Pour Philippe Haffner, le président d’Haffner Energy, l’exercice en cours doit correspondre à la "dernière année au cours de laquelle nous sommes sur le modèle d’une start-up déficitaire". La confiance du dirigeant est portée par le succès de l’augmentation de capital lancée le 13 mars et bouclée le 28 mars : les engagements de souscription vont permettre de rassembler jusqu’à 7 millions d’euros de ressources pour la start-up industrielle, installée à Vitry-le-François, dans la Marne, et opérant dans la conversion de la biomasse en énergies renouvelables, grâce à une équipe de 53 salariés. Concrètement, cette levée de fonds doit permettre de sécuriser la trésorerie de l’entreprise jusqu’à fin mars 2026 : un scénario qui tient compte des réductions de coûts déjà engagées, permettant de ramener la consommation de cash à 600 000 € par mois, contre 1 million d’euros auparavant.
Les actionnaires historiques toujours au capital
"Il était important pour nous de faire une augmentation de capital qui puisse associer nos actionnaires en place, en leur donnant une priorité", souligne Philippe Haffner. Après l’opération, Haffner Participation, la structure rassemblant les fondateurs et dirigeants d’Haffner Energy, les frères Philippe et Marc Haffner, et le fonds d’investissement Eurefi, soit les actionnaires historiques de l’entreprise, voient leur participation passer de 52,7 % du capital et 59,7 % des droits de vote à 45 % du capital et 54 % des droits de vote. Le flottant, soit la part du capital pouvant être échangée sur les marchés publics, atteint 25 %. Concrètement, les engagements de souscriptions couvraient déjà 79 % de l’offre initiale, à hauteur de 5,5 millions d’euros : le cimentier Vicat, le spécialiste des économies d’énergie Eren ont marqué leur confiance en réinvestissant dans Haffner Energy.
Vers un Ebitda à l’équilibre en 2026
Malgré une année blanche en termes de chiffre d’affaires et une perte de 9,9 millions d’euros sur l’exercice 2023-2024, Philippe Haffner se dit très "confiant" dans son modèle économique : "Notre technologie est en capacité de desservir le marché de l’hydrogène, le marché du SAF, le marché du méthanol et le marché des biogaz", résume le dirigeant en décrivant les "opportunités" liées à des marchés complexes, qui "ne répondent pas au même rythme et qui n’ont pas le même niveau de maturité". À la clôture du prochain exercice, soit au 31 mars 2026, le président d’Haffner Energy veut pouvoir publier un Ebitda, soit le résultat opérationnel avant provisions et amortissements, ramené à l’équilibre. "Ensuite, à partir du moment où nous serons engagés dans cette dynamique, nos résultats pourront être largement positifs", décrit Philippe Haffner. Pour l’exercice bouclé en 2027, l’objectif fixé vise un chiffre d’affaires de 165 millions d’euros, avant une forte accélération, avec un objectif de chiffre d’affaires de 330 millions d’euros au 31 mars 2028.
Un marché en développement : le SAF
Le marché qui doit porter la croissance d’Haffner Energy, c’est la production de carburant d’aviation durable, ou SAF. En mars 2025, les équipes de la société ont enregistré un total de 1,55 milliard d’euros d’opportunités commerciales, dont 49 % concernaient la production de SAF. Ramenées aux contacts consolidés, ou "pipeline probabilisé" pour les équipes d’Haffner Energy, les opportunités d’affaires liées au carburant d’aviation durable représentent près de 180 millions d’euros. Sans avoir besoin de changer les moteurs des avions et les infrastructures, l’utilisation de SAF permet de baisser le poids carbone du transport aérien de l’ordre de 65 % sur l’ensemble du cycle de vie, par rapport à un kérosène issu de source fossile. "Contrairement à d’autres secteurs, l’aviation dépend exclusivement du kérosène, pour des raisons qui sont liées à la densité énergétique des carburants. Donc, on ne sait pas faire autre chose que du kérosène pour remplacer le kérosène", démontre Philippe Haffner.
