Exit le casse de Papa qui fleure bon le gasoil et la tôle broyée ! Au lieu de finir compressées comme jadis, les automobiles en fin de vie, font désormais leur dernier voyage dans des usines 4.0, assez similaires à celles qui les avaient vues naître, pour une soigneuse déconstruction cette fois-ci. Une mue qui transforme les acteurs du recyclage auto en industriels capables de valoriser des pièces de réemploi et d'accélérer dans le recyclage des matières qui seront utiles demain aux constructeurs.
Parmi eux, l’isérois Indra Automobile Recycling, (227 salariés, 74 M€ en 2023), nouvelle filiale de The Future Is Neutral (FIN), entité dédiée au recyclage de pièces automobile codétenue par Renault et Suez (voir encadré).
350 centres de déconstruction agréés
Bonne fée d’Indra, FIN devrait investir 200 millions d’euros d’ici 2030 pour l’acquisition de nouveaux centres de démantèlement et la montée en puissance de son réseau de 350 centres de déconstruction agréés. L’objectif : se positionner comme un acteur majeur du recyclage automobile en Europe.
À ce jour, Indra Automobile Recycling, dont le siège est implanté à Villefontaine dispose de trois sites de démantèlement en France, un à Vienne (Isère) et deux autres sites au nord de la Loire, respectivement à Auxerre (Yonne) et à Pruniers-en-Sologne (Loiret), et s'appuie sur un réseau de centres agrées qui exercent le même métier souvent à plus petite échelle.
"Un des gros enjeux pour les assureurs est de réduire la facture de réparation avec l'utilisation de pièces de réemploi, besoin auquel nous répondons"
"Nous travaillons avec deux grands donneurs d’ordres, d’une part les assureurs et leurs réseaux de garagistes agrées, et les constructeurs automobiles, de l’autre", explique Florence Bailleul, directrice générale d’Indra. Nous traitons les épaves des premiers et leur fournissons des pièces qualitatives pour la réparation. Un des gros enjeux pour les assureurs est de réduire la facture de réparation avec l’utilisation de pièces de réemploi, un besoin auquel nous répondons avec l’offre de The Remakers, producteur de pièces automobiles reconditionnées. Une entité également membre de The Future Is Neutral.
Nouveauté en vue, Indra se prépare à fournir aux seconds des matériaux recyclés issus de la filière auto, pour la fabrication de véhicules neufs. Car à compter de 2031, en vertu de la responsabilité élargie du producteur (REP) inscrite dans la loi Agec, les constructeurs automobiles devront incorporer dans leurs véhicules neufs des matières recyclées issues de la filière.
Changement de modèle
Pour comprendre la mue qu’est en train d’opérer Indra, revisitons son histoire depuis sa création en 1985. Sur un marché très fragmenté, celui des "casses auto", l’entreprise joue au départ un rôle d’intermédiation entre les centres de déconstruction automobile d’une part et les assureurs et quelques concessions automobiles, de l’autre. Aux "casses auto" qui la rémunèrent, elle apporte un service de gestion administrative des véhicules en fin de vie.
À partir des années 2010, le marché se professionnalise et se structure. Les centres de déconstruction commencent à ressembler à de mini-usines, plus efficaces et productives. C’est à cette période qu’Indra fait monter en puissance son site Re-Source de Romorantin (Loir-et-Cher), sa vitrine industrielle capable de traiter près de 5 000 véhicules par an. Et que les premières pièces de réemploi pour la réparation sont commercialisées sur le site maison d’e-commerce dénommé Précis, un outil qu’elle s’apprête à moderniser.
Déconstruction plus fine
Pour se positionner comme un acteur clé de la filière automobile, aux côtés de Valorauto (Stellantis), Trace Auto et GPA notamment, le recycleur auto doit à la fois étoffer son réseau de centres et renforcer son outil d’industriel. " Nous devons aller plus loin dans les process de déconstruction afin d’extraire plus de matière et des composants propres au réemploi ", poursuit-elle. Plus loin et plus vite aussi.
Avec l’enjeu de "sortir de la pièce" pour suivre l’augmentation de la demande en pièces de réemploi pour la réparation, dont la part devrait doubler d’ici 2030 pour atteindre 10 % à cette échéance. Et l'enjeu de "sortir de la matière" pour alimenter la boucle circulaire. Une tâche complexe, qui suppose de lourds investissements en R & D pour dissocier et traiter des polymères très divers de l’acier, des pots catalytiques, du cuivre et autres métaux, etc.. Ce travail sera fait en mode collaboratif avec les équipementiers pour les spécifications des nouveaux matériaux.
Industrialiser la déconstruction
En amont, ce sont les centres qu’il s’agit de faire monter en compétence afin de les faire progresser en taux de réutilisation et valorisation de la masse d’un véhicule. "Nous proposons des services d’ingénierie aux centres du réseau pour améliorer leurs process", déclare Florence Bailleul. Ces ingénieurs spécialistes de la recyclabilité des matériaux travaillent également avec les équipementiers comme Saint-Gobain ou des industriels de l’aluminium.
"Les centres réussissent à extraire un nombre croissant de pièces sur le véhicule", poursuit-elle. Mais il existe encore une marge de progression notamment pour récupérer davantage de cuivre dans les tableaux de bord. Une tâche délicate si l’on veut aussi préserver les capteurs, d'autres composants pour le réemploi.
Capter plus de véhicules
Pour alimenter la machine de valorisation, Indra Automobile Recycling, va poursuivre l’élargissement de son réseau, qui comprend donc 350 centres VHU (Véhicules Hors d’Usage) et surtout renforcer ses propres activités par intégration de sites de déconstruction.
"Nous allons acquérir ou transformer des centres pour traiter 150 000 véhicules par an en 2030 "
"Nous avons une problématique de réseau dans notre activité, nous devons capter un volume croissant de véhicules pour les intégrer à la boucle circulaire", explique-t-elle. Aujourd’hui, 350 centres traitent 120 000 véhicules par an. "Nous allons acquérir ou transformer environ 30 centres pour nous donner la capacité de traiter 150 000 véhicules par an en 2030 ", poursuit la directrice générale d’Indra. Pour l’occasion, la PME iséroise fera ses premiers pas à l’international avec des projets de rachats de sites en Italie, en Espagne et au Royaume-Uni.
Seule ombre au tableau, qui rend la marche plus haute à monter pour le recycleur, la récession qui touche l’industrie automobile diminue de facto le nombre de véhicules entrants dans la boucle, … ainsi que les moyens des constructeurs pour investir dans la filière de recyclage.