Hewlett Packard : Que sont devenus les «ex-HP» ?
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Hewlett Packard : Que sont devenus les «ex-HP» ?

En dix ans, le fabricant de PC a perdu plus d'un millier d'emplois sur ses sites isérois. Plus de 55% des volontaires aux différents plans de sauvegarde de l'emploi ont fait le choix de la création ou de la reprise d'entreprise.

Quel rapport entre la boulangerie "Le monde des pains" au Versoud, les guitares Jean-François Bertin à Échirolles, la salle de sport pour enfants "My gym" à Saint-Martin-d'Hères, la blanchisserie bio Edelweiss et l'ébénisterie Deléan à Champagnier? Qu'ont en commun les repreneurs du magasin Arts ménagers center à Grenoble et les créateurs de Domilico à Montbonnot-Saint-Martin? Tous sont passés par la case Hewlett Packard (HP). Ils étaient ingénieurs, responsables d'activité chez le fabricant de PC qui dispose de deux sites en Isère, à Eybens et à l'Isle-d'Abeau. En 2001, 2003, 2006 et 2010, le géant mondial a procédé à quatre plans de sauvegarde de l'emploi, libérant environ 1.500 de ses collaborateurs, dont un millier en Isère. Que sont-ils devenus? Où sont passés les fameux "package"?




Aventure solitaire

Ce qui surprend avant tout, c'est que plus de 50% de ces volontaires ont créé ou repris une entreprise, dans des secteurs souvent éloignés de l'informatique. Il y a les solitaires de la première heure, comme Vincent Gachet, le fondateur de la brasserie artisanale du Dauphiné. «J'avais deux motivations: l'entrepreneuriat et la bière.» Après treizeans passés chez HP, il avait le sentiment qu'il ne progresserait plus. C'est à ce moment-là qu'est arrivé le premier PSE. «J'étais prêt» Un package d'une centaine de milliers d'euros (ils ont pu atteindre quatre fois plus), lui permet d'emprunter pour constituer le capital de départ. Il trouve un appui à travers le Réseau entreprendre Isère. «Une des raisons pour lesquelles l'entreprise dure c'est que ce n'était pas une chose improvisée.» Dix ans après, il réalise 500.000€ de chiffre d'affaires. Ce qu'il doit à HP? Le management du système de la qualité, indispensable en agroalimentaire. Comme beaucoup de créateurs issus d'HP, il reconnaît que son arrogance d'ingénieur et la certitude de connaître sa clientèle l'ont peut-être fait passer à côté de son marché dans les premières années.




Un réseau

Avec dix années d'écart, Daniel Mathieu s'est aussi lancé dans les vins et spiritueux en ouvrant la franchise Cavavin à Saint-Martin-d'Hères. «C'est une idée qui m'est venue sur le tard», reconnaît cet ex-haut responsable. C'est en créant une Business Unit chez HP qu'il a attrapé le virus de la création. Il ajoute: «J'ai vu passer les plans sociaux, j'ai vu les meilleurs partir, j'en ai retenu que pour pouvoir prendre une décision comme cela, il fallait la préparer en amont.» Et puis, il ne se reconnaissait plus dans les valeurs d'HP. Comme à chaque PSE, les conditions de départ étaient optimales. L'entreprise a financé sa formation en oenologie et il est parti avec trois ans de salaire. Le salaire net moyen des cadres - hors cadres dirigeants - était estimé en 2008 à 5.910€ par mois. Daniel Mathieu a aussi bénéficié du dispositif d'aide à la création d'entreprise. Son commerce débute doucement, mais il peut compter sur le réseau des anciens d'HP qui se retrouvent régulièrement pour une dégustation à la Cavavin. Alain Thibault fait partie de ces anciens d'HP fidèles au réseau. Bien avant l'annonce du PSE de 2006, il avait déjà son plan. Ce cadre, prof de sport diplômé de Sup de co Paris est un compétiteur habitué à mener plusieurs projets de front.




Un plan bien préparé

Mais celui du Carré des sports à Seyssins, il le nourrissait depuis longtemps. Il a attendu l'âge de 50 ans pour partir dans les meilleures conditions. Son concept: un club de vie pour les cadres de l'agglomération grenobloise. «C'est un produit très répandu en Europe du Nord», explique-t-il. Audacieux, il a recruté neuf personnes et compte sur le développement de son club affaires pour faire tourner le Carré. Celui qui se définit comme "un chef de commando" réalise son rêve de créer des emplois en France à travers une activité locale. C'est en ZFU que l'éditeur de logiciels Coservit a réussi à créer vingt emplois depuis 2006. «Dès le départ, nous avions la volonté de construire un projet ambitieux. À quatre, c'était moins risqué», explique Jean-Luc Le Colleter, cofondateur de la société avec François Matéo, Bruno Richoux et Laurent Daubin. Accompagnés par le cabinet Altédia pendant un an, ils ont externalisé un projet HP existant. «Nous n'avons pas découvert un nouvel environnement», poursuit le cofondateur. Chacun des quatre a mis une partie de son package dans l'entreprise, qui réalise aujourd'hui 1,3M€ de chiffre d'affaires. Des doutes, ils en ont eu, «surtout lorsqu'on vient d'un milieu protégé comme celui d'HP. Mais nous sommes partis avec un bagage opérationnel essentiel et une carte de visite HP.» Comme tous les autres créateurs, Jean-Luc Lecolleter n'a aucun regret et reconnaît la qualité de l'accompagnement des PSE. «HP reste une société exceptionnelle qui nous a permis de faire ce projet-là».

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