Le plus gros investissement de son histoire. Lynred, le fabricant isérois de détecteurs infrarouges civils et militaires, leader européen et numéro 2 mondial sur son marché, vient d’engager 100 millions d’euros. Un investissement qui va permettre à l’ETI iséroise (200 M€ de CA ; 1 000 salariés), joint-venture détenue à parts égales par Safran et Thales, de doubler sa capacité de salles blanches et de répondre à la montée en charge de son carnet de commandes notamment dans le domaine de la Défense. Une contribution à l’effort de guerre, destiné à opérer ce que l’État a désigné sous l’appellation de "réarmement stratégique" de la France et de l’Europe. Un budget conséquent de 50,5 milliards d’euros pour 2025 qui suscite la convoitise des 800 entreprises d’Auvergne-Rhône-Alpes (21 000 emplois) actives dans ce secteur.
"Vous avez deux catégories d'entreprises. Celles qui sont déjà sur ce marché et qui veulent accélérer mais dont les capitaux propres sont insuffisants, et la trésorerie tendue. Elles ont besoin d'être recapitalisées pour investir. Et d'un autre côté des PME du nucléaire ou de l'auto qui veulent se diversifier", commente-t-il.
Même si dans un premier temps, ces fonds vont d’abord bénéficier aux 9 grands groupes de la Défense (Dassault, Thalès, KNDS, etc.) et si l’instabilité politique ralentit l’application de la LPM (Loi de Programmation Militaire) 2025-2030. "Il faut ensuite que ces fonds ruissellent dans toute la chaîne de valeur, notamment auprès des sous-traitants", ajoute Guillaume Verney-Carron, président du Cluster Eden Auvergne-Rhône-Alpes qui représente les PME et ETI de la Défense et de la Sécurité.
Des effets d’annonce qui tardent à se concrétiser
Les PME de la région (dont 200 adhèrent au Cluster Eden) sont également impatientes de bénéficier des moyens annoncés par la Région cet été, à savoir un fonds dont l’objectif est d’entrer au capital des entreprises pour les aider à développer des produits de Défense ou les accompagner pour se faire agréer. Et, un appel à projets élaboré en lien avec la DGA et l’Agence de l’innovation de Défense pour renforcer l’innovation dans la Défense et la Sécurité. Les deux dispositifs sont dotés de 100 millions d’euros, mais quand seront-ils débloqués ?
Les PME en ont pourtant besoin pour investir et financer leur besoin en fonds de roulement (BFR). Point positif, dans ce contexte de mobilisation au plus haut niveau de l’État pour la Défense, les banques semblent plutôt disposées à accompagner les entreprises du secteur notamment pour le financement de leur BFR. D’autant que les PME régionales sont soutenues par le cluster Eden : "en tant qu’interlocuteurs privilégiés de la DGA, nous demandons que les commandes soient enfin passées avec un point de vigilance sur les délais de paiement des grands groupes".