Finistère
Internet : Le Finistère aime-t-il son web ?
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Internet : Le Finistère aime-t-il son web ?

La filière a du mal à s'affirmer, faute de volonté politique. Certains web-entrepreneurs ont pris les choses en main. Deux projets de cantine numérique sont ainsi en chantier, dont celle de Brest qui vient enfin de trouver un local pour s'implanter.

Pas facile de monter sa start-up à la pointe bretonne. Quand Ludivine Huché, jeune Quimpéroise, a voulu se lancer en 2011 en Cornouaille, elle s'est sentie un peu seule. «Comment faire un dossier pour une levée de fonds? Comment structurer une équipe? Je n'y connaissais rien». La jeune pousse tente de rentrer en contact avec les autres acteurs du web de Cornouaille, se rend aux apéros "entrepreneurs" organisés à Quimper. «Ce n'était pas vraiment dédié au web. Et à chaque fois, on était trois et toujours les mêmes», regrette-t-elle. Alors qu'à Paris, les événements dédiés aux start-ups pullulent, elle déplore le «manque de dynamisme» dans le département. «Aucune formation spécifique n'existe dans le Finistère», rappelle Ludovic Fougère, fondateur avec Éric Le Scoul de Silicon Kerne, association très impliquée à Quimper. Si les trois CCI finistériennes proposent des formations à la création d'entreprise, aucune ne concernent directement les start-ups.




Mur de l'incompréhension

La jeune femme tente de convaincre les banquiers et les investisseurs de soutenir son projet. Elle se heurte au mur de l'incompréhension. «Tout ce qui est projet internet n'est pas vraiment reconnu, déplore-t-elle. Le web leur apparaît comme quelque chose de trop virtuel.» «La particularité ici est qu'on est plus proche de la terre, on a besoin de concret», ajoute Aymeric Poulain-Mauban, consultant spécialisé dans le web, notamment auprès du technopôle Brest Iroise. Résultat, les investisseurs préfèrent financer les innovations dans les biotechnologies ou les télécoms et les institutions comme le département, les CCI ou les technopoles, passent leur tour. Alors que l'intérêt du projet de Ludivine, Commerce & Co, a été largement reconnu - elle a fait partie des 16 finalistes, sur 600 candidats internationaux, au grand événement parisien Le Web fin 2011, la jeune entrepreneuse n'a pas réussi à convaincre institutionnels et investisseurs au niveau local. Aujourd'hui, elle a dû lever le pied sur son projet, faute de financements.

L'histoire de Ludivine est symptomatique de la situation dans le Finistère. Même les institutionnels en conviennent: «C'est une filière qu'on a du mal à appréhender», reconnaît Éric Vanderbroucke, directeur du technopôle Brest Iroise. Nadège Comhaire, de la technopole de Quimper explique que les acteurs sont trop éclatés: «Ce sont beaucoup d'entrepreneurs individuels d'où les difficultés de la filière à se structurer.»




Un incubateur privé

Pour David Noblecourt, fondateur de Créations Web, une des pépites finistériennes qui emploie 20 personnes à Brest, l'explication est simple: «À côté des Télécoms ou des TIC, ces filières mises en avant dans le département, la création de sites internet ça paraît extra simple. On passe pour une technologie d'amateur. Peut-être mais le but in fine c'est quand même de créer des emplois. Il y a une vraie opportunité économique avec le web.» La filière web, si prometteuse dans les années 2000, a encore du mal à s'affirmer dans le département, alors qu'elle apparaît en pleine forme à Rennes, Nantes et même à Lannion où a été organisé pour la première fois un Start-up week-end en 2011. «La Cornouaille a dix ans de retard, regrette Éric Le Scoul. Elle avait pourtant de l'avance. Dans les années 90, l'un des premiers serveurs web était ici.»

«On était parti très tôt sur le web à Brest, confirme Aymeric Poulain-Mauban. Aujourd'hui, il faut redonner la possibilité aux entreprises du web du Finistère de rester ici». Face au manque de volonté politique que déplorent les acteurs du secteur, certains web-entrepreneurs ont décidé de prendre les devants. «Les partenariats privé-privé marchent très bien. Pourquoi attendre les politiques?», s'interroge Sébastien Le Corfec, fondateur d'Evernet (50 personnes dans le web), qui s'est associé avec Charles Cabilic d'AC3 en 2009. À l'occasion de leur déménagement fin novembre dans de nouveaux locaux, zone de Prat-Pip à Brest, les deux entrepreneurs vont créer un «incubateur privé» pour des start-ups de leur choix. Et depuis cinq ans, l'Afeit (Association des filières de l'Electronique, de l'informatique et des télécommunications) organise une à deux fois par mois

des Open Coffee, sorte d'after works dédiés au web. À Quimper, Ludovic Fougère et Éric Le Scoul ont insufflé une nouvelle dynamique avec Silicon Kerne. En plus d'organiser les "Breizh'Apero" pour les acteurs du web cornouaillais, l'association porte le projet de l'ouverture d'une cantine à Quimper. Le lieu abritera un espace de coworking (espace de travail partagé) et «sera un lieu de rencontre, où tous les entrepreuneurs pourront se renseigner sur les nouvelles technologies et internet», explique Ludovic Fougère. À Brest, la cantine, (qui ne conservera peut-être pas ce nom) était dans les cartons depuis près de quatre ans. Elle va enfin voir le jour (lire ci-dessous) et permettre, espère Aymeric Poulain Mauban, qui porte le projet, de «fédérer une communauté». Autre événement, le forum B-Ware, consacré au numérique dont la première édition a eu lieu en 2011 à Brest, et qui devrait être renouvelé en 2012. Pour Daniel Champs, créateur de CarOuest (lire ci-contre), si le «constat est morose, il ne doit pas cacher une vraie dynamique avec la mise en route des cantines».

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