Les bâtiments de l’usine Huawei à Brumath-Bernolsheim sont achevés, mais la mise en service de cette première implantation européenne du géant chinois, dédiée aux antennes de télécommunications, est en suspens. Selon plusieurs sources citées par ICI Alsace, la production, initialement prévue pour début 2026, pourrait ne pas démarrer et le site serait déjà en vente, d’après nos informations qui corroborent celles des Dernières Nouvelles d’Alsace.
Ce complexe de grande envergure, situé dans l’agglomération de Haguenau, au nord de Strasbourg, avait été retenu par Huawei en décembre 2020 parmi une cinquantaine de sites proposés par Business France, en raison de sa localisation et de son environnement industriel.
Un projet pour 300 emplois sur site
Réalisée par Bouygues Construction, l’usine représente un investissement de plus de 200 millions d’euros et la création de 300 emplois (pour 500 annoncés initialement). Mais le constat d’un site inoccupé alimente les hypothèses sur le maintien du projet. D’autant que certaines entreprises, intéressées par cette infrastructure, effectueraient déjà des visites en vue d’acquérir les murs pour un montant estimé à 80 millions d’euros. Toujours est-il que les contacts avec Huawei ont été rompus, l’été dernier, avec les institutions locales même si un report de la production à 2027 avait un temps été évoqué.
Absence de communication du côté de Huawei
D’après une autre source impliquée dans le dossier, il est actuellement "compliqué d’avoir des confirmations sur l’arrêt du projet, même s’il y a un faisceau d’indices" laissant présager cette issue. Une autre voix précise, qu’en mai 2025, "les dirigeants chinois faisaient la gueule" après une première visite de chantier. Des premiers recrutements ont tout de même eu lieu dans l’attente des équipements initialement prévus pour cette fin d’année. Mais du côté de Huawei, il n’y a depuis plus de son ni d’image.
Du côté des élus locaux, la prudence reste de mise. Claude Sturni, maire de Haguenau et vice-président de la Région Grand Est en charge du développement économique, a indiqué dans les DNA que "rien n’est décidé, mais nous suivons ce dossier de près". Huawei n’a, de son côté, pas répondu à nos sollicitations.
Le changement de paradigme européen en cause ?
Le projet a également été marqué par des polémiques locales. Certains opposants, dont la maire de Strasbourg Jeanne Barseghian, ont pointé la proximité de l’usine avec des sites de renseignement de l’Armée de Terre à Haguenau. Des soupçons de corruption entourant le groupe ont été évoqués au Parlement européen, et des enquêtes sont en cours dans le Grand Est concernant des liens financiers possibles avec une ancienne élue. La subvention régionale prévue de 800 000 euros n’a jamais été versée, la Région Grand Est indiquant que la collaboration avec Huawei est désormais "caduque", faute — notamment — de respect des délais initialement convenus. Elle ajoute également ne "pas avoir d’informations à transmettre pour le moment". D’après nos informations, des aides régionales liées à la formation du personnel étaient néanmoins prévues.
Il faut aussi préciser que le contexte européen est devenu moins favorable à Huawei. La mise en œuvre de la 5G progresse lentement sur le continent et plusieurs pays, dont l’Allemagne, le Royaume-Uni et la Suède, ont interdit l’utilisation d’antennes Huawei. En France, la loi de 2019 encadre fortement l’exploitation des équipements de ce type, sans nommer le groupe directement. Selon ICI Alsace, les parts de marché de Huawei en Europe se seraient réduites de 20 à 13 %, reflétant un marché plus concurrentiel et réglementé. Preuve de la lente descente du groupe chinois en France : son chiffre d’affaires a été divisé par deux entre 2019 et 2024, passant de 1,4 milliard à 693 millions d’euros.