Haropa : L'ensemble progresse sur fond de disparités

Haropa : L'ensemble progresse sur fond de disparités

portuaire L'ensemble portuaire Haropa a traité 90,4 Mt de fret maritime en 2013, affichant ainsi une croissance de 6 %, ce qui le place au cinquième rang des ports du range Nord.

Les « Haropiens » peuvent se targuer d'avoir regagné des parts de marché perdues lors de la douloureuse saison 2 de la réforme portuaire. Patron du Grand Port Maritime du Havre, Hervé Martel qui vient de prendre la présidence d'Haropa pour une année était donc plutôt à l'aise le 23 janvier pour commenter le résultat globalement positif du GIE qui permet à ses participants « d'aborder 2014 forts d'une confiance raisonnée dans leur capacité commerciale, logistique et de soutien à l'industrie ». Le matin même, il avait signé une Convention de partenariat avec Ports Normands Associés, entité regroupant les ports de Caen-Ouistreham et Cherbourg désormais labellisés. Dieppe et le Tréport compléteront bientôt cette vaste toile portuaire. Côté résultats, plusieurs trafics ont connu une évolution satisfaisante en 2013 dans la sphère Haropa. On note ainsi 7,35 Mt de céréales expédiées via les silos rouennais (+ 35 %) et un retour à 2 Mt de charbons (+ 26 %). Le transmanche (+ 25 % de passagers) avec la ligne saisonnière de Brittany Ferries venue compléter l'offre DFDS au Havre a participé au rebond spectaculaire de ce marché.




Montée en puissance de Port 2000

Le flux des conteneurs maritimes atteint 25,6 Mt (+ 8 %) soit près de 2,6 millions d'Evp (équivalent vingt pieds). Près de 2,5 millions de boîtes ont été manutentionnées au Havre (+ 9 %) et 103.000 à Rouen (- 19 %) où la place portuaire se bat bec et ongles pour conserver les escales des navires mères sur l'Afrique de l'Ouest comme sur toutes ses lignes. La performance havraise symbolise la montée en puissance de Port 2000 (10 postes à quai). Elle apparaît largement portée par les transbordements qui ont compté pour 640.000 Evp (+ 46 %) essentiellement induits par les armements MSC et CMA-CGM. Moins génératrice de valeur que la desserte de l'hinterland, cette fonction qui contribue à la productivité des escales s'avère vitale pour les grands établissements de la rangée Nord Europe. Après la montée en taille des navires qu'ils ont parfaitement absorbée, l'attention des portuaires Havrais qui accueillent annuellement 300 porte-conteneurs de plus de 10.000 Evp se focalise sur l'évolution des alliances entre les grands armateurs mondiaux.




Craintes sur le roulier

Certaines évolutions apparaissent plutôt en demi-teinte comme les trafics conventionnels et rouliers. D'autres sont dans la grisaille. Ainsi les flux liés au raffinage pétrolier et à l'automobile, industries très présentes sur l'Axe Seine. Les déboires de l'automobile ont égratigné les ambitions du Terminal roulier du Havre qui a vu transiter 305.000 véhicules en 2013 (- 10 %) et s'apprête à perdre un trafic Renault-Nissan de 60.000 unités/an au détriment de Zeebrugge. La masse de produits raffinés a elle fléchi de 10 % à 18,27 Mt, la chute étant plus amère à Rouen (- 10 %) impacté par la fermeture de Petroplus. Les importations de pétrole brut ont frisé 23,8 Mt (+ 6 %). On sait qu'elles ne retrouveront plus le volume d'antan, et du côté d'Haropa on mise sur les retombées des énergies marines renouvelables. Une manière déjà de se projeter dans l'avenir à moyen terme.




Sortie de crise ?

Pour l'immédiat, même si des signes de reprise se manifestent, les professionnels portuaires restent prudents. Fin décembre, le Grand Port Maritime du Havre et l'Umep (Union maritime et portuaire du Havre) évoquaient de concert au Palais des Régates de Sainte-Adresse leurs ambitions pour 2014 : « Une sortie de crise ? On a envie d'y croire, convenait alors Christian Paschetta, président de l'Umep. Mais « malgré des motifs de satisfaction, tout n'est pas derrière nous et le moral des chefs d'entreprise est loin d'être au beau fixe ». Président du directoire du GPMH, Hervé Martel évoquait « le changement de modèle » vécu au Havre avec l'évaporation ces dernières années de 10 Mt de brut et ses conséquences financières pour l'Établissement public. « Plus que jamais, l'activité principale est le conteneur ». Or, « le transbordement est peu rémunérateur et la Convention collective de la manutention est coûteuse » ! À Rouen, dont les terminaux portuaires ont accueilli 3.041 navires l'an dernier, Philippe Dehays, lors des voeux de l'Union Portuaire Rouennaise (UPR) qu'il préside, a souligné la chance que constitue la diversité des trafics locaux : « en 2013, la bonne tenue des vracs secs a compensé le tassement des liquides. En marchandises diverses conventionnelles, les progrès sucres et farines compensent la diminution des produits forestiers, tandis qu'en conteneurs, les progrès sur la COA contrebalancent en partie les difficultés rencontrées par ailleurs, sur l'Irlande notamment ». Préalablement, lors d'une conférence de presse, Philippe Dehays avait évoqué « le sujet Haropa », regrettant qu'il ait été « mis en place sans concertation avec les acteurs privés exclus des organes de gouvernance ». Selon lui, « il en résulte, là où serait sans doute opportune une structure agile et réactive à l'écoute du commerce, un dispositif administratif sûr de sa légitimité étatique, de sa vision institutionnelle et de l'efficacité de ses process ». Un réquisitoire sévère qui n'a guère surpris sur les rives de la Seine, mais que les dirigeants d'Haropa n'ont pas voulu commenter.