Innovation : L'Alsace se cherche
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Innovation : L'Alsace se cherche

Longtemps portée par une industrie manufacturière dynamique, la région ne s'est pas posé la question de sa compétitivité sous l'angle de l'innovation. Résultat, à part quelques belles vitrines en la matière qui sont plus le fruit de la volonté de quelques patrons que d'une politique régionale structurante, la R&D de nos entreprises n'a pas eu l'attention qu'elle méritait. C'est, du moins le constat dressé à l'occasion du diagnostic régional de l'innovation présenté début octobre par la Région et qui doit déboucher en décembre sur la présentation d'axes de travail stratégiques pour que l'Alsace puisse refaire son retard en la matière. Dossier réalisé par Adelise Foucault et Philippe Armengaud

L'Alsace, terre d'innovation... Derrière ces mots souvent entendus et qui sonnent comme un slogan, la réalité n'est pas aussi brillante. Les entreprises alsaciennes sont en retard sur la question de l'innovation. «Pas en retard», veut tempérer Carmen Muller, directrice de l'Agence régionale de l'innovation (Ari), «mais elles n'exploitent pas suffisamment leur potentiel d'innovation». Le résultat est le même. Et le récent diagnostic régional de l'innovation ne dit pas autre chose. Il souligne les faiblesses de l'Alsace: manque de coopération entre la recherche publique et les PME, faiblesse de la part du PIB alsacien consacré à la R & D (0,84%, soit moins de 400M€ en 2005), défaut de qualification des ressources humaines de haut niveau dans les entreprises...




«L'innovation ce n'est pas pour moi»

«Beaucoup d'entrepreneurs se disent: ?L'innovation, ce n'est pas pour moi ?», regrette Carmen Muller, «cela leur fait peur». Les structures d'accompagnement et de sensibilisation sont pourtant nombreuses dans la région. Une cinquantaine selon Carmen Muller qui, à travers l'Ari, coordonne leur action. Des moyens sont également débloqués. Le budget annuel de la Région sur cette thématique est de 17M€, multiplié par trois depuis 2006, dans le cadre de la Stratégie de Lisbonne qui fait du développement économique et de l'innovation une priorité en Europe. Il devrait encore progresser de 5% l'an prochain. Les pôles de compétitivité (Véhicule du Futur, Fibres, Biovalley) sont également très actifs, mais les effets ne se font pas encore franchement ressentir sur la création de richesse et d'emploi. Ils restent une voie royale vers l'innovation puisqu'au croisement de la recherche publique et des entreprises. Les récents dépôts de candidatures pour deux nouveaux pôles en attestent (Eau et Echotechnologie). Malgré cela, il est difficile de garantir un franc décollage de l'innovation dans une région longtemps bercée par une industrie manufacturière prospère, riche d'usines mais dépourvue de grands centres de R&D.




Une période propice pour innover

Au temps perdu, ou plutôt pas suffisamment mis à profit pour innover, s'ajoute un véritable problème de culture, selon les observateurs. Les chiffres de fréquentation décevants de la ?Semaine de l'innovation? organisée depuis deux ans sur plusieurs sites de la région sont là pour l'illustrer. Et pourtant, Carmen Muller veut y croire. «La période est propice à l'innovation pour préparer la sortie de crise», affirme-t-elle, «beaucoup d'entreprises innovent sans le savoir, beaucoup arrivent à exporter leurs produits sur des marchés très exigeants parce qu'ils sont, justement, innovants». Et le niveau de dépôt de brevets ne serait pas l'unique indicateur de la capacité d'une région à innover, certains chefs d'entreprises hésitant même à entamer cette démarche de peur de se dévoiler... La culture du secret, forte en Alsace, ne facilite pas la détection des projets... Le diagnostic régional de l'innovation a le mérite de mettre le doigt là où cela fait mal. Il doit aussi permettre aux pouvoirs publics et acteurs de l'économie locale de consolider la stratégie régionale de l'innovation en s'appuyant sur des atouts que n'a pas manqué de souligner le rapport : dynamisme démographique, forte recherche publique, industrie diversifiée... Reste qu'il ne faut pas s'attendre à un déclic instantané, ni à voir des effets dès 2010. Les effets des efforts déployés aujourd'hui ne se feront sans doute pas ressentir avant «5 à 10 ans», selon les observateurs. Juste le temps que l'Alsace de l'innovation arrête de se chercher, se structure et trouve sa voie.

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