Mandaté par les CCI de l'Estuaire pour mener une étude sur l'impact du Grand Paris, Jacques Attali rejette l'idée d'un projet autocentré sur la seule capitale. «Paris ne peut pas être une capitale mondiale sans un accès privilégié à la mer». C'est le postulat qui préside aux réflexions menées par une commission dirigée par Jacques Attali et dont le détail est publié sous la forme d'un ouvrage de 193 pages, «Paris et la mer». Ouvrage dans lequel le président de la commission sur la libération de la croissance invoque l'Histoire pour conclure à la vocation maritime de la Capitale: «Le privilège reste aux villes qui ont intégré un accès à la mer. C'est vrai depuis mille ans et cela va le rester!» Et le développement des technologies de l'information et de la communication n'y fera rien, estime l'ancien conseiller de François Mitterrand.
LeHavre, capitale de la France?
Mais si la Normandie dans son ensemble doit tirer les fruits de cette intégration maritime de Paris, c'est bien LeHavre et son port que Jacques Attali met en première ligne. Un port «qui offre des capacités de développement considérables et qui a vocation à rattraper son retard sur des ports du Nord de l'Europe très encombrés». Et pour ceux qui douteraient du positionnement stratégique de la cité océane, Jacques Attali va plus loin dans la démonstration: «La tragédie de la France, c'est que LeHavre ne soit pas devenu sa capitale!» Rien de moins. D'ailleurs, «la grandeur de Paris depuis le XVIesiècle est une mystification, ajoute-t-il. Elle n'a jamais été une grande capitale mondiale car toutes celles qui l'ont été, sont des ports». À l'appui de son raisonnement, il fait cinquante propositions qui touchent tant le domaine portuaire que les infrastructures et dont la clef de voûte reste la gouvernance: «Le projet actuel du Grand Paris ferait de la Capitale un joli bunker. Ce n'est pas un destin très enviable», tranche Jacques Attali qui estime qu'il faut agir vite et de manière concertée. «Il est primordial que l'ensemble des actions soit mené par une autorité nationale forte», plutôt un préfet qu'un ministre détaille Jacques Attali qui ne croit pas que l'actuel ministre du Grand Paris, Christian Blanc, puisse être l'homme de la situation. Dans tous les cas, les décisions doivent être prises rapidement, «dès 2010». «Le pire serait de ne rien décider car pendant ce temps-là, les adversaires de Paris se satisfont de ces atermoiements!»
G.D.
«Paris et la Mer, La seine est Capitale», éditions Fayard. 193 pages. 12€.