Le Journal des Entreprises : Comment se porte l'aéroport de Lille-Lesquin ? Pourriez-vous nous donner une tendance chiffrée ?
Jean-Christophe Minot : L'aéroport a accueilli en 2016 1 781 490 passagers en vols commerciaux, hors trafic privé. C'est 240 600 passagers de plus qu'en 2015, ce qui correspond à une croissance de plus de 15 %. Nous avons créé 180 emplois ces deux dernières années et nous comptons aujourd'hui 1.680 salariés sur l'aéroport. En 2017, nous devrions continuer à croître en accueillant 1,850 million de passagers. Aujourd'hui 40 à 45 % de nos passagers voyagent pour affaires.
Quelle(s) carte(s) jouer quand on se situe entre les aéroports de Paris et de Bruxelles ?
J-C.M. : Nous comparer à Paris ou à Bruxelles serait une erreur. Lille ne prétend ni être Paris, ni Bruxelles, mais être entre Paris et Bruxelles. J'insiste sur le fait que nous ne sommes pas le troisième aéroport de Paris. À ma connaissance, nous sommes le 10 e aéroport métropolitain de France. L'aéroport est situé d'abord à Lille et ensuite dans les Hauts-de-France : nous construisons sa stratégie en fonction de cette donnée.
Justement, sur quelle stratégie misez-vous ?
J-C.M. : Je ne peux pas tout dévoiler. Mais l'idée, c'est de mettre l'aéroport à la dimension de son territoire. Par exemple, l'aéroport de Lille-Lesquin ne desservira jamais Shanghai. Ce n'est pas notre modèle. L'aéroport est mulimodèles et nous sommes très attentifs au fait de ne pas dépendre d'une seule compagnie. Nous sommes aussi vigilants quant au choix des destinations : je mets des routes qui marchent, pas des routes éphémères. Je veille aussi à ce que l'avion soit rempli dans les deux sens et à la rentabilité. L'important c'est d'être bon dans un marché. En 2015, nous faisions un chiffre d'affaires de près de 25 millions d'euros, nous sommes rentables et surtout, nous ne coûtons pas à la collectivité. Nous ne recevons pas de subventions mais nous versons une redevance et nous fonctionnons en autonomie sur nos investissements. Je tiens aussi à souligner que l'aéroport Lille-Lesquin est " tout temps " et peut dérouter n'importe quel type d'avion.
Combien avez-vous de destinations et quelles lignes allez-vous ouvrir en 2017 ?
J-C.M. : Nous avons environ 55 destinations. En vols vacances, il y a le Cap Vert depuis novembre dernier et dès le mois de mai il y aura Cagliari (Italie), Araxos (Grèce) et Kalamata (Grèce), le tout avec TUI France/Marmara. En vols réguliers, nous allons avoir Montpellier à partir du 31 mars, avec Volotea, et à partir de juin nous ouvrons Venise, Naples et Faro, avec Esayjet. Il y aura d'autres annonces courant février.
Quels arguments l'aéroport met-il en avant pour séduire les compagnies aériennes ?
J-C.M. : Nous mettons l'accent sur la ponctualité de traitement des avions, qui est de 99,9 % chez nous. Nous misons aussi sur les prix : nos coûts sont bien maîtrisés et par conséquent, nous sommes bien placés sur les charges aéroportuaires. Nous insistons aussi sur la qualité de service aussi et 95 % des personnes qui utilisent l'aéroport sont satisfaites. Un autre point important c'est notre taux de remplissage moyen des avions, qui s'élève à 80 % C'est un véritable argument pour les compagnies. Et comme je le disais un peu plus tôt, nous ouvrons des routes dans les deux sens. Quand nous faisons Lille-Naples, cela veut dire qu'il faut aller chercher des Napolitains pour les amener à Lille. Il faut savoir que dans le nord, il y a beaucoup d'entreprises de très grandes tailles mais qui ne sont pas cotées en bourse et discrètes. Nous sommes donc peu visibles de l'étranger. Pour y remédier, nous envoyons des équipes là-bas, pour faire connaître le territoire, nous invitons des journalistes étrangers, etc.
Pour finir, qu'avez-vous à répondre à la Chambre régionale des comptes qui évoque, dans un rapport rendu public fin 2016, une transparence insuffisante pour la politique commerciale de la Sogarel (société de gestion de l'aéroport Lille-Lesquin) ?
J-C.M. : La Cour des comptes évoque une situation financière saine et son rapport fait état d'une exploitation satisfaisante. J'ai publié une lettre en réponse à ce rapport. J'y explique notamment que c'est parfait ement normal que je protège mes affaires dans un contexte de prochain appel d'offres pour la gestion de l'aéroport. C'est mon savoir-faire et il est protégé par le droit des affaires.