Être prêt pour les échéances de 2030
D’après les données rassemblées par l’Association du transport aérien international, l’IATA, les investissements nécessaires à la production de SAF en 2050 devraient dépasser les 1 000 milliards d’euros. "Sur ce marché, nous sommes sur une dynamique de la demande, et pas de l’offre", se félicite le dirigeant, qui avec sa technologie, peut utiliser n’importe quel type de biomasse pour arriver à produire du SAF. "Nous allons pouvoir utiliser toutes les biomasses possibles en passant par les boues, les sargasses ou encore les résidus agricoles", précise Philippe Haffner. Associé aux groupes américains LanzaJet et LanzaTech, Haffner Energy s’est engagé dans un projet visant à produire, à horizon 2029, jusqu’à 60 000 tonnes de SAF par an, à proximité de l’aéroport de Vatry, dans la Marne. Pour Philippe Haffner, l’objectif est d’être "en service avant 2030" et l’entrée en vigueur des obligations européennes imposant aux compagnies aériennes d’incorporer au moins 6 % de SAF à leur carburant.
L’hydrogène, un vecteur énergétique qui ne perce pas
Identifiée pour la production d’hydrogène à partir de biomasse, c’est pourtant ce marché qui a pénalisé l’accélération programmée d’Haffner Energy depuis son introduction en Bourse en 2022, opération qui lui avait permis de lever près de 72 millions d’euros. "Il y a eu un catalyseur assez violent", illustre Philippe Haffner pour expliquer le retard pris sur le marché de l’hydrogène. "Nous avons fait notre introduction en Bourse le 15 février 2022, et le 24 février, c’était le déclenchement de la guerre en Ukraine", retrace le dirigeant en décrivant une complète "remise à plat de tout l’écosystème énergétique en Europe". "Les nouvelles priorités, ce sont l’indépendance énergétique et la maîtrise des coûts de l’énergie. La molécule de gaz naturel était restée stable depuis 20 ans, entre 20 et 30 € le mégawatt et d’un coup, elle s’est envolée jusqu’à 300 € le mégawatt. La panique a duré pas loin d’un an, mais a laissé des traces", estime le président d’Haffner Energy.
Une technologie pour faire baisser les coûts de production
Premières victimes, la décarbonation et les projets liés à la production d’hydrogène. Conjugué à la frilosité des pouvoirs publics, le marché naissant de l’hydrogène s’est arrêté. Pourtant, Philippe Haffner veut croire au redémarrage : "Nous apportons des réponses économiques, qui sont les premières raisons qui ont fait que la filière n’a pas décollé. L’hydrogène est beaucoup trop cher", pointe le dirigeant. Proposé "à la pompe" autour de 10 € du kg, l’hydrogène vert reste sur des prix de production oscillant autour de 6 € du kg. "Et nous sommes en capacité d’apporter des solutions pour faire considérablement baisser les prix de production tout simplement parce que notre technologie repose sur une énergie qui est la biomasse, qui est beaucoup moins chère que l’électricité", explique Philippe Haffner. Là où le MWh d’électricité se négocie autour de 70 €, les équipes d’Haffner Energy peuvent travailler sur de la biomasse dont le prix varie entre 20 et 30 € le MWh.
Une molécule essentielle
Mais avant de commencer à équiper des centrales de production, le président d’Haffner Energy sait qu’il faudra créer une demande. Pour les usages industriels, le dirigeant compte sur sa technologie pour "réduire l’écart" avec le tarif de l’hydrogène dit gris, soit produit sur la base d’énergies fossiles, qui se négocie autour de 2 € le kg. "Pour qu’il y ait une demande, il faut que les prix baissent. Il y a une très forte élasticité de l’offre par rapport à la demande", assure Phillippe Haffner. Dans le domaine de la mobilité, le dirigeant assure que "l’hydrogène reste une molécule essentielle pour la production de biocarburants" et s’attend à ce que la molécule, en tant que "vecteur énergétique" occupe "une place majeure". Pour autant, Philippe Haffner reconnaît qu’il est nécessaire qu’une offre de véhicules à hydrogène émerge. "Actuellement, nous sommes un peu dans la problématique de l’œuf et de la poule", se désole le président d’Haffner Energy.