Crise du lait, transparence des pratiques commerciales dans la grande distribution... À la veille du salon international des productions animales (Space), à Rennes, les sujets d'actualité ne manquent pas pour Jean-Michel Lemétayer, le président de la FNSEA. Entretien.
Qu'attendez-vous de cette nouvelle édition du Space, qui se tiendra du 15 au 18septembre au Parc Expo de Rennes?
Cette édition, plus que toute autre, ne va pas échapper à la crise. C'est donc vraiment l'édition où il faut se serrer les coudes pour faire en sorte que notre élevage, nos éleveurs et nos entreprises arrivent à passer cette crise. J'espère qu'on ne sera pas là pour broyer du noir mais au contraire se relancer.
Dans la production laitière, avez-vous connu des crises aussi profondes?
C'est une crise très très dure. Il faut remonter au moment des quotas laitiers (1984) pour trouver une situation sur le terrain aussi difficile. En terme de prix payé au producteur, il n'y a jamais eu une crise aussi sévère.
Quel en est le résultat?
Les conséquences sont terribles dans les trésoreries des exploitations. Mais après les trésoreries, ce sont les investissements, puis les renouvellements des exploitations qui sont touchés. Si on ne voit pas une embellie pour 2010, le gouvernement doit avoir conscience que ça fera très mal dans le paysage laitier. Le ministre de l'Agriculture, qui va venir au Space, pourra mesurer à quel point les conséquences peuvent être lourdes en matière de production mais aussi d'emplois.
Ces derniers mois, les échanges avec la grande distribution ont été vifs. Les regrettez-vous?
Je ne regrette pas les mots. Je regrette la tournure des événements tels que ça a pu exister sur les plates-formes. Dans cette affaire, il y a eu un amalgame. Les manifestations dans la production ne concernaient pas que le lait. On était sur la transparence des pratiques commerciales.
Sur ce point, que souhaitez-vous au juste?
Ce que je souhaite aujourd'hui, c'est qu'on puisse travailler en toute transparence avec les industriels et la grande distribution. Si la pêche et la nectarine quittent le producteur de la vallée du Rhône à 1€ le kilo, le consommateur la paie 3€. Il faut savoir pourquoi. Ce que le consommateur ne comprend pas, c'est que le paysan est en train de crever et que lui, il paie cher le produit.
Dans cette quête de la transparence, êtes-vous optimiste?
On commence à avoir des réponses. Le gouvernement a par exemple accéléré les travaux de l'observatoire des prix et des marges.
Et sur la crise du lait, pensez-vous qu'industriels et producteurs s'entendront dans la durée sur un prix?
L'accord signé le 3juin était indispensable. Le véritable enjeu, c'est que les entreprises le respectent car il fixe une règle s'imposant à tous. Mais cet accord engage aussi le gouvernement. Il va se rendre compte à la rentrée qu'il va falloir mettre en oeuvre une politique d'investissement pour faire alléger les charges, en commençant par les charges financières et fiscales.
Votre mandat à la tête de la FNSEA s'achèvera en 2011. Qu'allez-vous faire ensuite?
Je ne fais pas partie de ceux qui se demandent ce qu'ils vont faire le lendemain. Je ne suis pas inquiet.
Nicolas Sarkozy vous avait demandé d'aller vous présenter aux Européennes sous l'étiquette UMP. Vous avez refusé, pourquoi?
J'ai fait la balance entre un engagement au service de ma profession et le monde politique. J'ai envie d'aller au bout de mon engagement professionnel. La majorité des professions agricoles n'auraient pas compris que je parte au moment où on traverse une période difficile.
Mais après 2011, pourrait-on vous voir dans l'équipe d'un candidat à la présidentielle de 2012?
Ce n'est pas le sujet aujourd'hui.
Considérez-vous l'agriculteur comme un chef d'entreprise?
Je dis souvent que l'agriculteur est un paysan-entrepreneur. Chaque agriculteur est responsable de sa ferme, de ses capitaux, de ses investissements.
Et vous, vous sentez-vous l'âme d'un chef d'entreprise?
On parle souvent du ?patron de la FNSEA?. Mais je ne suis pas un P-dg. Je suis un président indemnisé pour les fonctions que j'occupe. En revanche, quand je m'occupe du Space, je me sens chef d'entreprise. En acceptant la présidence de Sopexa (conseil en marketing et communication alimentaire), je suis également chef d'entreprise.
Votre présence dans la ferme familiale, à Vignoc, c'est uniquement lorsque vous recevez des journalistes...
À la ferme? J'y bosse vraiment un week-end sur deux! Je trais les vaches. Quand c'est mon tour, je fais le boulot. Mais honnêtement, dans la semaine, je n'ai pas le temps.