Jacques Marseille : «Le pire est derrière nous»

Jacques Marseille : «Le pire est derrière nous»

Pour l'économiste et historien Jacques Marseille, le pire est derrière nous. D'ici à la fin de l'année, des signes tangibles de reprise devraient se faire sentir dans les entreprises. Jacques Marseille détaillera les atouts de la France, et plus particulièrement de Rhône-Alpes, le 28septembre, à la Cité du Design de Saint-Étienne.


Les économistes sont partagés. Selon vous, est-ce qu'on a touché le fond?

Oui, je crois que le pire est derrière nous. Historiquement, toutes les crises économiques se déroulent de la même façon. Elles commencent toujours par la finance, puis enchaînent avec des faillites bancaires avant de provoquer des difficultés dans les entreprises et, enfin, du chômage. Les reprises suivent exactement le même schéma. Or, la sphère financière s'est redressée, cela devrait se confirmer au deuxième semestre. Je ne suis pas devin, mais cela devrait aller mieux dans les entreprises courant 2010. Malheureusement, pour le chômage, il faudra attendre encore plusieurs mois.


Pourquoi?

Il faut déconnecter le problème de l'emploi de celui de la crise. Évidemment, la crise accentue le chômage; mais il y a un vrai problème en France depuis plus de 30 ans. À croissance égale, la France crée moins d'emplois que ses voisins. Le taux de chômage est beaucoup trop élevé depuis des années, il ne faut pas attendre de la reprise qu'elle redonne du travail à tout le monde. C'est impossible.


D'où vient le problème?

Il y a une vraie inadéquation entre la formation d'aujourd'hui et les emplois de demain. Il faudrait repenser complètement les formations scolaires et professionnelles.


Malgré cette faiblesse, la France semble s'en tirer mieux que nombre de ses voisins...

Oui, c'est vrai. La France a reçu un choc important avec la crise mais plus amorti que dans de nombreux autres pays. On revient aujourd'hui sur les performances, qu'on a vantées pendant des années, de la Grande-Bretagne et de l'Irlande par exemple. La France a un système bancaire solide. Par exemple, cette folie des subprimes n'aurait jamais pu se produire en France, puisqu'ici on ne prête qu'en fonction des revenus. Ce qui est une très bonne chose.


Est-ce que la France mène une bonne politique de relance?

Disons que, pour moi, l'avenir est tourné vers le développement durable et l'écologie. Il faut soutenir tout ce qui s'y rapporte. D'ailleurs, il y a une vraie prise de conscience collective, le score aux dernières élections européennes en témoigne. Les Français ont compris qu'il ne sert à rien d'avoir toujours plus, qu'il faut vivre autrement en prenant en compte l'environnement. Pour moi, l'industrie automobile fait partie d'un ancien mode de consommation. C'est bien de donner de l'argent aux Français pour qu'ils achètent une nouvelle voiture, mais ne vaudrait-il pas mieux dépenser cet argent à faire en sorte qu'ils n'en aient plus besoin? Dans le même esprit, je pense que le plan Borloo va plutôt dans le bon sens.


Quels sont les atouts sur lesquels la France peut s'appuyer?

Nous avons une industrie énergétique de très haut niveau, avec un équipement nucléaire très bon. Nous avons un taux de natalité élevé et les bébés, c'est l'assurance d'une prospérité future. Nous avons aussi des services performants, or 75% de la valeur ajoutée du pays viennent des services. On peut citer aussi la richesse des Français. Le patrimoine net moyen est tout de même de 150.000€ par personne. Le potentiel d'investissement existe vraiment. On peut parler aussi de la proportion importante d'entreprises familiales, gages de résistance aux turbulences de la mondialisation. On peut noter des secteurs dont on parle peu mais sur lesquels la France peut vraiment s'appuyer: le tourisme par exemple ou encore l'agroalimentaire.


Les Français devraient donc avoir le moral?

Les Français sont pessimistes par nature, pour tout ce qui touche, de près ou de loin, à l'économie. Les Français aiment leur entreprise, sont pleinement impliqués dans son développement. Mais, paradoxe, ils n'aiment pas l'Entreprise, au sens large. Seuls 30% des Français estiment ainsi que l'économie de marché est facteur de développement... C'est vraiment très peu. On peut attribuer ces comportements à l'histoire et à la culture de la France... Il faut espérer que les mentalités évoluent rapidement.




* Jacques Marseille est notamment professeur à l'université Paris-I Sorbonne, directeur de l'Institut d'histoire économique et sociale et chroniqueur de presse. ** Conférence ?Yes, we can. Nos atouts pour sortir de la crise? organisée par la CCI de Saint-Étienne/Montbrison, Cleo, Club Gier Entreprises, Rézames, Ampil, For-act, Acctifs, Entreprendre en Roannais-Forez, en partenariat avec le CIC Lyonnaise de banque et le Journal des Entreprises. À 18h30 à la Cité du Design de Saint-Étienne. Inscription impérative avant le 18septembre au 04.77.43.04.02.