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Hemarina : La start-up monte en puissance
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Hemarina : La start-up monte en puissance

La start-up morlaisienne a levé 6,3 millions d'euros et compte embaucher dix personnes. Hemarina a été créé en mars 2007 par Franck Zal, ex-chercheur du CNRS qui a mis au point un substitut sanguin. L'augmentation en capital va lui permettre d'accélerer la phase d'industrialisation.

Franck Zal, fondateur d'Hemarina — Photo : Isabelle Jaffré

Ce sera sans doute une des plus importantes levées de fond de l'année dans le Finistère, sinon la plus importante. Franck Zal, directeur général et fondateur d'Hemarina, une start-up morlaisienne spécialisée dans les biosciences, a annoncé le 10juillet qu'il venait de boucler son troisième tour de table depuis la création de son entreprise en 2007. Résultat: 6,3 millions d'euros récoltés. Il n'avait réuni au cours des deux précédentes "que" 850 000 euros en 2008 et 3 millions d'euros en 2010. 10millions d'euros au total apportés par des fonds spécialisés comme Inserm Transfert Initiative, des investisseurs bretons comme les Finistère Angels, Armor Angels, et Arkéa Capital Investissement ou parisien (XMP, Paris Business Angels). Pour ce dernier tour de table, un nouvel investisseur est entré dans la partie: Maurice Lesaffre, riche industriel lillois, qui a investi pas moins de 4 millions d'euros, en tant que représentant du fonds privé familial. Au total, Hemarina a reçu le soutien financier d'une centaine d'investisseurs depuis sa création en 2007.

Dix embauches prévues

L'ambition de Franck Zal ? «Mettre en place un réel process industriel pour développer nos produits». Aujourd'hui, la petite start-up emploie 14 personnes à Morlaix qui développent des applications pharmaceutiques ou médicamenteuses à partir d'une molécule extraite d'un ver marin, l'arénicole, qui permet de transporter l'oxygène et est un substitut du globule rouge. «Avec seulement 14 salariés, nous sommes obligés de sous-traiter toute la chaîne, de l'extraction de la molécule à la production», explique Franck Zal. À terme, son but est de réintégrer l'ensemble de cette chaîne. «Grâce à la levée de fonds, nous allons pouvoir embaucher dix personnes supplémentaires», ajoute le directeur général. Il a déjà lancé la procédure de recrutement auprès d'un cabinet quimpérois. Cette perspective contraint Hemarina, actuellement hébergée dans la pépinière d'entreprise de Morlaix Communauté, à prévoir un déménagement. L'autre objectif de ce docteur en biologie est de se rapprocher de son principal partenaire, l'US Navy à Boston. Depuis la signature d'un partenariat en 2010, Hemarina met au point avec la Marine américaine son substitut sanguin sous la forme d'un «transporteur d'oxygène universel» permettant d'accélérer la résorption d'une hémorragie après un choc traumatique (une explosion par exemple). Franck Zal envisage de créer une filiale à Boston grâce aux fonds levés.

« Résultats impressionnants »

Il suffit parfois de baisser la tête pour ramasser une pépite. C'est ce qui est arrivé au docteur en biologie: l'arénicole, le ver marin dont il extrait sa molécule magique, se niche dans le sable, à 30cm de profondeur. On le repère grâce à au tortillon d'excréments qu'il laisse derrière lui. C'est au cours de ses recherches au CNRS à Roscoff, qu'il découvre qu'une molécule qui compose le sang de ce petit invertébré a les mêmes propriétés que le globule rouge humain et surtout peut être transfusée sans causer de dommages. « On a fait l'essai sur les souris, se souvient le chercheur, et les résultats étaient impressionnants: on a remplacé l'intégralité du sang de la souris par le substitut, et il n'y a eu aucun rejet. » En 2007, il décide de créer sa propre société pour développer les multiples applications possibles de cette molécule, et utilise les brevets qu'il a déposés sous le nom du CNRS - il lui reverse depuis des royalties.

Aujourd'hui, le développement de l'entreprise repose sur quatre axes stratégiques. D'une part, la mise au point du substitut sanguin, véritable « quête du Graal » insiste Patrick Franchet, membre des Finistère Angels et du conseil d'administration d'Hemarina (voir l'interview ci-dessous). « C'est ce qui demande le plus de temps et d'argent », ajoute-t-il. C'est aussi le produit qui laisse entrevoir les plus belles perspectives. L'autre axe est le développement d'un produit permettant d'améliorer les conditions de transport d'organes transplantés. Hemarina vient de passer les essais cliniques pour ce produit et espère pouvoir le commercialiser d'ici 2014. L'entreprise morlaisienne travaille également à l'élaboration d'un pansement pouvant soigner les blessures liées au diabète sur les membres inférieurs. Reste encore à passer les essais cliniques pour espérer être commercialisé. Enfin, la molécule extraite de l'arénicole permet d'accélérer la production de cellules, grâce à ses propriétés de transporteurs d'oxygène. Cette capacité intéresse grandement les laboratoires pharmaceutiques qui ont besoin de cellules pour tester et développer médicaments et vaccins. La molécule de Franck Zal est capable de multiplier par quatre le rendement d'un bio-réacteur, où sont cultivées ces cellules. L'entreprise espère ensuite vendre non pas un produit mais un process industriel et négocie en ce moment avec les industries pharmaceutiques.

Chiffre d'affaires dérisoire

Entre l'obtention des brevets, les essais cliniques ou les autorisations de mise sur le marché, il faut environ dix ans à une entreprise de l'industrie pharmaceutique pour dégager du chiffre d'affaires. Résultat: Hemarina a réalisé en 2011 des recettes dérisoires. Son chiffre d'affaires se situe entre 30 et 40 000 euros. Pour accélérer son développement, la petite start-up a choisi de miser sur les partenariats, comme avec la Navy, qui permettent de co-développer des applications ou des produits à partir de la molécule de Franck Zal. Il refuse pour l'instant de se faire racheter par un laboratoire pharmaceutique. Bien que natif de la région parisienne, il s'est attaché à la région. Il a d'ailleurs créé le réseau Bretagne Biosciences, qui regroupe une quinzaine d'entreprises de la filière basées dans la région.

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