Il n'aura pas fallu longtemps à Régine Bréhier, fraîchement nommée à la tête de ports de Paris ainsi qu'à la présidence d'Haropa pour se convaincre de l'essentiel : « vu de l'extérieur, Haropa a une taille qui le rend visible dans le monde entier ! » Quatre ans après sa mise en oeuvre, le groupement portuaire de l'Axe Seine n'a plus à démontrer sa légitimité. C'est en tout cas ce que défendent en coeur les trois directeurs des ports concernés, Régine Bréhier (Paris), Nicolas Occis (Rouen) et Hervé Martel (Le Havre).
Le travail collaboratif, « valeur ajoutée d'Haropa »
La meilleure illustration de ce fonctionnement intégré des trois ports, ce sont les projets collaboratifs qu'Haropa développe avec ses partenaires privés, destinés à favoriser « le développement des filières ». « C'est là que se trouve la valeur ajoutée d'Haropa », estime Nicolas Occis. C'est le cas dans le domaine du fret ferroviaire où Haropa travaille avec SNCF Réseau (ex-RFF) et les régions Normandie et Ile-de-France pour mieux garantir la disponibilité des sillons réservés au transport de marchandise trop souvent pénalisé par les travaux de nuit effectués sur le réseau. C'est également le cas dans le domaine des céréales avec le projet « Real Grain ». Un projet qui a mis autour de la table le port de Rouen et les céréaliers de la place pour « mieux réfléchir à l'acheminement des céréales sur le port » et ainsi permettre, à termes, d'élargir l'Hinterland de collecte, explique l'autorité portuaire. Une « méthode de travail » dupliquée avec les acteurs de la construction et la société du Grand Paris (SGP) pour favoriser l'évacuation par la voie fluviale des quelque 43 millions de tonnes de déblais engendrés par les chantiers en cours et à venir dans les 15 ans qui viennent.
Vracs liquides et céréales dans la tourmente
À plus court terme, ce sont les résultats cumulés des trois ports que les observateurs scrutent à la loupe. Des résultats en baisse au 31 juillet avec 52,3 millions de tonnes enregistrées (-1,9 %). Résultat « qui masque des évolutions contrastées », tempère Régine Bréhier qui cite en exemple le recul des vracs liquides (-6,9 %) largement impacté par l'arrêt technique de la raffinerie de Port-Jérôme ainsi que par les blocages liés aux mouvements sociaux de ces derniers mois dont l'impact sur le long terme est aujourd'hui difficilement quantifiable, explique le directeur du port du Havre, Hervé Martel. « 400 escales ont été impactées : 77 ont été annulées et 328 retardées ». Pour les vracs solides, la croissance reste au rendez-vous (+15,5 % sur un an) grâce à la bonne progression des importations d'agrégats ou encore la reprise du trafic de charbon au Havre porté par la réouverture d'une tranche de la centrale EDF. Les moins bonnes nouvelles, c'est du côté des céréales qu'il faut aller les chercher. Les très bonnes performances de la dernière campagne record devraient être largement atténuées par le démarrage catastrophique de la campagne en cours qui pourrait s'achever en juillet prochain au niveau de « la fourchette basse », anticipe Nicolas Occis, soit autour de 4,5 millions de tonnes contre près de 9 millions sur l'exercice précédent. Quoi qu'il en soit, « le modèle Haropa permet d'encaisser ces chocs conjoncturels car au final nous ne sommes pas un port mono-produit », assure le directeur du port de Rouen.
Guillaume Ducable
Dans un exercice désormais bien rodé, le groupement portuaire a présenté en septembre un bilan à fin juillet de l'activité conjuguée des ports de Rouen, Paris et Le Havre. Face à un contexte international très tendu, Haropa mise sur les « projets collaboratifs ».