Nice
"J’ai vraiment pris goût à la croissance externe"
Interview Nice # Fabrication de meubles # Fusion-acquisition

Julien Bounicaud président de Groupe Lignage "J’ai vraiment pris goût à la croissance externe"

S'abonner

Après avoir repris la Maison de la Mousse et la Menuiserie Dalmasso à Nice, et LVMC/Wueco près d'Aix-en-Provence début 2026, Julien Bounicaud ne compte pas s'arrêter en si bon chemin pour étoffer encore le Groupe Lignage. Après avoir suivi le programme Boost Côte d'Azur et fait entrer au capital le fonds d'investissement du même nom, géré par ConnectPro, il se plaît dans son costume de repreneur. Même si, il le confie, l'exercice n'est pas toujours simple.

Julien Bounicaud est le président du Groupe Lignage, spécialisé dans l’agencement et la menuiserie sur-mesure à Nice et qui s’est en grande partie construit par acquisition — Photo : Ridha Pix

Vous êtes à la tête du groupe Lignage, spécialisé dans l’agencement et la menuiserie sur-mesure, à Nice, qui s’est construit en grande partie sur des acquisitions…

Oui, avec mon épouse, j’ai repris la Maison de la Mousse à Nice en 2019. Il n’y avait alors qu’un salarié. Quatre ans plus tard, nous avons racheté la Menuiserie Dalmasso, dont le dirigeant partait à la retraite, pour aller chercher des savoir-faire que nous n’avions pas. Les 100 premiers jours ont été très compliqués. Avant, je passais 100 % de mon temps avec mes équipes, je n’avais pas de chef d’atelier et quand on est arrivé à un million d’euros de chiffre d’affaires, que l’on sortait de la marge, que notre Ebitda était légèrement au-dessus de 10 %, je me suis dit qu’on pouvait tout à fait aller racheter quelqu’un d’autre. Sauf que racheter quelqu’un d’autre signifie que vous n’êtes plus tous les jours dans votre entreprise, que vos dix collaborateurs ne vous voient quotidiennement, et là, ça se complique. J’ai donc commencé à avoir des petits soucis dans ma boîte historique. Mais nous sommes toujours là et nous avons signé une nouvelle acquisition début 2026 avec LVMC/Wueko près d’Aix-en-Provence.

Avec le recul, qu’auriez-vous fait différemment ?

Si je rembobine tout… j’aurais passé plus de temps en amont, à rencontrer les salariés des entreprises que j’ai rachetées. J’aurais travaillé beaucoup plus sur le plan d’intégration des équipes. Sur l’humain.

Julien Bounicaud a témoigné de son parcours au sein de la première promotion du programme Boost Côte d’Azur — qui lance sa 5e édition — porté par l’UPE06 et piloté par l’Irce — Photo : Olivia Oreggia

Parce que vous ne vous étiez pas posé la question ?

Pour moi, c’était un non sujet. Maintenant, quand on me dit que tout va bien, je pars du principe qu’il faut quand même aller voir par soi-même. C’est quelque chose que j’ai appris d’expérience et en suivant le programme Boost Côte d’Azur (qui lance sa 5e édition, NDLR), qui n’existait malheureusement pas au moment de ma seconde acquisition.

Désormais, je sais qu’il faut aller vérifier la véracité des propos du dirigeant. Quand un cédant vous dit "On est une famille. Je peux compter sur mes équipes. On s’entraide toujours" et que finalement, vous constatez que patron et salariés ne se disent même pas bonjour… C’est capital de le savoir ! C’est bien de pouvoir passer 2 ou 3 jours dans l’entreprise. Le cédant peut vous présenter comme un assureur ou un comptable. On se rend compte alors de situations parfois aberrantes que le patron ne voit plus. Et c’est dans ces moments-là qu’on peut le voir car après, on n’a plus le temps. C’est ce que j’ai fait pour ma dernière acquisition. Et avant de reprendre celle-ci, nous avons étudié 6 dossiers et failli en signer deux.

Aux côtés de Denis Margaillan (IRCE) et de Thomas Collet (Connect Pro), Malek Ziani (Erco), Julien Bounicaud (Manufacture de la Méditerranée) et Arnaud Pinte (iPepper), participants de la première promotion Boost Côte d’Azur, ont témoigné de leurs avancées — Photo : Olivia Oreggia

Vous conseillez donc à tout repreneur d’aller lui-même faire un audit ?

