N'allez pas critiquer Bordeaux ou les Bordelais devant lui. Pour Jean-Marie Chadronnier, nouveau président de l'agence de développement économique BRA, les adjectifs ?fermée? ou ?bourgeoise? que certains accolent à Bordeaux sont totalement inappropriés. Ce natif du Périgord voit dans la capitale d'Aquitaine une ville ouverte, en pleine mutation, et au potentiel économique considérable. Jean-Marie Chadronnier vit à Bordeaux depuis 1982. Entre sa scolarité à Sarlat et Libourne, et son retour sur ses terres aquitaines, une dizaine d'années se sont écoulées pendant lesquelles il a établi sa carrière à Paris. Diplômé d'une école de commerce et de l'école d'administration des entreprises, il est embauché en 1973 chez Jacques Vabre et rejoint, 4 ans plus tard, Maison du café. En 1982, Jean-Marie Chadronnier devient membre du comité de diversification du groupe en France. «Nous faisions du café, du thé et du tabac et une étude de McKinsey nous conseillait de nous orienter vers le monde des vins et spiritueux, déclare Jean-Marie Chadronnier. La décision de racheter CVBG a été prise».
Retour en Aquitaine
Jean-Marie Chadronnier, qui souhaite quitter Paris, fait part de sa volonté d'être de l'aventure CVBG. «L'accueil à Bordeaux a été très bon. En plus, je n'étais pas parachuté mais natif de la région. Et surtout, je suis arrivé à une période où un changement de génération s'opérait dans le monde du vin. Le négoce avait un mode de fonctionnement qui n'avait rien à voir avec celui de ma génération, et encore moins avec celui de la prochaine génération». «Jusqu'aux années 70, Bordeaux était le centre du monde pour les négociants, explique Jean-Marie Chadronnier. Ma génération a connu le début du télex et du fax, mais aussi le développement des voyages d'affaires. Cela a entraîné une grande ouverture d'esprit. Les mentalités évoluent encore plus désormais avec les nouvelles technologies».
CVBG groupe pluri-régional
Très vite, Jean-Marie Chadronnier devient directeur général, puis président de CVBG. À la tête du groupe, il a à coeur de construire un «groupe pluri-régional. Il fallait pouvoir disposer d'une structure commerciale importante. À Bordeaux, nous étions positionnés sur les vins de grande marque et les grands vins et il était pertinent de vendre nos activités dans d'autres régions. D'où nos opérations de croissance externe dans le Beaujolais et les Côtes-du-Rhône». En 1997, le groupe Bols, propriétaire de CVBG, éclate, et revend ses activités par appartement. Jean-Marie Chadronnier rachète la société avec deux autres cadres. Pour réduire leur endettement, ils revendent rapidement les vignobles du Beaujolais et des Côtes-du-Rhône. 10 ans plus tard, CVBG emploie 250 personnes et dégage 125M€ de chiffre d'affaires. L'avenir de l'entreprise, et le départ de deux actionnaires, entraînent l'arrivée au capital du groupe champenois Thiénot. Pour autant, quitter CVBG n'est pas un crève-coeur pour Jean-Marie Chadronnier.
Départ l'esprit tranquille
«Cette entreprise a occupé mon esprit constamment pendant 25 ans. J'y ai vécu des grands moments de bonheur, mais je suis parti dans des conditions idéales: l'entreprise était saine, l'acquéreur un type bien et l'équipe en place solide». Son fils, Mathieu Chadronnier, est directeur général de la société. Retiré des affaires, mais pas retraité -il déteste ce mot-, Jean-Marie Chadronnier profite de son temps pour arpenter ses vignes (Château Marsau en AOC Côtes de Francs et en AOC Montravel en Dordogne), monter sur son tracteur, se balader en forêt et profiter de Bordeaux, «qui offre une si belle vie».
Nommé président de l'agence de développement économique BRA en novembre2009, Jean-Marie Chadronnier a comme mission d'attirer les investisseurs en Gironde. Un challenge que l'ancien patron de CVBG et fils de viticulteur souhaite relever pour sa ville, Bordeaux.