Hippodrome de la Cépière, Toulouse, cet été. Neuf heures du matin ; c'est le branle-bas de combat dans la salle. Le cabinet RH Corinne Cabanes & Associés organise un jobdating pour la Caisse d'Épargne Midi-Pyrénées. Mais ce n'est pas un entretien d'embauche comme les autres : à quatre endroits de la salle, trois chaises côte-à-côte tournent le dos aux candidats. La surprise est totale : personne n'a prévenu ces derniers qu'il s'agissait d'une session de recrutement similaire au télé-crochet The Voice. Chaque candidat dispose d'un numéro allant de un à quatre. « Je suis persuadé que les numéros sont attribués en fonction de différents critères : les compétences, le niveau de diplôme, l'expérience... », souffle un étudiant.
La valse des candidats numérotés de 1 à 4
Les candidats rentrent dans la salle au rythme des « prochains numéros 1, 2, 3, 4 s'il-vous-plaît ! » Chacun d'entre eux dispose d'une minute ? et pas une de plus - pour se présenter. Autant dire qu'il faut aller à l'essentiel pour convaincre. Chaque membre du jury écoute attentivement, le regard fixe, un papier de couleur différente à la main : pour la première fois, des membres d'un même établissement bancaire deviennent des rivaux. Si deux membres du jury se retournent simultanément, chacun doit justifier la raison qui l'a conduit à se retourner et convaincre l'orateur de rentrer dans son équipe !
« Trois éléments attirent mon attention : l'expérience, le parcours et la clarté du discours. Mais l'expérience clientèle est le maître-mot ! » souligne Anne-Marie Cassou, chargée de développement RH à la Caisse d'Épargne Midi-Pyrénées. Sans le savoir, tous les candidats sont en fait retenus pour la prochaine étape : « C'était voulu afin que les recruteurs puissent choisir les profils qui les intéressent le plus », justifie Corinne Cabanes, directrice du cabinet RH. Quel est donc l'intérêt de cet entretien qui n'est pas éliminatoire ? « Il s'agit d'avoir un aperçu des candidats. On perçoit immédiatement qu'une moitié dispose de profils intéressants tandis que l'autre moitié est plus intimidée », détaille-t-elle.
Des mises en situations réelles pour tester les candidats
9h55, chaque recruteur invite à sa table les candidats qu'il a choisis au cours de l'épreuve précédente. La cloche signale le début de deux exercices de mise en situation : résumer ses engagements, ses objectifs et ses motivations pour intégrer la formation, puis hiérarchiser des tâches à effectuer un samedi de dernière minute. Les recruteurs choisissent alors de s'effacer. « Dans ce type d'exercice, nous, les recruteurs, sommes dans une phase d'observation. Nous prêtons attention au leadership, à la créativité, à l'organisation et la force de proposition des candidats », développe Catherine Garrigues, directrice adjointe de l'agence Croix-de-Pierre. Des fiches individuelles leur sont fournies pour en savoir plus sur les prétendants.
La cloche retentit à nouveau pour signifier la fin de l'épreuve : l'heure du choix a sonné. Deux personnes sont éliminées à chacune des tables. « En général, ne sont pas retenues celles qui sont trop effacées, qui manquent de structuration dans leur idées ou bien qui n'ont pas d'argumentation à faire valoir », observe-t-elle. Toutefois, les déçus ne rentrent pas bredouilles. Ils repartent avec une expérience singulière à faire valoir, un entretien avec des recruteurs du cabinet RH pour mieux comprendre leurs erreurs et participent aussi à une tombola comme lot de consolation.
Priorité au savoir-être
10h40, à peine le temps de prendre l'air sur le balcon de l'hippodrome que les « survivants » sont rappelés à leur siège. Deux nouvelles mises en situation s'offrent aux prétendants : un exercice de vente face à un client joué par les recruteurs, puis un exercice d'urgence où ils doivent se libérer d'objets au sein d'un canot pneumatique pour parvenir tous sains et sauf sur une île. « Il faut avoir une bonne attitude avec le client, surtout dans un contexte de concurrence exacerbée entre les banques. Au-delà de l'appétence commerciale, on cherche surtout du savoir-être : être réactif, s'adapter aux différentes situations, garder son calme et le sourire », développe Emilie Duphil, chargée de développement RH à la CEMP. Les délibérations des jurés témoignent d'une quête du banquier idéal pas toujours évidente : « Manque d'enthousiasme, manque de charisme, de conviction, pas de gestion émotionnelle... »
Le verdict, puis des entretiens individuels
12h30, après 40 minutes de discussions intenses, les jurés livrent leur verdict. Deux autres candidats doivent à nouveau quitter chaque table. Il n'en reste alors plus qu'une trentaine pour procéder aux entretiens individuels qui auront lieu tout au long de l'après-midi. Le stress est encore présent dans la salle : « Souriez, hein, vous êtes pris ! », lance même Corinne Cabanes à la salle pour détendre l'atmosphère. Est-ce réellement un exercice différent d'un entretien ? « C'est une autre façon de procéder. On a un filtrage plus important : cela nous permet de creuser les questions que l'on se pose sur les candidats. La personnalité est davantage dévoilée », selon Emilie Duphil. Quand aux principaux intéressés, le concept fait mouche. « Convivial, bon esprit, constructif, surprenant, original... », sont les qualificatifs qui reviennent fréquemment dans la bouche des candidats.