Parmi les clichés du Nord - Pas-de-Calais qui continuent à avoir la vie dure, celui du manque d'innovation régionale tient une position de choix. Et pourtant, en 2014, les exemples d'entreprises innovantes n'ont pas manqué, tout comme leurs inventions à haute valeur technologique parties à la conquête du territoire régional, de la France ou de l'international. Les nombreux incubateurs, pôles d'excellence et de compétitivité et autres réseaux professionnels, à l'image de « J'innove en Nord - Pas-de-Calais », contribuent à cette dynamique pour certains. D'autres dirigeants auront, eux, fait voler leurs produits de leurs propres ailes. Tour d'horizon de dix innovations régionales à suivre.
MDoloris Medical Systems, Lille, 13 salariés, CA prévisionnel 2014 : 2,2 M€
La start-up lilloise MDoloris Medical Systems a développé des moniteurs de mesure de la douleur chez les jeunes enfants pour ne pas surdoser ou sousdoser les drogues antidouleur. Un premier moniteur capable de prendre en charge des patients de plus de deux ans incapables d'exprimer la douleur qu'ils ressentent a été commercialisé dans 29 pays à ce jour. Florent Pagniez, le dirigeant de MDoloris Medical Systems, a également conçu des moniteurs de mesure de la douleur chez les nourrissons ainsi qu'un produit destiné à la médecine vétérinaire pour évaluer la douleur des chats, chiens et chevaux. La prochaine étape : un programme de moniteur destiné à la mesure de la douleur chez le foetus. Le dirigeant prévoit de doubler son effectif d'ici à fin 2016 pour un chiffre d'affaires approchant alors les 7 M€.
Musthane, Willems, CA 2013 : 7 M€, 45 collaborateurs
Imaginez un tapis en textile technique innovant, mélangé à du caoutchouc, à déployer en intervention sur les théâtres d'opérations militaires d'urgence. Il est souple, léger, se replie comme un tapis de sable et remplace des plaques habituellement en acier, plus lourdes et encombrantes. C'est le produit conçu et développé par Musthane, une société spécialisée dans la mobilité tactique du génie militaire et civil. Sous la marque Mustmove, les tapis et pistes mobiles sur terrains d'opérations devraient permettre aux gérants, Frédérique Josien et Reza Rosier, d'arriver à un chiffre d'affaires de 10 M€, en représentant jusqu'à 30 % de l'activité d'ici à 2016. 80 % du chiffre d'affaires de l'entreprise est réalisé à l'export et 90 % des efforts R & D vont à la Défense.
Green Ideas, Roubaix, 3 cofondateurs, CA prévisionnel : 500.000 €
Cette jeune société est le fruit de l'association de trois amis : Thierry Cieutat, Florent Bergeantzle et Yann Delahaye. Ensemble, ils commercialisent des panneaux solaires de 250W à installer soi-même et à prix abordable pour favoriser l'autoproduction, sous le nom commercial MKS, pour MonKitSolaire. Avec un nombre de panneaux solaires adaptés, le particulier produit lui-même ce qu'il consomme durant la journée. Encore timide, la jeune société Green Ideas s'attend à un chiffre d'affaires de 100.000 € pour la première année et à un prévisionnel de 500.000 € en vitesse de croisière.
GT Engineering, Hellemmes, 4 salariés, prévisionnel : des dizaines de millions d'euros
Autre start-up du Nord, Green Tech Engineering propose un kit d'hybridation électrique pour les voitures. Son dirigeant Ludwig Czelecz a mis au point une technologie capable de récupérer l'énergie du freinage pour la réinjecter dans les moteurs thermiques. D'une durée de vie de 500.000 km, le kit proposé à la location se greffe sur la motorisation existante des véhicules utilitaires et légers. Des discussions sont engagées avec des constructeurs automobiles pour des tests sur véhicules utilitaires avant une commercialisation en 2016. Pour les véhicules légers, les tests démarreront courant 2015 pour une commercialisation en 2017 avec une consommation en dessous de 1,5 l/100km. Ludwig Czelecz s'attend à un chiffre d'affaires prévisionnel de plusieurs dizaines de millions d'euros d'ici à trois ans.
Roquettes Frères, Lestrem, 8.000 salariés, CA 2013 : 3,4 Md€
Le géant de l'amidon Roquette a ouvert une filière micro-algues à l'industrialisation où il vise le leadership mondial avec la chlorelle. Sur le site de Lestrem, une unité de production produit des farines alimentaires à base d'algues. Un aliment prometteur du fait de ses vertus nutritionnelles importantes. Une unité de production a été inaugurée, en juillet 2014, sur son site de Lestrem pour la production de farines alimentaires à base d'algues. « Plusieurs dizaines de millions d'euros » auront été investies pour cette filière d'une première capacité de production de 4.000 à 5.000 tonnes par an. Le groupe Roquette Frères a par ailleurs développé une marque propre pour cette gamme d'ingrédients complémentaires : Algility.
