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"Il faut que les entreprises de notre région recrutent les élèves de nos écoles"
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Carole Deumié présidente de l’association des Grandes Écoles région Sud "Il faut que les entreprises de notre région recrutent les élèves de nos écoles"

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Attirer les jeunes talents et les garder sur le territoire. C’est à cette problématique que s’est confrontée l’association des Grandes Écoles région Sud, lors d’un colloque associant établissements, entreprises et étudiants. Présidente de cette structure regroupant 20 écoles et directrice de Centrale Méditerranée, Carole Deumié revient sur les enseignements tirés.

Carole Dieumé, présidente de l’association des Grandes Écoles région Sud — Photo : DR

L'association des Grandes Écoles région Sud a organisé un colloque sur l'attractivité du territoire auprès des jeunes. Quel était votre constat de départ, qui vous a poussés à retenir cette thématique ?

Du côté des entreprises, la région se développe, en particulier la filière ingénierie que je connais bien. Il y a un besoin de recruter massivement. Les entreprises comme les collectivités nous demandent de former davantage d’étudiants. C’est pour cette raison que Centrale Méditerranée a ouvert une antenne à Nice, pour doubler ses effectifs, et qu'elle développe le bachelor, jusqu’au doctorat. Mais il n’y a pas que les écoles d’ingénieurs dans notre association, elles représentent 11 membres sur 20.

Le besoin de cadres formés est-il comparable dans toutes les filières ?

De façon globale, il y a besoin de cadres, notamment dans les métiers techniques, mais il est moins évident d’identifier ces derniers. Il y a aussi besoin d’associer des compétences pour pouvoir répondre aux enjeux industriels et sociétaux. Les entreprises recherchent des profils de managers capables de poser les problèmes.

Comment entendez-vous répondre à ces besoins ?

Nous avons des écoles qui sont des marques, nous avons intérêt à les développer. Nous devons créer une offre de formation qualitative, adaptée aux besoins et attractive pour les jeunes. Ce qui implique aussi de leur proposer un environnement agréable, des partenariats avec des entreprises, des aides pour étudier… En ingénierie par exemple, on a 6 000 élèves dans la région. Il faut aller les chercher et éviter que les talents de notre territoire aillent faire leurs études ailleurs ou partent travailler ailleurs. Il faut parvenir à les fixer. Actuellement 5 % de nos étudiants sont recrutés localement et 25 % sont placés en région Paca. Ce qui est important, c’est que les entreprises de notre région recrutent les élèves de nos écoles.

Faut-il encore resserrer les liens entre écoles et entreprises ?

À travers l’apprentissage, les partenariats avec les entreprises, on peut faciliter l'insertion professionnelle des diplômés et les pousser à rester dans la région. Nous devons faire équipe avec les entreprises. Nous avons de plus en plus conscience qu’il faut que l’on se renforce les uns les autres. On ne va pas forcément augmenter le nombre de partenariats mais davantage se poser la question "comment faire face aux besoins ?" Donner plus de sens à ces partenariats.

L’école peut aussi favoriser les relations entre les entreprises et les élèves, en organisant des forums et en incitant les étudiants à innover, à oser se lancer dans l’entrepreneuriat, en offrant des parcours entrepreneuriaux sans se substituer aux structures d’incubation. Ce n’est pas dans notre culture.

Qu’en disent les élèves ? Qu’est-ce qui les inciterait à être plus nombreux à rester dans la région ?

On leur a demandé lors de ce forum ce qui rendrait les emplois du territoire plus attractifs et la qualité de vie est ressortie très clairement : la recherche d’un équilibre entre vie personnelle et vie professionnelle, qui exclut par exemple des temps de transport trop longs ou un logement trop éloigné du lieu de travail et valorise au contraire un bon accès à la santé. Ils sont très pragmatiques. Ils disent avoir besoin de travailler de façon qualitative pour vivre de façon équilibrée et ont surtout parlé du territoire, pas des entreprises.

L’aménagement du territoire, la qualité de l’accueil dans la région, dépendent des collectivités, pas des écoles…

Effectivement. Mais on peut aller chercher les étudiants, développer des viviers avec les entreprises. On recrute souvent après les voies préparatoires post-bac, mais il faut aussi aller susciter les vocations dès le collège et le lycée pour encourager les jeunes à s’engager dans ces filières. Aller chercher les filles notamment pour les amener vers les filières industrielles, techniques. Les emplois et les entreprises existent, ils trouveront de quoi s’épanouir.

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