«J'ai une reconnaissance de travailleur handicapé depuis 2007. Je souffre de problèmes de dos importants qui m'ont obligée à subir une arthrodèse (opération consistant à bloquer une articulation lésée par l'obtention d'une fusion osseuse, NDLR). Je dois porter un corset en permanence. Avant la déclaration de mon handicap, j'étais commerciale dans une entreprise de la région, dont j'ai été licenciée en 2007 pour inaptitude. Je devais prendre régulièrement la voiture alors que mes problèmes de dos m'empêchent de rester assise plus de 10-15 minutes. J'ai dû faire le deuil de mon métier. Pendant deux ans, j'ai subi plusieurs opérations puis effectué des séjours de rééducation à Roscoff, au centre Perharidy.» «C'était une période très difficile pour moi. J'avais 26 ans et j'ai dû me résoudre à ne plus être capable de faire certaines choses. Financièrement, j'avais besoin de retravailler. Pendant ma rééducation, j'ai repris les études et obtenu une licence en ressources humaines à distance;je me suis rendue compte que j'étais capable de travailler et d'être rigoureuse.»
«J'étais très fatiguée au début»
«Avec mon mari, Laurent Sénécal, nous avons eu l'idée de créer une entreprise pour me permettre de rester près de chez moi, au Faou, et limiter mes déplacements. Laurent connaissait quelques personnes qui montaient un réseau de franchises d'agences d'intérim, Aquila RH. Le réseau, Alphyr, compte aujourd'hui 22 agences en France. La franchise apporte une certaine sécurité, c'est pour cela que je me suis lancée. J'ai entamé les démarches toute seule fin 2010 - mon mari ne m'a rejoint que tout récemment, dès que j'ai été en mesure d'embaucher quelqu'un. J'ai commencé officiellement mon activité en avril 2011. Mon entreprise est installée à la pépinière d'entreprise du Faou. J'ai aujourd'hui entre 15 et 20 clients de tous profils et de toutes tailles.» «Quand j'ai monté l'entreprise, j'étais très fatiquée au début. J'ai dû adapter ma façon de travailler pour surmonter mon handicap. Avant d'aller à un rendez-vous par exemple, je prépare mon coup : je m'octroie un petit temps de repos de 15 à 20 minutes. J'organise mes déplacements en fonction de mon handicap : je ne vais pas dans une entreprise située à plus de 5 kilomètres. J'ai équipé ma voiture avec du matériel spécialisé, pour soulager mon dos. Mais l'équipement coûte très cher. J'attends encore un peu pour le fauteuil de bureau adapté, qui coûte dans les 4.000€ et qui me permettrait de rester assise plus longtemps. Les douleurs sont permanentes. J'y suis assez résistante mais il y des périodes plus difficiles que d'autres et je suis parfois forcée de décaler mes rendez-vous. Mais mon état s'est considérablement amélioré depuis que j'ai commencé cette activité. J'ai l'esprit libéré, je ne rumine plus. Je mets de côté les douleurs.»
«Ne pas se morfondre»
«Aujourd'hui je ne me considère plus comme handicapée. C'est simplement une autre façon de vivre, qui nécessite d'être ingénieux. Il faut démystifier le travail handicapé et ne pas se morfondre. La difficulté est de trouver le poste qui permettra de concilier travail et handicap. Pour mon entreprise, j'espère pouvoir recruter une à deux personnes en 2013. Ensuite, j'aimerais bien dupliquer le concept ailleurs;je pense notamment à Lamballe et Locminé. Et pourquoi pas recruter pour ces agences des travailleurs handicapés. Si ça marche pour moi, cela peut marcher pour les autres!»
Aquila RH
(Le Faou) Dirigeante: Anne-Laure Caraës Chiffre d'affaires : NC 1 salarié 02 98 81 04 04