproche parfois d'être trop diplomate et d'éviter les conflits. Mais ce qui m'importe avant tout, c'est de maintenir le cap, quitte à tirer des bords», poursuit-il. Une façon de faire qui semble avoir marché ! En 1993, le réseau comptait une centaine d'agences adhérentes contre 600 aujourd'hui. Et bientôt 1.200 en France grâce à la fusion avec Selectour.