La directrice régionale de l'Institut national de la statistique des études économiques (Insee), Magali Demotes-Mainard, pose son regard sur la conjoncture. Cette spécialiste de l'analyse des données chiffrées livre un point de vue prospectif.
À l'aube de 2010, peut-on parler de reprise ?
Au niveau national, on note un redressement de la production industrielle depuis l'été 2009. Cette hausse est sensible dans le secteur de l'automobile, l'un des plus impactés par la crise. À l'international, quelques signaux laissent à penser que le plus dur est passé. Toutefois, cet optimisme est à nuancer; la crise, longue et profonde, a fragilisé de nombreuses structures, en particulier les plus petites. Le taux de chômage a fortement augmenté, en décalage dans le temps par rapport aux premiers effets de la crise. Il existe donc une importante incertitude sur le niveau de consommation des ménages. Rappelons que la consommation est un élément structurel de notre économie; elle représente 2/3 de notre produit intérieur brut.
Qu'en est-il de la situation dans la région ?
Midi-Pyrénées a été relativement épargnée. La crise a été amortie dans la région par deux facteurs: la bonne résistance de la sphère aéronautique et la faible part des activités liées à l'automobile, secteur qui a immédiatement réagi au déclenchement de la crise. Mais aujourd'hui, on peut légitimement s'interroger sur l'avenir de l'aéronautique. Airbus est confronté à un net affaiblissement des commandes de la part des compagnies aériennes: cela correspond-il à un simple trou d'air ou le secteur est-il plus durablement menacé ? A contrario, la reprise dans le secteur de la construction semble se dessiner. L'activité des entreprises se redresse: on constate un réveil sur le marché de l'immobilier et les mesures du plan de relance ont soutenu les marchés publics. Pour les mois à venir, l'attention devra se porter en particulier sur deux points: l'évolution du secteur aéronautique et le niveau de consommation des ménages.
Selon vous, cette crise va-t-elle changer la structure de l'économie régionale ?
Les périodes de crise obligent souvent les décideurs, politiques et industriels, à se mettre autour de la table pour réfléchir à réduire les fragilités économiques. On se félicite de la dépendance à l'aéronautique quand tout va bien, on s'en préoccupe quand l'activité donne des signes de faiblesse. Cette préoccupation induira-t-elle des évolutions structurelles dans l'économie régionale ? On peut se poser la question. D'ores et déjà, on constate que les systèmes productifs se modifient indépendamment de la crise. Par exemple, se développent les services à la personne, non appuyés sur un système industriel, ou des secteurs émergents, comme les éco-industries ou les nanotechnologies. Ces évolutions sont difficiles à suivre précisément, mais ces filières constituent certainement un potentiel intéressant pour l'économie en général et de notre région en particulier.