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"Il faut prendre le sujet de l’échec entrepreneurial à bras-le-corps"
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Anthony Streicher président de l’association GSC "Il faut prendre le sujet de l’échec entrepreneurial à bras-le-corps"

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Près de 30 000 dirigeants ont perdu leur emploi au 1er semestre 2024, selon l’observatoire de l’emploi des entrepreneurs publié par le groupe Altares et l’association GSC. Pour Anthony Streicher, président de l’association, les dirigeants doivent pouvoir se protéger contre le chômage et être sensibilisés au risque entrepreneurial.

Anthony Streicher, président de l’association GSC — Photo : DR

L’association GSC et le groupe Altares publient une nouvelle édition de l’observatoire de l’emploi des entrepreneurs. Près de 30 000 dirigeants ont perdu leur emploi au premier semestre 2024, soit une hausse de 18,4 % sur un an. Quelle analyse faites-vous de la situation ?

Aujourd’hui, le tissu économique des entrepreneurs, qui sont les créateurs de valeur et de richesse en France, est dans une situation complexe. Il serait temps qu’on s’y attarde et qu’on s’en occupe. C’est pour parler de ceux dont on ne parle jamais que nous avons créé ce baromètre. Souvent, on parle entrepreneuriat mais, dès que le navire chavire, c’est comme si on n’existait plus.

Face aux résultats du premier semestre 2024, avec près de 30 000 dirigeants qui ont cessé leur activité, nous avons souhaité interpeller l’opinion. La situation était pourtant prévisible mais elle ne demeure pas moins inédite. Nous faisons face à une crise dans la crise, et on dépasse les chiffres de 2016.

"Se protéger ne signifie pas que leur idée de business est mauvaise"

En cas de perte d’emploi, contrairement aux salariés, les entrepreneurs n’ont pas le droit à l’Assurance chômage. L’entrepreneuriat, c’est génial mais c’est aussi dangereux. Tomber n’est pas quelque chose de mal car la réussite passe aussi par l’échec. Mais les dirigeants d’entreprise doivent savoir que des solutions de protection existent et peuvent les aider en cas d’échec. Il faut prendre ce sujet de l’échec entrepreneurial à bras-le-corps.

Quelles solutions peuvent être mises en place pour ces dirigeants en situation d’échec ?

Il possible de se protéger en souscrivant un contrat auprès d’une assurance privée. Une assurance perte d’emploi permet de percevoir un revenu en cas de perte du statut de chef d’entreprise ou du mandat social. Se protéger ne signifie pas que l'idée de business de l'entrepreneur est mauvaise mais que des éléments extérieurs peuvent vous mettre à terre.

Les entrepreneurs ne sont pas suffisamment sensibilisés à cette problématique. Facilitons l’accès à l’information pour ces hommes et femmes chefs d’entreprise. Pour cela, il faut une coordination par département, à l’échelle locale, avec les référents économiques des préfectures.

Nous parlons des entrepreneurs du quotidien, la moyenne d’âge des dirigeants ayant perdu leur emploi est de 46 ans. Ils ont 3 salariés et réalisent moins de 500 000 de chiffre d’affaires. Ils sont du matin au soir dans leur entreprise, cherchent à développer leur business, gèrent les RH, les fichiers Cerfa…

Dans ce contexte, quel est le rôle de l’association GSC ?

L’association GSC a été créée par les chefs d’entreprise et par les organisations patronales (Medef, CPME et U2P) il y a 45 ans. L’idée était de proposer une solution aux chefs d’entreprise qui n’ont pas le droit à l’Assurance chômage. L’association propose des produits assurantiels autour de plusieurs assureurs qui prennent en compte les spécificités des chefs d’entreprise.

L’ADN de l’association est de promouvoir l’entrepreneuriat et de sensibiliser sur le risque entrepreneurial. Tout le monde peut devenir chef d’entreprise mais tout le monde ne doit pas le devenir, il faut arrêter les discours enthousiastes à l’excès car 4 entreprises sur 10 ne passent pas la barre des 5 ans selon l’Insee. Jusque-là, 50 000 entrepreneurs perdaient leur activité tous les ans en passant par le tribunal, en 2024 nous risquons d’atteindre les 60 000. Et cela ne va pas diminuer en 2025.

Pourtant certains signaux macroéconomiques sont positifs, avec le climat des affaires qui repart et la croissance qui redémarre lentement. Les entreprises n’en bénéficient pas ?

Allez interroger les 8 000 chefs d’entreprise de la construction qui sont tombés au premier semestre. La situation est inédite dans ce secteur mais était courue d’avance. L’arrêt des permis de construire (en baisse de 25 % sur un an, NDLR) a provoqué un effet domino.

"Au global, il n’y a pas de territoire ou de secteur dans le vert"

L’inflation, l’augmentation des taux, des prix des matières premières, la disponibilité des produits n’étaient pas prévues. Les économistes pensaient que la rénovation du bâtiment allait compenser la baisse de la construction mais ce n’est pas le cas. Dans d’autres secteurs, on voit que la restauration traditionnelle résiste mais la restauration rapide chute. Au global, il n’y a pas de territoire ou de secteur dans le vert.

Que deviennent les dirigeants confrontés à la cessation de leur activité ?

Quand ils sortent du tribunal de commerce, c’est une course au temps pour trouver un revenu le plus vite possible, tout en faisant le deuil de leur entreprise. Quand on fait aussi un prêt pour son entreprise, on est caution personnelle, il faut donc le rembourser. Le risque de dépression est important et des associations comme l’Apesa (Aide Psychologique aux Entrepreneurs en Souffrance aiguë) peuvent répondre à cette détresse. Pour les dirigeants qui ont une assurance, 30 % d’entre eux rebondissent dans l’année. Car souvent, les entrepreneurs veulent recommencer.

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