Coup de frein ou sortie de route ? Fin juillet 2024, le tribunal d’Esslingen, en Allemagne a constaté l’insolvabilité de l’équipementier Recaro Automotive, fournisseur des sièges du 4x4 Grenadier du groupe britannique Ineos (CA : 59,5 Md€ ; 25 000 salariés), produit à Hambach, en Moselle. Ce dépôt de bilan vient d’entraîner l’arrêt de la production du véhicule tout-terrain dans l’usine mosellane. Les 1 300 salariés ont été placés en chômage partiel, faute de solution pour mettre sur la route un véhicule complet. La communication d’Ineos Automotive a confirmé que le niveau des stocks "ne permettait pas de continuer la production", rendant la mise au point mort inévitable.
Un équipementier positionné sur le haut de gamme
Dans le petit monde de l’automobile, le nom de Recaro n’est pas inconnu. Fondé en 1906, propriété depuis 2020 du fonds américain Raven Acquisition LLC, l’équipementier opère pour les marchés du ferroviaire, de l’aéronautique ou encore dans l’aménagement de bureau. Il s’est aussi fait un nom auprès des amateurs de voitures de sport, en équipant des marques mythiques telles que Ferrari, Lamborghini ou encore Aston Martin. D’après les médias allemands, la situation financière de l’entité travaillant pour l’automobile, fabricant de siège haut de gamme pour les voitures de sport, Recaro Automotive, s’est dégradée depuis la crise du Covid, les revenus tirés des ventes passant de 150 millions de dollars à moins de 30 aujourd’hui. Parmi les clients de Recaro Automotive, seul Ineos était engagé sur de gros volumes, le groupe britannique tablant, en rythme de croisière, sur près de 30 000 véhicules par an. Un chiffre très modeste au regard des millions de pièces écoulées par les constructeurs automobiles, mais une vraie manne pour un équipementier positionné sur le haut de gamme. Reste que les cadences anticipées par le groupe britannique semblent aujourd’hui élevées par rapport à la demande.
Des ventes conformes aux anticipations ?
Il y a tout juste un an, alors que les premiers Grenadiers sortaient de l’usine d’Hambach, Ineos Automotive avait annoncé renforcer les cadences, avec pour objectif d’honorer les pré-commandes qui se multipliaient un peu partout dans le monde. En France, alors que le malus CO2 applicable au Grenadier atteint 50 000 euros, le groupe tablait néanmoins sur 800 à 1 000 ventes par an, soit dix fois plus que ses premières estimations. Aux États-Unis, qui devaient représenter le premier débouché pour le Grenadier, Ineos Automotive misait sur la version pick-up de son 4x4 pour convaincre les consommateurs. Le dirigeant du groupe Ineos, Sir Jim Ratcliffe, semblait alors avoir réussi un coup de maître en investissant 1,5 milliard d’euros, hors achat de l’usine d’Hambach, dans un véhicule rustique, dépouillé, à vocation utilitaire et surtout alimenté par un V6 à essence.
Une version électrique à l’arrêt
Si la communication d’Ineos assure que la demande "reste forte" et que de nouveaux marchés vont s’ouvrir, à l’image de la Chine et du Mexique, les syndicats français du groupe britannique ont demandé une expertise sur les finances du groupe. Car les chiffres de vente ne sont pas bons : sur les huit premiers mois de l’année 2024, 870 4x4 Grenadier ont été vendus en Europe, contre près de 1 336 sur la même période en 2023. Reste que l’Europe du Nord et son marché automobile à la pointe du développement durable n’ont jamais été une cible prioritaire pour la division automobile du groupe Ineos. Conscient des enjeux liés à l’interdiction de la vente des véhicules thermiques en Europe à horizon 2035, le groupe avait lancé le développement d’une version électrique de son Grenadier, baptisé Fusilier. Un développement qui a échappé au site d’Hambach et qui est aujourd’hui mis en pause, du fait notamment de "la réticence des consommateurs à adopter les véhicules électriques".