Oui, sur l’humain et sur la production, pour auditer la facturation par exemple. Que l’on soit dans des métiers où il y a des chantiers ou que l’on soit une agence de communication avec des livrables à faire, il faut s’assurer que ce qui a été facturé a vraiment bien été fait. Cela évite les mauvaises surprises.

Sur une cible que j’avais identifiée, l’avancement de la facturation était finalement faux. Si je signais, je coulais. On connaît mieux que quiconque nos métiers, mieux que notre avocat ou notre expert-comptable. C’est vraiment le seul audit qu’on peut vraiment faire nous-mêmes en tant que dirigeant.

Comme faire tout en gérant aussi sa ou ses autres entreprises en parallèle ?

Le nerf de la guerre est d’avoir une super équipe dans son entreprise actuelle, un expert-comptable avec qui on est le plus transparent possible, un avocat d’affaire et si possible des associés avec lesquels on arrive à se répartir le travail. Car le plus important avant d’aller chercher une nouvelle boîte, c’est que votre boîte actuelle ait la capacité de continuer sans vous au quotidien. Car intégrer une boîte, c’est vraiment du boulot.

Vous avez suivi la première promotion de l’accélérateur Boost Côte d’Azur et êtes la première entreprise à avoir ouvert votre capital au fonds Boost..

En effet, j’ai fait entrer ce qui, pour moi, était, auparavant, un gros mot : un fonds d’investissement. Quand on est entrepreneur d’une petite TPE, PME, on se dit qu’un fonds d’investissement est un gros requin qui va arriver avec sa grosse mâchoire pour déposséder de dirigeant de sa boîte. En fait, le fonds Boost, qui appartient au groupe Turenne et à ConnectPro, nous a permis de rentrer des capitaux et, humainement, ce sont des gens bien. Nous leur avons cédé près de 20 % du groupe, ce qui nous a permis de faire notre dernière acquisition, sans aller lever de la dette bancaire ni toucher à mes capitaux. Pouvoir négocier avec un cédant quand l’argent est déjà sur votre compte, ce n’est pas la même chose !
Avant Boost, nous étions à 1,7 million d’euros de chiffre d’affaires pour 15 collaborateurs, et aujourd’hui, on va être à 2,5 millions d’euros et 21 collaborateurs.

Basé à Nice, le Groupe Lignage rassemble la Maison de la mousse, la Manufacture de la Méditerranée et la Menuiserie Dalmasso, soit une quinzaine de collaborateurs, sans compter la dernière acquisition dans les Bouches-du-Rhône — Photo : DR

Au-delà du financement, quel est son rôle ?

Ce fonds nous aide à nous structurer. J’ai un conseil stratégique par trimestre, où je dois leur faire voir des chiffres. Ils me conseillent et me challengent. Maintenant que ma femme est sortie de l’opérationnel et n’est plus qu’actionnaire avec moi, je me retrouve seul, ce n’est pas évident. Je peux discuter de tout, des problèmes, des tensions. J’ai l’impression d’avoir gagné des associés. J’appelle Thomas Collet, le directeur du fonds ici à Nice, trois fois par semaine. Et puis cela vient ajouter un petit défi de se dire que le fonds sortira dans 5 ou 6 ans et qu’il faut générer un peu de croissance. Il est entré le 29 décembre 2025 et nous avons signé notre dernière opération de croissance externe le 13 mars 2026. Et on en étudie toujours une ou deux.

Peut-on dire que vous avez pris goût à la croissance externe ?

Oui, vraiment ! Et encore plus à la croissance externe en gardant un associé, comme sur ma dernière acquisition. Je pense aller encore plus vers ce modèle, ce qui permet de regarder des sociétés peut-être un peu plus importantes et un peu plus loin. Mais oui, je continue. Et j’ai tellement été proactif dans la recherche qu’on m’appelle aujourd’hui de plus en plus souvent. Parfois, ce sont même des collaborateurs de certaines entreprises qui nous contactent ! Maintenant, on est vraiment estampillés "repreneur".

Nice # Fabrication de meubles # Menuiserie # Fusion-acquisition # Capital # Réseaux d'accompagnement # PME