Wear is my boat, Tourcoing, CA prévisionnel : 300.000 € en 2015 et 1 M€ dans 3 ans
Philippe Danckaert et Olivier Trentesaux, deux passionnés de nautisme, ont développé la première marque de vêtements en France qui permet de lutter contre le mal de mer. « Nos vêtements contiennent des particules qui captent les rayons infrarouges, les concentrent et les envoient sur le corps, ce qui provoque aussitôt une sensation de bien-être et une meilleure récupération à l'effort », expliquait Olivier Trentesaux, en octobre dernier, avant d'ajouter : « Nous avons eu l'idée d'utiliser une technologie qui avait déjà fait ses preuves dans d'autres secteurs pour la mettre au service de la navigation ». Les tissus utilisés sont français, allemands ou italiens. La conception est quant à elle portugaise ou à défaut, tunisienne.
Zetark, Coudekerque-Branche, 4 collaborateurs, CA : NC
La jeune société Zetark a attiré l'attention du géant IBM avec un cloud hybride écologique. Son gérant Maxime Aernout défend une technologie dont la vocation est de faire du stockage de données avec « une consommation énergétique 100 fois inférieure à celle des concurrents. C'est une technologie de placement qui nous permet de baisser la consommation énergétique inutile ». L'objectif est de devenir un acteur majeur de la construction de datacenters écologiques. Depuis ses locaux dunkerquois, Zetark entre dans une phase de développement national. « L'investissement est de l'ordre de 1,5 à 2 M€ pour chaque implantation », ajoute Cédric Depraetere, directeur commercial. « L'idée est d'installer un datacenter par région et par an. D'ici 2020, le maillage touchera l'ensemble du territoire français. »
Pariss Electric, Calais, 5 salariés, CA : NC
La société Pariss, dirigée par Damien Biro, développe des voitures électriques à prolongateur d'autonomie. Créée en 2012, elle est en train de lever 1 M€ via la plate-forme de crowdfunding Smartangels. « Les véhicules électriques se heurtent à un défi majeur : l'autonomie et le poids de la batterie. La société Pariss a su s'affranchir de ces contraintes en concevant un roadster (NDLR : une voiture hybride) électrique léger et efficace » précise son dirigeant. Après avoir présenté son prototype au Mondial de Paris en 2012, Pariss a noué des partenariats avec 13 industriels dont Pirus, Michelin, Welter Racing, « Bosch pour les organes électriques et PSA pour les organes mécaniques ».
Nenuphar Wind, Lille, 20 salariés, CA : NC
Spécialisée dans l'éolien vertical flottant, la société Nenuphar Wind est soutenue par Bpifrance et Areva qui ont acquis une part minoritaire du capital (11 %). Elle a réalisé une levée de fonds de 15 M€ pour accroître son positionnement sur les grands parcs éoliens flottants, en France et à l'étranger. Le FCPR Ecotechnologies, géré par Bpifrance, a apporté 5 des 15 M€ levés. Le concept d'éolienne à axe vertical développé par Nénuphar Wind utilise un flotteur peu volumineux, garant d'économies d'installations. « À l'avenir, l'éolien flottant permettra l'installation de champs marins par grandes profondeurs ? au-delà de 50 mètres ? où l'éolien posé n'est plus compétitif. Il ouvrira de nouveaux territoires aux projets en mer : la Méditerranée ou encore les zones éloignées des côtes en Mer du Nord, dans l'Atlantique et dans le Pacifique », s'accordent à dire les investisseurs.
Mäder, Lille, 850 salariés, CA 2012 : 190 M€
Le groupe fabricant de peinture Mäder a développé un procédé permettant de réduire de 20 % le poids d'une voiture, cause d'un quart de la consommation de carburant. La production des matériaux composites pourrait démarrer entre 2018 et 2020. En partenariat avec Faurecia, le groupe est capable d'utiliser une technique de photopolymérisation, un durcissement de la résine sous l'effet de la lumière. Selon cette technique, chaque pièce sera produite avec 5.000 fois moins d'énergie que la méthode traditionnelle et pour un coût moindre. D'autres applications sont envisagées dans le ferroviaire, l'aéronautique ou encore le BTP.
Les dirigeants du Nord - Pas-de-Calais sont nombreux à rivaliser de belles inventions. À l'image des multiples innovations technologiques qui ont fait l'actualité de 2014. Le Journal des entreprises a sélectionné dix entreprises régionales à suivre dans ce domaine.