Numériser la préparation des blocs opératoires dans les établissements hospitaliers, voici l’objectif de la start-up bretillienne Hopinnov. Si le sujet surprend, à l’heure où l’on pense que tout est déjà numérisé, il est pourtant un véritable enjeu pour les salles d’opération. "Pour préparer le matériel lors d’une opération, en fonction du protocole de chaque chirurgien et de chaque type d’intervention, les infirmières ont des fiches manuscrites ou imprimées à l’ordinateur, plus ou moins raturées, qu’elles doivent encore trouver dans des classeurs en papier", décrit Gaël Le Bohec. Il est le fondateur et directeur général d’Hopinnov, SAS au capital de 100 000 euros, qu’il a lancée en mars 2022.
Mini "spin-off" d’Optilog Santé
Sa start-up, basée à Chartres-de-Bretagne près de Rennes, est une sorte de "mini-spin-off" de son autre société qu’il dirige depuis 2015, Optilog Santé. C’est d’ailleurs en travaillant avec les clients de celle-ci, des établissements hospitaliers, que le Rennais a décidé de créer Hopinnov. Optilog Santé améliore, optimise et automatise les flux de stocks au sein de 150 établissements de santé. "J’ai vu des blocs opératoires et compris que c’était pire que le reste, se souvient Gaël Le Bohec. Le personnel, infirmiers et pharmaciens par exemple, n’est pas formé à la logistique et pâtit d’un manque d’outils. Les préparations d’interventions ne sont pas conformes une fois sur trois. Il faut alors chercher l’élément manquant dans l’urgence, ce qui fait perdre du temps, de l’efficacité et augmente les risques. C’est épuisant pour les soignants."
Un outil collaboratif
Il décide alors de créer un outil qui permet de numériser chaque protocole, sorte de classeur digital. Il s’associe pour cela à Sébastien Valentini, aujourd’hui président d’Hopinnov, qui emploie 4 personnes fin 2024. Ce protocole opératoire collaboratif permet de trouver la liste du matériel nécessaire à chaque intervention et son emplacement dans le stock. "Certaines personnes peuvent avoir un droit de modification pour le tenir à jour, précise Gaël Le Bohec. On peut aussi ajouter des photos et vidéos, pour expliquer le montage spécifique d’un matériel compliqué aux nouveaux soignants par exemple." L’outil est interfacé avec les autres logiciels de l’établissement. Cela permet de déléguer des préparations de blocs à des aides soignants par exemple, qui peuvent cocher et valider un "panier". "Nos premiers clients ont mesuré que la conformité des préparations est passée de 60 % à 90 %. Économiquement et écologiquement, puisqu’il y a moins de perte et une visibilité en temps réel, ils disent réduire leur consommation de dispositifs médicaux de 5 à 10 %", indique Gaël Le Bohec.
1 000 cibles en France
Parmi ses premiers clients figurent des cliniques bretonnes (CMBO à Quimper, La Sagesse à Rennes, Polyclinique du Trégor à Lannion…). De huit établissements cette année (avec en moyenne 8 salles d’opération par site), Hopinnov espère atteindre la cinquantaine de clinique ou hôpitaux équipés d’ici quatre ou cinq ans. "Nous avons des discussions avec l’APHP (Paris) et d’autres établissements à Lyon, en Bretagne et Pays de la Loire", confie le dirigeant. Déjà rentable, Hopinnov réalise 200 000 euros de chiffre d’affaires en 2024 et son marché potentiel est de plus de mille établissements en France.