Dans une entreprise, la démarche d'éco-conception est aujourd'hui lancée dans plus de 70% des cas par la direction en personne, alors guidée davantage par des convictions personnelles que par des considérations économiques ou réglementaires. Ce fait, établi par une étude menée en 2008 par des organismes français et québécois, ne doit absolument pas laisser penser que la réflexion liée à l'éco-conception doit impliquer un nombre limité d'intervenants dans l'entreprise. Au contraire, il convient absolument de jouer la carte du collectif afin de se donner les meilleures chances de succès, comme le confirment les témoins interrogés dans le cadre de notre enquête. Tous préconisent ainsi la mise en place d'équipes projet. Si l'implication des services de R&D (choix de matières moins polluantes), de logistique (optimisation des transports afin de limiter les besoins en énergie et l'émission de CO2), des acheteurs (sourcing optimisé et moins propice à l'effet de serre) sont évidentes, il convient également d'associer au processus les équipes marketing. «Eco-concevoir est louable, mais la démarche n'est réussie que si elle débouche sur un produit qui se vend, rappelle Myriam Puaut, spécialiste de la consommation durable à l'Ademe. L'apport du marketing permet de connaître les attentes du consommateur, et de savoir à quel argument il sera réellement sensible en fonction du produit conçu: réduction de la consommation d'énergie, diminution du CO2. De ces éléments dépendent grandement les choix stratégiques qui sont effectués suite à l'analyse du cycle de vie d'un produit, et dès lors la définition des impacts environnementaux qu'une entreprise devra réduire». La connaissance du comportement du consommateur permet également d'éviter de «fausses bonnes idées». Ainsi, concevoir un produit durable, pouvant être utilisé régulièrement pendant cinq ans, alors que la mode pousse les consommateurs à en changer tous les deux ans, débouche sur un processus de production dont les tenants environnementaux ne sont pas adaptés à la réalité du marché.
Unir et former
Jouer collectif est donc un pré-requis. Mais il convient également de faire en sorte d'assurer l'adhésion à l'initiative d'éco-conception. «Il faut absolument impliquer. Un des meilleurs moyens de le faire est de lancer une formation en amont de la démarche. Cela permet de sensibiliser l'équipe projet aux enjeux de l'éco-conception, de donner à chacun de ses membres un vocabulaire commun, qui permettra d'aller plus vite. Mais cela contribue aussi à lever beaucoup d'inquiétudes liées à la remise à plat des processus de production traditionnels», commente Guillaume Jouanne, du cabinet de conseil en éco-conception Evéa Conseil. Les formations dispensées en la matière étant très variées (intra-entreprise, inter-entreprises, déclinées par des acteurs publics ou privées), il est recommandé de s'adresser à l'Ademe qui pourra ensuite vous réorienter vers les interlocuteurs les plus adaptés à vos problématiques.
Une démarche d'éco-conception réussie passe par un choix sélectif du ou des impacts environnementaux que l'on souhaite réduire. Pour assurer un ciblage pertinent de ces derniers, il convient d'impliquer tous les services d'une entreprise.