Guy Rigaud : L'amour du (capital) risque

Guy Rigaud : L'amour du (capital) risque

Plongé depuis 25 ans dansle capital-risque, Guy Rigaudne se lasse pas d'accompagnerles entrepreneurs. Aux côtés de start-up innovantes, le président de Rhône-Alpes Création savoure cet environnement propiceà l'ébullition intellectuelle. Claire Pourprix

En juin dernier, Guy Rigaud était reconduit pour un dernier mandat de quatre ans au poste de président du directoire de Rhône-Alpes Création. Il a d'emblée averti qu'il quittera sa fonction au bout de trois ans, à l'âge de 65 ans. Blasé? Non, répond-il. Depuis qu'il a quitté Clermont-Ferrand pour venir à Lyon diriger Rhône-Alpes Création, en 1989, l'Auvergnat a trouvé sa voie. «Beaucoup de mes collègues ont besoin de monter en gamme, c'est-à-dire d'investir dans des entreprises plus grosses, avec des tickets plus importants, donc de passer du capital-risque au capital-développement ou au capital-transmission. Je n'ai jamais ressenti ce besoin, confie-t-il de sa voix métallique. Car c'est un challenge permanent d'être au contact de tout ce qui bouge au sein de notre société, au plus près du terrain, de la réalité.»




Investisseur-entrepreneur

Rhône-Alpes Création, précurseur en matière de capital-risque dans des start-up innovantes, s'est donc avéré être un terrain de jeu captivant pour l'ancien professeur qui, depuis sa sortie d'école, a toujours eu un pied dans l'entrepreneuriat. Une passion qu'il préfère vivre sous la casquette de l'investisseur plutôt que sous celle de l'entrepreneur. «On a une vision stratégique des choses ici: 40% des projets que l'on a jugés bons au départ ont échoué, dans bien des cas sans que cela soit de la responsabilité du dirigeant. Le passage du succès à l'échec tient souvent à un fil. Il faut donc une certaine dose d'inconscience pour assumer... Peut-être est-ce un risque que je n'aurais pas été capable de prendre», admet-il. La part de risque n'était pour autant pas négligeable chez Rhône-Alpes Création: dès 1998, une fois remboursé le fonds de soutien de réserve de l'organisme initié par la Région Rhône-Alpes, le financement de la structure n'a pas été une mince affaire. Jusqu'en 2007, où une levée de fonds de 7,5M€ a permis de disposer d'une trésorerie confortable. «Jusqu'en 2007, les levées de fonds me pesaient. C'est sans doute le côté le moins agréable de ce travail, avec le côté institutionnel de l'organisme, les contrôles, les reportings... Mais j'ai très bien intégré ces contraintes, d'autant plus que c'est ce que l'on demande à nos affiliés!» C'est le caractère bon élève, procédurier, qui se dégage de l'ancien professeur à l'ESC de Clermont-Ferrand.




Besoin d'action

Réputé être un homme de parole, Guy Rigaud aime la diversité et semble en avoir besoin pour avancer. Enseignant de 1971 à 1984, il a touché à de nombreuses matières - de l'économie générale à la comptabilité-finance en passant par la sociologie des organisations... «L'enseignement est un métier que j'ai beaucoup aimé. Mais j'étais frustré par le manque d'action et, au bout de quatorze ans, par la répétition.» À l'étroit dans l'enseignement, Guy Rigaud a rapidement effectué des activités de conseil en parallèle. Au point de diriger, à partir de 1984, Sofimac, une des premières structures de capital-risque en France. Avec 25 ans d'expérience dans le domaine, Guy Rigaud confie mieux assumer le stress et les désillusions inhérentes à son métier, dont il a toujours la passion. «J'aime la diversité de ces entrepreneurs. C'est un éveil permanent, on est toujours en ébullition intellectuelle. Pour travailler avec eux, il faut de la jeunesse: si elle n'est pas dans les artères, elle doit être dans la tête! Pour vieillir, c'est pas mal...» glisse-t-il dans un sourire. La retraite, il la prépare. Outre l'entretien de sa maison et de son vaste jardin, qu'il affectionne - «c'est un gros boulot mais j'adore ça, ça lave la tête!»-, l'amateur de rugby prévoit de voyager et de faire une ascension au Népal. Mais sans pour autant tourner le dos aux entreprises: conseil? business angel? Peu importe la forme: tant que sa connaissance ne sera pas obsolète, Guy Rigaud entend bien la mettre à profit.